Hugo Barriol, un appartement, et un regain de liberté

LIVE REPORT – On grapille les concerts là où on peut. Ce soir, c’était dans un salon, en petit comité, avec Hugo Barriol et sa guitare.

Je suis en manque. Même pas tant de musique, tu me diras, mais d’énergie. De cette énergie qui passe entre un artiste et son public, entre un public et son artiste. De cette émotion pure qui recharge tes batteries en quelques accords et deux-trois paroles bien choisies que tu partages avec des inconnus. Cette énergie, elle passe à coup de sourires, de regards qui se croisent, de peaux qui s’effleurent dans le noir, de chaleur humaine palpable. Alors les concerts assis, masqués, à distance, j’ai testé et ça ne me plaît pas.

Oui mais « c’est mieux que rien ». Et bien non. Non. Non. Ras le bol. Voilà à peu de choses près mon état du moment. Ras. Le. Bol. Six mois de liberté restreinte, ça use. Je suis au bord de l’implosion hier après-midi quand on me dit « Hugo Barriol fait un mini concert dans un appart ce soir, tu m’accompagnes ? ». Et là je me dis que oui, c’était écrit. Parce que la veille, je m’énervais en expliquant à un ami que je ne comprenais pas pourquoi j’avais le droit de faire cours dans une classe à des dizaines d’élèves pendant des heures, mais qu’on m’ôtait le droit de voir mes folkeux préférés dans des salles de concert à coup d’annulations qui se multipliaient. C’est que ce genre de moment, pour moi, c’est un peu vital. Des respirations quand ça va mal, des évasions, des petits instants de liberté partagée autour de la musique. Et voilà qu’on m’envoyait un folkeux pour un concert alors que ça allait mal, justement. Alléluia.

Précieuse liberté musicale

Hier soir, j’ai donc vu Hugo Barriol dans un appartement strasbourgeois pour un concert avec une douzaine de personnes. Ça s’est fait à la dernière minute. Deux heures à écouter un mec chanter avec sa guitare. T’imagines pas le bien que ça fait. Surtout ce genre de musique. Son folk parfois délicatement ciselé, parfois bien plus grand que ce salon. Ce petit truc que peu de Français ont, dans ce style : la capacité à te toucher et à te faire voyager, à te bercer et à te remuer, un peu. Il y a eu les titres de son dernier album, Yellow. Des reprises (Billie Eilish, The Weeknd). Des nouveaux titres inédits. Partout j’ai imaginé les violons, les pianos, les belles lumières qui auraient pu l’accompagner pour aussitôt revenir à cette petite guirlande de lumière et à cette simple guitare. Et pour me dire que ces petits moments-là sont précieux.

Un vrai concert, d’un vrai artiste, avec un vrai public qui ne se connaît pas mais qui partage un truc. Une énergie qui passe, sans aucune barrière de masque pour la freiner. Des sourires, des discussions, le plaisir de se retrouver entre inconnus et de se découvrir. Les trucs de la vie d’avant. Les trucs à sauver dans la vie d’après. Alors on va commencer maintenant. On va faire comme Hugo Barriol, et son ami Dimitri qui nous a accueillis. On va les organiser nous-mêmes, les concerts. Il est temps de reprendre notre liberté musicale. Sans plus compter sur personne.

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