Emily in Paris : une insulte à la France (et à la femme française)

NETFLIX – Nouvelle série disponible sur Netflix : Emily in Paris, soit 10 épisodes racontant la vie d’une jeune Américaine mutée à Paris. Attention, désastre.

Je vais tenter de résumer rapidement la situation avant d’en venir au fond du problème. Emily in Paris est la nouvelle série créée par Darren Star (Beverly Hills, Melrose Place, Sex and the City) pour Netflix. Le pitch est simple : une jeune Américaine de Chicago est envoyée par sa boîte à Paris, pour apporter un « point de vue américain » à un géant du marketing parisien. Et la voilà donc dans notre chère capitale pour apprendre la vie à la française.

Une kyrielle de clichés ridicules

Tu as peut-être eu l’occasion de voir passer articles ou hilarants tweets soulignant le nombre de clichés incalculables de cette série sur la vie parisienne. Cette série est effectivement un cliché ridicule à elle toute seule, et rien ne la sauve. Ni les décors rive gauche (dans un film des années 1950 ok, en 2020 stop), ni le jeu d’acteur catastrophique (ont-ils été freinés par le fait de jouer dans une langue qui n’est pas la leur ? espérons pour eux), ni les tenues extravagantes et haute-couture (déjà vu dans Gossip Girl). Je ne reviendrai même pas sur les scènes où deux personnages français parlent anglais entre eux, même en absence d’Emily. Cela relève de l’anecdote à côté du réel problème. Parce qu’il y a une chose qui n’a, à mon avis, pas été assez relevée et qui mérite qu’on en parle. Cette série est une véritable insulte à la femme française.

Si on se penche bien sur la question, seules 4 femmes françaises ont un rôle dans cette série. Et aucune ne dépeint un portrait réaliste de la situation. Pire, chacune ferait honte à n’importe quelle femme qui se respecte. Il y a d’abord la concierge acariâtre, forcément impolie et insultante sans raison. La mère de famille qui ne s’inquiète que des prouesses sexuelles de son fiston, au point d’aller demander des détails. Et puis la petite copine taille mannequin qui débarque d’on ne sait où, adorable mais aveugle face à l’évidence de ce qui se trame entre son copain et l’héroïne. Quel choix merveilleux pour nous dépeindre, non ?

L’insultante façon de dépeindre les Françaises

Mais tout cela resterait bien inoffensif s’il n’y avait pire : la boss d’Emily, Sylvie. Il te faudra pousser jusqu’au 3e épisode pour réellement comprendre la gravité de l’insulte. Cet épisode « Sexy or sexist ? » est probablement la quintessence de la stupidité des auteurs de cette série, via le personnage de Sylvie.

Sylvie dans Emily in Paris
Philippine Leroy-Beaulieu dans le rôle de Sylvie

Au premier abord, on pourrait se dire « génial, une femme forte, à la tête d’une grande agence, qui mène sa barque d’une main de maître ». Eh bien non. C’est surtout une femme prête à écraser toutes celles qui se trouveraient sur son passage. Une femme qui fume plutôt que de manger à midi. Une femme qui appelle une autre prude parce que celle-ci pense qu’une pub de parfum n’a pas besoin de montrer une femme nue. Un peu plus et on entendrait presque Deneuve réclamer son droit à être importunée. AU SECOURS.

Une série moderne ? Vraiment ?

Alors passe encore (en fait non, mais ce n’est pas le propos) le discours ignoble des hommes dans cet épisode 3 (dans cette série, en fait). Mais en 2020, à l’heure où la femme française elle aussi se débat pour faire respecter ses droits et entendre sa voix, à l’heure où l’on se bat toutes pour enfin faire comprendre la situation invivable qu’on supporte lorsqu’on se promène dans la rue, à l’heure où même les lycéennes n’ont plus le droit de grandir tranquillement, voilà que l’Amérique de #MeToo nous présente, nous les femmes françaises, de cette manière au reste du monde via Netflix. Je crie au scandale. C’est d’une honte difficilement acceptable. Encore plus quand le discours provient d’une série qui se veut moderne et féministe.

Un conseil donc : boycotte cette série. Parce qu’Emily in Paris est à 2020 ce que le sifflement de rue est à la drague. Un truc inacceptable, qui plus est d’un autre temps, qui ferait mieux de disparaître très très très vite.   

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