Moral Panic : le monde selon Nothing But Thieves

CHRONIQUE – Trois ans après « Broken Machine », Nothing But Thieves revient avec « Moral Panic », un troisième album toujours aussi bon.

Ce n’est pas la première, ni la deuxième fois que je trippe sur un album de Nothing But Thieves. C’est bien la troisième fois, puisque leur troisième album Moral Panic vient de sortir. Onze titres de minimum 3min20 ont été sélectionnés pour figurer sur la version finale de ce nouvel album. Un album dont les Anglais avaient dévoilé le premier extrait « Is Everbody Going Crazy » il y a sept mois déjà, telle une question rhétorique et ironique au beau milieu du confinement dans lequel l’Europe été plongée, bon gré, mal gré.

Trois ans séparent Broken Machine de Moral Panic. Le quintet plutôt prolifique d’habitude, admet avoir simplement perdu l’habitude d’écrire et de ne pas avoir eu le réflexe de le faire lors de leur dernière tournée. Une tournée qui les a fait voyager à travers toute la planète : pas de repos pour les jeunes et fougueux guerriers qu’ils sont.

Noir et cathartique

Peu importe leur productivité, le résultat est un album diablement efficace. Un rock brit’ accessible et prenant dont on ne peut que s’enticher. Les petits frères de Muse, qu’ils ont d’ailleurs suivi en tournée, s’affirment. Un peu plus de noirceur, de colère et d’agressivité sont à noter dans ce long-jeu qui se veut cathartique. Pour eux, et pour nous.

Niveau contenu, les Anglais sont allés puiser dans leurs angoisses. Climatiques (« Moral Panic »), d’écriture (« Real Love Song »), mentales (« Phobia », « This Feels Like The End ») ou interrogations sur la masculinité (« Can You Afford To Be An Individual? »). Mais qu’on se rassure, de la lumière il y en a toujours un peu avec de l’amour (« Impossible »), et de l’espoir (« Free If You Want It »).

Du rock sous toutes ses formes

Musicalement, ils citent aussi bien Daryl Hall & John Oates que The Prodigy, Blur et The War on Drugs. On est aussi bien sur du rock électro-hardcore dans « Unperson » (dans la continuité de « Live Like Animals » de leur précédent album) que sur un rock-garage hommage à Tom Petty dans « Free If We Want It » (mon gros coup de cœur de l’album, cette douce gradation d’intensité me prend à chaque fois aux tripes).

Aux blessures du quotidien, Nothing But Thieves nous console avec des chansons mélancoliques emplies de ces incertitudes existentielles, qui viennent nous chercher en-dedans. En douceur ou par la force, peu importe. Aux vaporeux arpèges de « Before We Drift Away », suit une fin de chanson théâtrale avec cordes et batterie grandiloquente ; aux chuchotements chantés-parlés de « Phobia » enchaînent des martèlements métronomiques et alarmants des guitares-basse-batterie.

Ces chansons sont comme des cartes postales de ce monde qui s’effondre et nous blesse. Un monde qui, pourtant, façonne chacun de nous. Un monde qui, parfois, nous rend plus forts malgré tout. Moral Panic c’est tout ça à la fois et ça fait un bien fou.

Moral Panic – Nothing But Thieves (RCA Records France)

En concert le 20 octobre 2021 au Casino de Paris.

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