« Apart » de LÉON ou l’art de sublimer la rupture

CHRONIQUE – Profiter de la pandémie et d’une séparation pas facile pour écrire un nouvel album. C’est le pari de la Suédoise LÉON, qui a sorti « Apart », un deuxième album assez bouleversant.

On l’écoute en boucle depuis sa sortie fin octobre 2020. Cet album de LÉON on l’attendait avec impatience après avoir découvert les singles comme « And It Breaks My Heart » qui nous avait pas mal chamboulé le cœur et l’esprit. On le sentait bien et on n’a pas été déçu.

Apart, écrit pendant la première vague de la pandémie est arrivé rapidement après le premier album éponyme de LÉON. On se souvient encore de cette jeune femme timide, au timbre de voix chaud et puissant, sur la scène de la Boule noire en janvier 2017. Elle remplissait cette salle parisienne avec seulement les chansons de ses deux EP. On était bluffé.

En plus de parler à nos petits cœurs sensibles, Apart est un album solide. Écrit avec son ami et producteur Martin Stilling, LÉON s’y livre comme dans un journal intime avec sincérité et vulnérabilité. Et comme souvent avec les artistes scandinaves, les mélodies sont lyriques et poignantes. Point trop n’en faut, souvent, un piano ou une guitare suffisent.

Cela reste de la pop accrocheuse, avec nappes électroniques (« Seventeen ») et cordes mielleuses (« And It Breaks My Heart »). Attention, quand on écrit mielleux, on est loin d’écrire ringard. L’enrobage pop vient envelopper parfaitement ce package rupture amoureuse et désespoir. Tout est extrêmement bien foutu et honnête. C’est sans doute pour cette raison que cet album nous parle autant.

Une rupture plus tard

LÉON se sépare et écrit. La solitude, les souvenirs, la douleur, la jalousie, l’introspection, les regrets, le futur… Elle se livre à cœur ouvert dans un album de onze titres. Cela débute par un visage et le souvenir de la rencontre, celle qu’on n’oublie pas, et qu’on aime se repasser en boucle (« Head and Heart on Fire »). Wish I could go back to that night / You’ll be forever on my mind. On finit avec la douleur physique et mentale de la rupture (« Apart ») en piano-cordes. Cette solitude et toutes ces questions qui traversent l’esprit. Des interrogations dont il ne vaut pas mieux pas connaître les réponses, pour sortir enfin la tête de l’eau. I’m falling / What if I don’t know myself without you?

La séparation de A à Z

La rupture de Léon, on l’a tous vécue. Celle qui fait mal, qui nous compresse le cœur et nous laisse sur la touche. Celle qui nous fait tout remettre en question. Et qui se finit en séparation inéluctable alors qu’on s’accrochait à une réalité bien loin du conte de fée des débuts (« And It Breaks My Heart », « Falling Apart »). Dur de ne pas s’identifier, ou du moins se sentir proche de LÉON quand elle raconte les mois qui ont suivi la rupture dans « In a Stranger’s Arms ». In time you will find that you’ve moved on / Then you’ll risk it all to feel it all like the first time.

Tous ces questionnements qui s’entrechoquent dans les têtes (« Who You Lovin »), et ces constats inéluctables (I lost a friend, and maybe that’s the hardest part – « Die For You ») auxquels il faut faire face, à contrecœur. Elle admet toutefois ne pas avoir été parfaite (« Crazy/Stupid ») et s’être accrochée à une relation idéalisée (« Falling Apart »). « Just tell me what do you do when you love someone / But feel like you can’t go on. »

De la lumière quand tout est éteint

C’est sans doute ça la force de cet album. Apart est l’album de rupture par excellence. Celui dans lequel on se plonge, le cœur broyé par le chagrin. On se laisse enrober par le timbre de voix de LÉON qui sait ce qu’on a vécu et ce qu’on traverse. On replonge dans ce passé qu’on tente de mettre de côté, petit bout par petit bout.

Puis, on écoute plus attentivement les paroles, (on peut rechuter et pleurer un bon coup) et on finit par apercevoir un peu de lumière dans tout ce capharnaüm d’émotions. Enfin, quelques semaines ou quelques mois après (chacun son rythme), on se dit que non, on n’était pas l’exception. On prend une grande respiration, et on accepte de tourner la page une bonne fois pour toute. Apart c’est cette petite lumière qui nous tient par la main tout du long, et qui finit par nous extirper manu militari de ce bourbier dans lequel on aimait se complaire. Parce que se lamenter c’est bien, s’en sortir et continuer à vivre, c’est mieux.

Crédit photo : Sandra Thorsson

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