Salons acoustiques : Brad Barr et Elizabeth Powell en toute intimité

LIVE REPORT – Pour notre seconde soirée à La Chapelle pour les Salons acoustiques, Brad Barr et Elizabeth Powell se dévoilent dans leur plus simple appareil.

Samedi, pour la dernière soirée de la deuxième édition des Salons acoustiques, le théâtre de La Chapelle accueillait Brad Barr (The Barr Brothers) et Elizabeth Powell (Land of Talk) pour un concert entièrement acoustique. Avec pour seuls matériel de scène, leurs guitares et un clavier à soufflets, les deux chanteurs, venus ce soir en solo, ont bercé les fans et séduit les curieux.

Elizabeth Powell, l’apaisante

Elizabeth Powell a gravité dans plusieurs groupes, depuis les débuts de sa carrière. Plutôt rock, ayant l’habitude de jouer de la guitare électrique, elle se retrouve ce soir sans micro, en solo et avec une guitare folk en mains. Elle nous confie que ce n’est pas son habitat naturel et qu’elle se sent un peu impressionnée, mais qu’elle compose et joue régulièrement dans cette configuration chez elle. Et ça tombe bien parce qu’à La Chapelle, allongé sur des poufs ou assis sur les coussins on se sent un peu comme à la maison.

C’est avec « Yes You Were » – titre paru sur l’album Life After Youth de Land of Talk, en 2017 – qu’elle entame son court, intime et chaleureux set. Il faut tendre l’oreille pour entendre la jolie voix fluette de la jeune femme. On y décèle dans les aigus des intonations rappellant la voix d’Olivia Merilahti (The Do). On tombe tout de suite sous le charme de cette voix douce, délicate, intime et de la version acoustique des titres originairement rock d’Elizabeth Powell.

Parmi les cinq titres de sa setlist, Elizabeth reprend « Weighty Ghost » de Wintersleep. Elle joue également le titre qu’elle a chanté à sa grand-mère au moment où elle s’éteignait. Brad Barr arrive discrètement sur ce titre pour chanter une seconde voix puis s’installe au clavier et improvise quelques nappes ajoutant de la profondeur au minimalisme de l’orchestration. Elle quitte la scène sur « Some Are Lakes », titre éponyme d’un album des Land of Talk paru en 2008. Les lumières se rallument, on émergent doucement d’un cocon bien agréable. J.C.

Brad Barr, prince des guitares

L’excitation est palpable dans la Chapelle alors que Brad Barr est annoncé pour la seconde partie du spectacle. La moitié des Barr Brothers se présente seul ce soir-là. Par le biais d’une longue introduction, l’Américain installe une ambiance feutrée d’harmonica-guitare et physharmonica avant que l’on dvine les premiers couplets de « Beggar in the Morning ».

On le voit souvent fermer les yeux tandis que la configuration des instruments avec lesquels il s’accompagne ne cesse de changer. On est plongé dans l’atmosphère berçante de « Look Before It » à travers la ligne de ukulélé (à 5 cordes) tissée telle un réconfortant clapotis de bord de mer.

Deux intermèdes instrumentaux de guitare nous plongent dans un cocon ouaté et protecteur, dans lequel nos yeux sont fixés et hypnotisés par les doigts virevoltant de l’artiste sur ces cordes qui semblent si facile à faire sonner. Comme pris dans une apnée délirante dont les applaudissements nous font sortir la tête de l’eau.

Des fils et une guitare

On apprécie le timbre doux, parfois brut quand il force la voix, de Brad Barr qui offre de jouer une nouvelle chanson, terminée le matin même. L’enthousiasme dans la salle est contaminant. Le temps file, nous sommes toujours paisiblement bercés par la virtuosité de l’artiste qui passe de ses guitares au petit physharmonica pour une version habitée de « Ready for War ».

Arrive le temps d’une expérimentation singulière où Brad Barr tend quatre fin fils de tissu attachés aux cordes d’une guitare à quelques spectateurs. Ceux-ci sont invités à les caresser délicatement pour faire vibrer les cordes à distance et ainsi tenir les notes le temps d’une chanson. « Si vous ne comprenez pas ce qu’il se passe, c’est normal », commente-t-il, amusé. Et c’est parti pour une version revisitée de « The Song That I Heard », chantée également par un public d’abord intrigué, et très vite ravi.

En guise de rappel, Brad Barr revient sous les applaudissements interpréter à la guitare « Before You Were Born », une chanson écrite avec Nathan Moore. Il n’en fallait pas plus pour que le public, se lève dans un même élan, et fasse une seconde standing ovation à cet artiste à l’univers envoûtant. E.S.

Texte : Jeanne Cochin & Emma Shindo

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