Let’s Rock : oui, mais plus avec vous, The Black Keys…

CHRONIQUE – Cinq années après Turn Blue, le groupe The Black Keys signe son retour. Avec une injonction au rock comme titre, on y a cru, à ce retour. Mais pas très longtemps.

À la rédac, on est toutes un peu d’accord pour dire que The Black Keys est mort depuis un bout. Même si on n’arrive pas tout à fait à s’accorder sur la date du décès (Brothers étant déjà l’album de trop pour moi, d’autres fixant le trépas un album plus tard), on est en revanche toutes au diapason pour dire que ça fait belle lurette qu’on n’a plus eu les sueurs froides et les chatouillements dans le bas ventre à l’écoute d’un titre des Black Keys. Pourtant, étrangement, on a commencé à y croire un peu au premier single, « Lo/Hi ». Parce qu’on s’est dit qu’après le désastre Turn Blue, The Black Keys ne pouvaient pas faire pire, qu’en plus, le producteur Danger Mouse était écarté, et qu’on avait l’air de revenir à une formule plus classique et efficace à la El Camino. Bon. On aurait dû se dire que se mettre à penser comme ça était déjà la preuve que c’était foutu. On aurait gagné du temps.

Pochette de l’album

La flamme ? Éteinte.

Parce que soyons honnêtes, Let’s rock est mou du genou. Un hochement de tête en rythme sur l’ouverture « Shine A Light », un tapotement de pied sur « Get Yourself Together » et une petite étincelle dans le regard quand arrive le dernier titre « Fire Walk With Me ». Voilà tout ce que The Black Keys aura pu soutirer comme encouragement corporel de ma part. Au milieu, l’enchaînement « Walk Across The Water », « Tell Me Lies », « Every Little Thing » est une ode à la sieste. On s’ennuie à mourir le long de ces pistes toutes d’une homogénéité gênante. On nous vend un retour au blues / rock, à Nashville, aux références AC/DC, The Stooges et autre grand nom. On nous parle de riffs incroyables à la six-cordes. Ah bon ? Tout ce que j’entends, c’est le même problème qu’on retrouve encore et encore depuis une décennie avec ce duo. L’absence de feu sacré.

Bien sûr que Dan Auerbach et Patrick Carney sont d’excellents musiciens, et continuent de le prouver sur Let’s Rock. Mais où est passé l’art ? Où est passée la flamme ? Où est passé l’esprit de proposition qui devrait animer toute nouvelle œuvre ? Quand deux hommes si excellents en arrivent à enchaîner tant de titres si insipides, c’est que la création n’est plus là. Et peu importe les discours contre la peine de mort qui entoure cette sortie (un condamné à mort a été exécuté au Tennessee, et a prononcé comme derniers mots « let’s rock », donnant l’inspiration de la pochette). Les Black Keys sont devenus un excellent duo de producteurs. Des techniciens capables de savoir doser leurs instruments, de placer au mieux chaque note, de mettre en valeur la voix quand il le faut. Mais quel intérêt si les guitares ne font rien d’autre que d’enchaîner des partitions plates ? Quel intérêt si on ne sent plus la force de la batterie, comme anesthésiée par tout le reste, dépossédée de son rôle de squelette ? Quel intérêt si la voix est d’une monotonie exaspérante et sans aucune émotion ?

Le rock ? Absent.

Alors on aurait pu croire à un retour aux fondamentaux. Après 5 ans d’absence et des carrières séparées, on aurait pu espérer que Dan Auerbach et Patrick Carney auraient envie d’en découdre pour montrer qu’ils avaient toujours quelque chose à dire. Sauf que non. Nommer un album de manière si antinomique représenterait presque un affront à toute la scène rock actuelle, si on ne gardait pas dans un coin de notre tête que The Black Keys a un jour secoué le monde du bon vieux rock’n’roll. Alors Let’s rock, oui, mais sans vous les gars. Et cette fois-ci, on ne nous y reprendra plus.

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