J. S. Ondara à l’Astral : l’Amérique n’a jamais été aussi belle

LIVE REPORT – J. S. Ondara était de retour à Montréal pour un concert intime et sublime.

Ambiance cabaret à l’Astral en cette soirée de dimanche pluvieux et gris. Le public est sur son 31 pour accueillir pour la deuxième fois cette année, J. S. Ondara à Montréal. Il est de nouveau invité par le Festival de jazz de Montréal, qui a définitivement de très bons goûts.

Le Kenyan débarque sur scène après une première partie timide et un peu linéaire assurée par le Canadien Beaver Sheppard. En trois secondes à peine, avec une chanson d’introduction a cappella, on entend des cris d’admiration dans le public. En entame de show, le songwriter n’a pas choisi sa chanson au hasard, puisque le voilà qui interprète « Lebanon ». « Oh Lebanon, life is brief, don’t sit up alone in your constant fear, open up, I shan’t be like Canada ». Ce petit clin d’œil provocateur le fait sourire et déclenche des rires dans l’assemblée.

L’Amérique de J. S.

Ses boîtes de guitares adossées sur le côté de la scène, J. S. Ondara présente son premier album (et quel album), Tales of America sorti en début d’année. Originaire du Kenya, mais immigré à Minneapolis depuis plusieurs années déjà, J. S. Ondara chante son Amérique en guitare-voix (et quelle voix !).

Entre chaque titre, il prend le temps de changer de guitare, boire une gorgée d’eau, puis de nous raconter des anecdotes. Celle de ce spectateur lyonnais qui lui a demandé pourquoi il ne chantait pas « God Bless Kenya » à la place de « God Bless America ». « Il n’a pas du tout compris le sens de l’album » commente Ondara, « les hommes sont incroyables… » ajoute-il dans un souffle.

Ou celle de cette vieille femme venue le saluer à la fin d’un spectacle. Après avoir écouté ses chansons tristes, cette dernière, lui demande si tout va bien. « Non, je lui ai répondu, ça ne va pas, la vie c’est de la merde » lui aurait-il répondu, car cette Amérique qu’il décrypte dans ses textes, ne vit pas ses heures de gloire. « Il y a beaucoup trop de choses à dire des États-Unis ces jours-ci » dit-il ironiquement en introduisant une version spéciale Montréal de son titre « Days of Insanity ».

Les amphét’ et Neil Young

« Il y a deux choses qu’il ne faut jamais faire dans la vie : prendre des amphétamines et reprendre les chansons d’un artiste avec qui tu es en tournée » nous informe-t-il, après avoir évoqué modestement ses premières parties pour Neil Young. Non, il ne jouera pas « Heart of Gold » pour 1000$ ce soir à l’Astral mais compense avec deux nouvelles chansons dont le public doit se faire juge. Et pourquoi pas leur trouver des titres également ? Notre choix personnel se porte sur la B. possiblement future « Savior » sur son prochain album. Il y travaille déjà précise-t-il. Mais sur 100 chansons écrites, n’en resteront que onze. On pense déjà aux 89 recalées qu’on aurait tant aimé écouter.

Il n’oublie pas ses titres phares, « Torch Song », la superbe « Master O’Connor », « Good Question », la chanson la plus joyeuse qu’il ait jamais écrite « Television Girl » et « American Dream » qui vient clore son set. Enfin presque, puisque pour le temps des adieux, et ce sont les accords de « Saying Goodbye » qui résonnent délicatement dans la salle. Décidément, J. S. Ondara ne mentait pas, il est très doué pour dire au revoir. Malheureusement pour nous.

Photos : Emma Shindo

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