Et si « Watchmen » était LA série de l’année ?

CHRONIQUE – La nouvelle série de HBO, Watchmen, vient de s’achever. Une réussite complète. On te dit pourquoi il faut que tu regardes ABSOLUMENT ce chef-d’oeuvre visuel.

Quoi ? Encore un truc de super-héros. C’est bon, stop overdose. C’est ce que je t’entends dire. Mais je t’arrête tout de suite. Watchmen, ce n’est pas une histoire de super-héros. C’est un comic, oui. Plutôt un roman graphique, d’ailleurs. Signé Alan Moore et Dave Gibbons, publié entre 1986 et 1987, Watchmen met à mal le costume de super-héros. Le comic remet en cause leur légitimité. C’est une uchronie mais elle fait écho à notre histoire contemporaine. Une œuvre majeure, une pièce majeure de la pop culture. Watchmen a été adapté une première fois en film, par Zack Snyder en 2009. Une adaptation très fidèle, presque plan par plan. Presque.

La série se décolle complètement du roman graphique sans le dénaturer. Au contraire, elle le respecte à la lettre en l’inscrivant dans notre époque. Une suite pure et dure. Un pari risqué puisqu’on dit que l’univers de Watchmen n’est pas adaptable. D’ailleurs Alan Moore, grand réfractaire, a déclaré qu’il ne regardait jamais la série. Dommage pour lui.

Bijou visuel

C’est Damon Lindelof qui a été chargé de mettre en image cette nouvelle adaptation. Le papa de Lost et de Leftovers. Deux séries cultes, deux séries, deux séries qui ont bouleversé, divisé, et qui sont entrées au panthéon du petit écran. On ne s’attardera pas ici de la fin de la Lost. En tout cas, les deux œuvres ont mené à Watchmen. Et cette dernière série prouve une chose : Damon Lindelof est l’un des meilleurs showrunners actuellement.

Watchmen s’est terminé ce lundi 16 décembre. Après 9 épisodes. Et il n’y a rien à jeter. Certes, il faut connaître un peu l’univers pour entrer dans la série. Si tu ne veux pas te lancer dans la lecture du comic, le film fera l’affaire… et encore. Il pourrait te manquer quelques références. Ozymandias, les poulpes, Dr Manhattan pourront te sembler obscurs. Cependant, la magie de la série et de l’écriture fait que les gaps peuvent être remplis, les trous comblés. A condition de s’accrocher un peu, car les réponses aux questions que tu te poses après chaque épisode sont données au fur et à mesure. Mais une chose est certaine : que ce soit dans l’écriture, la réalisation, la bande-son d’Atticus Ross et Trent Reznor (NIN), Watchmen, est une réussite absolue.

L’histoire de la haine à travers les âges

Damon Lindelof a fait le choix de placer l’intrigue aujourd’hui, dans cette Amérique toujours en proie au racisme et en lutte contre le suprémacisme blanc.Un sujet terriblement d’actualité. Et au fil des épisode, Watchmen montre comment la haine se propage années après années, génération après génération puisque le point de départ de la série est le massacre de Tulsa en 1921. Une tuerie vue à travers les yeux d’un enfant noir.

Alan Moore disait que la figure du super-héros contribuerait à diffuser une forme de soft white power. Car, selon lui : « À l’exception de quelques personnages et créateurs non-blancs, ces livres et ces héros iconiques sont encore largement les produits rêvés par une race qui entend dominer
Lindelof entend tordre le cou à cette vision avec son Watchmen, puisque les héros au centre de l’intrigue sont les personnages afro-américains : Angela Abar incarnée par la magistrale Regina King, Hooded Justice, le premier justicier masqué.

The Watchmen

Très politique donc, Watchmen est beaucoup plus qu’une histoire de super-héros. C’est un thriller anti-raciste, une adaptation très personnelle, visuellement magistrale. Une série pleine d’intensité, d’ingéniosité, d’intelligence, elle est électrisante. Un chef d’œuvre en neuf épisodes. Et on espère que cette saison est un one-shot tant sa conclusion est parfaite et le symbole très fort. S’il n’y a qu’une série à regarder, c’est celle-ci. Et pas une autre.

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