Julien, assieds-toi, faut que je te parle…

CHRONIQUE – Le nouvel album de Julien Doré semble faire l’unanimité auprès de la critique. Juju serait-il devenu un de ces intouchables ? Ou bien la crise actuelle empêcherait-elle l’objectivité ?

Préambule nécessaire à cet article, nous tenons à préciser que Julien Doré est l’artiste français qui met l’ensemble de l’équipe d’accord. Nous le soutenons depuis la Nouvelle Star. Nous l’avons interviewé, écouté un peu partout en tournée. Nous l’aimons d’amour, voire même un peu trop parfois. Ceci étant précisé, cher fan club probablement offusqué par les mots qui vont suivre, sache que normalement nous sommes du même côté de la barrière. Nous ne sommes pas des haters aigris.

Julien Doré héritier Hallyday (et c’est bien le seul !)

Une semaine qu’aimée est sorti, mais afin de pouvoir offrir une critique éclairée, nous avons eu besoin de laisser passer un peu de temps. Un peu d’écoute aussi, et puis de jeter un œil aux réactions que suscitent ce nouvel album, tant attendu. Facebook et Twitter ne regorgent que de critiques dithyrambiques. Pas l’ombre d’une déception ou d’un bémol. De longs scrolages pour essayer de trouver un signe de « merci Julien, chouette cet album mais… » Niet. Nada. Rien.

Si Julien Doré avait découvert le vaccin contre la covid, il ne serait pas plus acclamé. Bon. On va dire que les fans peuvent manquer d’objectivité. Même si cela nous laisse perplexes, car ici à Rock’n Fool, nous savons brûler nos idoles quand elles le méritent (coucou les Black Keys, Bon Iver, Sufjan Stevens et autres Fontaines DC). Mais il semblerait que l’épidémie de bons sentiments se soit aussi répandue dans la presse. Certes certains articles sont souvent uniquement accessibles aux abonnés, donc nous n’avons pas pu tout lire, mais à priori personne n’aurait quoi que ce soit à redire sur ce nouvel opus. On remarquera qu’il n’y a pas non plus d’éloges folles, mais plutôt une sorte de consensus mou. Julien Doré serait donc devenu le nouveau Johnny Hallyday, intouchable, inécorchable. Il ne va pas s’en plaindre, mais on s’ennuie un peu là, non ?

Il nous a mis la Fièvre

Lorsque « La Fièvre » est sortie, nous avons tous été emballés par ce nouveau titre. Facile à imprimer dans nos cervelles avides de nouveautés et de réconfort de la part de nos artistes chéris. La mélodie catchy et les arrangements originaux sont du Doré tout craché. Le clip est un OVNI, comme d’habitude, mélange d’humour et d’émotions. En deux écoutes nous en avons fait le tube de notre fin d’été, paroles par cœur et chorégraphie chaloupée. Nous aurions dû nous méfier pourtant, car une phrase dans le premier couplet nous avait échappée : « Je veux plus écrire les peines / Que le féminin m’a fait ». Faut-il comprendre que toutes les chansons ne seront que sur l’avenir mal barré de notre planète ?  

Et ensuite sortit « Barracuda II » et là, on a senti qu’il y allait avoir un souci avec cet album. On visionne immédiatement le clip sur mobile, et vous prend soudain l’étrange sensation d’être en train de regarder une parodie du Palmashow. Aïe. Julien Doré que l’on adore pour son humour au second degré, continue à le chanter dans ces textes, ce second degré, mais en l’interprétant très sérieusement au premier degré. Le tout flanqué d’une chorale d’enfants, certes mignons, mais qui toujours au premier degré n’apporte pas la « touche émotion » désirée.

On se dit que l’on n’a pas de cœur, et c’est vrai qu’une fois visionné sur grand écran, le clip est un peu plus cinématographique. Mais quand-même, nous restons un peu interloqués et englués dans cette première sensation du Palmashow… « Barracuda I » propose d’ailleurs une version beaucoup plus en adéquation avec le texte. Ce titre est un des plus réussis d’aimée avec « La Fièvre ».

Et le reste de l’album alors ?

Dans le meilleur des cas on s’ennuie. De « Kiki » à « Ami », difficile de vraiment faire la différence entre les cinq titres. Aucun ne sort vraiment du lot. Ça manque d’instruments peut-être, de refrains percutants, les synthés sont trop doucereux. Difficile de mettre le doigt précisément sur ce qui cloche, mais la sauce ne prend pas. Les textes de Julien Doré habituellement on n’y comprend rien, ça agace un peu, mais c’est poétique surtout. Le refrain de « Nous » est d’une facilité affligeante, difficile de trouver un autre qualificatif, « Nous, nous, nous / Nous on s’en fout de vous / Vous pouvez prendre tout / Tant qu’on est tendre nous ».

Et puis retour de la chorale de gosses sur « Kiki ». Une fois c’est mignon, mais sur plus de trois titres, c’est lassant. Dans le magazine ELLE, il dit avoir réécouter & et avoir compris ce que les critiques lui reprochaient à l’époque en disant qu’il ne faisait que susurrer. « Sur certaines chansons c’est bien, sur d’autres ça craint… » Citation de l’artiste lui-même. Pareil pour les chœurs d’enfants, rendez-vous dans 3 ans et on en reparle ?

Le titre avec Clara Luciani, comme dirait les Québécois, c’est plate. Et puis qui n’a pas droit à son duo avec la très bankable Clara actuellement ? Le titre était annoncé comme le morceau sexy, laissant penser à un vrai couple, mais non. Aucune chaleur ici, juste le désespoir des paroles ultra pessimistes.

Donc dans le meilleur des cas l’ennui, et dans le pire, on est horrifié. On a déjà évoqué le Palmashow plus haut, nous vous invitons à écouter leur parodie de « Djadja » d’Aya Nakamura, puis à écouter « Bla-bla-bla ». C’est encore plus douloureux car « Bla-bla-bla » n’est pas drôle, ce n’est pas une blague. Ce titre va pouvoir passer chez Virgin, chez Skyrock peut-être même, mais nous on se referme comme des huîtres et on zappe. Vite. Tout comme « Waf ». Faire chanter tes chiens Julien, sérieusement ? Une fois de plus, faire ça pour une petite vidéo humoristique postée pour tes fans, OK, mais en faire une chanson de l’album… Aveu d’échec, on ne comprend rien à la présence de ces deux titres.

Le charme n’opère pas, pour cette fois

On l’aura compris dans ses interviews Julien est heureux. Il est végétarien, vit dans les Cévennes (nos oreilles d’ailleurs saignent des -ô- des AUtres), veut devenir papa. C’est comme ça, et bien sûr, c’est tant mieux pour lui ! Il irradie de son magnifique sourire sur les plateaux, il n’hésite plus, il a le regard franc, il n’a plus peur. Il défend ce projet comme le plus personnel, le plus abouti, mais hélas, nous ne comprenons pas, ne saisissons pas ce premier degré auquel il ne nous a pas habitués.

Le malentendu vient du fait que nous l’aimions en Hugh Grant de la musique française. Beauté atypique, humour décalé, écorché vif, intelligent mais manquant de confiance. Et notre bel ami aujourd’hui, Hugh Grant il l’a mis au placard et il a envie d’être le Tryo chic des bobos écolos… Il va falloir se consoler mais ça va aller, la vie n’est pas un long fleuve tranquille, et des surprises ce garçon en est plein. Alors sans rancune et à bientôt Juju !

aimée – Julien Doré (Columbia Records)

En tournée à partir d’octobre 2021 : le 25 novembre à l’AccorHotels Arena (Paris), le 3 décembre à la Halle Tony Garnier (Lyon) et le 4 février 2022 au Zénith de Strasbourg.

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