Ryley Walker et P. J. Morton au FIJM 2019 : l’Amérique sait y faire

LIVE REPORT – Deux artistes, deux univers. Deux façons d’appréhender et d’incorporer le jazz à leur musique. On est allé écouter Ryley Walker et P. J. Morton au Festival international de jazz de Montréal.

On l’avait manqué à Paris lors de son passage au Petit Bain. On retrouve Ryley Walker de son côté de la planète, en première partie de Lou Doillon dans le grand MTelus, pas encore rempli. L’Américain se présente avec ses deux musiciens, en trio guitare-batterie-contrebasse.

L’ovni Walker

Le moins que l’on puisse dire c’est que Walker est à l’aise avec le public. Entre chaque longue pièce, il fait des blagues et remarques enfantines, s’excuse parfois lorsqu’il trouve qu’il va trop loin ou quand il joue une intro mal accordée. Mais il finit toujours par en rire, sourire au coin des lèvres et regards complices échangés avec ses musiciens.

Entre eux trois, c’est l’alchimie. Une bande de musiciens qui se soutient et apprécie jouer ensemble. On les regarde s’amuser avec leurs instruments, à les triturer et les caresser de toutes les façons possibles. Ils nous transportent à Brooklyn, un soir d’été, où une jam a lieu fond d’une petite salle sombre d’où les notes s’échappent par la porte entrouverte. On regrette la longueur des nombreuses jams qui lui ont sans doute coûté une partie de l’attention d’un public venu pour entendre la solaire Lou Doillon et sa pop-rock grand public. Nous, on regrette de ne pas avoir eu le temps de se laisser entièrement envahir par cet aérien folk-blues aux tonalités jazzy qui s’apprécie comme une légère brise fraîche en temps de canicule.

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Pasteur Morton

Fin de soirée à l’Astral où P. J. Morton se produit pour la première fois à Montréal. Dans les faits, l’Américain est déjà venu en ville, mais jamais avec son groupe à lui (il a accompagné pendant plusieurs années Maroon 5). L’artiste est accompagné de trois musiciens et deux choristes, tous en demi-cercle sur scène. Morton, derrière son clavier est sur l’extrémité droite, casquette vissée sur la tête, petite lunettes ronde.

Très vite, le concert prend le ton d’un serment de pasteur un dimanche à Harlem. Dès la première chanson, le public fait les chœurs, tape dans ses mains, fronce les sourcils d’acquiescement et hoche la tête en un même mouvement. Ferveur et dévotion.

P. J. Morton est un poisson dans l’eau sur scène, un D’Angelo croisé avec un Stevie Wonder (avec lequel il a collaboré). Ses doigts virevoltent sur son clavier, ses vibes font vibrer le public, qui n’en revient toujours pas, et ses musiciens sont préparés à improviser à n’importe quel instant. « Sticking to my Guns », « Claustrophobic », « Religion », puis « Have You Seen Her » finissent de mettre le public en état de transe.

« Don’t you know you’re my superstar? », « Don’t ever leave me », « My heart is shining for you love »… niveau texte, P. J. Morton, fait dans le classique champ lexical amoureux, équilibrant parfois avec des séquences plus gospel (« Alright »). Côté arrangements, on fait une plongée r’n’b, soul et jazz planante et spirituelle des plus agréables. Un bon équilibre pour un artiste de talent.

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Photos : Emma Shindo

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