Francouvertes soir 5 : Fidès, J.A.M., Calamine

LIVE REPORT – Retour sur la soirée rap des Francouvertes avec les projets de Fidès, J.A.M. et Calamine.

Ça y est c’est le concert de préliminaires que je redoutais. La soirée rap de la 25e édition avec Fidès, J.A.M. et Calamine. Quand je dis redouter, c’est que d’habitude, quand je suis au Lion d’or, je suis complètement larguée niveau paroles. Je dois en saisir un ou deux mots sur cinq environ. Mais, magie du virtuel, et de la nouvelle plateforme des Francouvertes, cette année, j’aurai les textes sous les yeux, à défaut d’avoir la scène, les artistes, les émotions et l’énergie… Ouin, finalement, la balance reste un chouille inégale.

Fidès, Nelly Arcand et Virgina Woolf

Auteure-interprète de rap francophone engagé/joual sale, je cite, c’est Fidès qui se lance en premier sur la scène du Lion d’or, soit Marilou Lavoie au micro, entourée de deux musiciens/compositeurs (guitare et synthé + beat). Entame de match avec « Cendrillon », un texte puissant qui raconte la descente aux enfers d’une jeune femme parmi tant d’autres, prise dans une relation toxique qui l’amène à la prostitution, aux drogues et la déchéance. Pas étonnant lorsqu’en entendant la présentation du groupe, était mentionné le destin tragique de Nelly Arcand.

Fidès raconte des histoires, celles de femmes maltraitées par la vie. Marilou Lavoie a le regard dur, la voix dure aussi. Elle se met parfois en retrait pour laisser briller ses acolytes sur scène bien que dans l’ensemble, la prestation reste linéaire. On apprécie le beau solo de guitare dramatique en conclusion de « Meringue » qui apporte plus de saveur et de relief. Le point fort du projet, n’est certainement pas scénique ni vocal, mais à 100% dans les beaux textes réalistes et l’engagement du groupe qui prendra même le temps de faire une transition musicale avec un extrait d’Une chambre à soi de Virginia Woolf.

La fougue de J.A.M.

J.A.M. est le candidat le plus télévisuel de la soirée. L’artiste est le tout premier gagnant de l’émission de rap québ, La fin des faibles sur Télé-Québec. Forcément, ça aide niveau confiance et aisance scénique. Jamil est blindé de bonnes vibes et d’enthousiasme. Il apparaît cependant parfois essoufflé et faux sur ses refrains et textes aux sonorités travaillées. Mais, il ne lésine pas sur l’énergie bien au centre de la scène qu’il arpente, entouré de ses « cinq merveilleux musiciens » (saxs/flûte, guitare, claviers, basse-contrebasse, batterie) avec qui il joue pour la deuxième fois seulement. Deux membres de Double Magnum (), et au fond, synthé, batterie, basse/contrebasse.

J.A.M. interprète les titres de son dernier EP, Équinoxe ainsi qu’une toute nouvelle pièce sur son parcours de musicien, « Tout va mieux ». Pour conclure la soirée et rallumer nos flammes éteintes par un an de pandémie, J.A.M. propose la chanson la plus « explosive » de son répertoire, Tik. Un morceau qui parle à nouveau d’ascension sociale, de son expérience et ses galères de vie. Une performance qu’on aurait vraiment aimé apprécier en live. Petit bémol technique sur les réglages de son virtuel manquants cruellement de profondeur et ne rendant vraiment pas justice au projet ce soir-là.

Calamine, from Hochelaga with love

Calamine se décrit comme un collectif de rap de grosse gouine granola féministe frufru menstru straight outta Hochelag. Autant dire, une ligne éditoriale bien précise. Pour les incultes comme moi, la calamine est une lotion qui soulage temporairement la démangeaison due aux irritations superficielles de la peau. FYI. Calamine est aussi la moitié de Petite Papa qu’on avait vus sur la même scène il y a un an. Flamants roses, gros manteau en faux poil « pour le stunt », casquette aux oreilles de lapin, chapeau d’enterrement de vie de jeune fille, Calamine et ses musiciens ont mis le paquet sur les accessoires kitschs et roses. Beaucoup d’ironie dans cette démarche. Beaucoup de naturel néanmoins dans ce concert qui met le sourire aux lèvres.

Les arrangements sont supers bons (ils sont de Kèthe Magané à la guitare ce soir-là). Les musiciens sont détendus, ne serait-ce que ce sexy solo de saxo d’ »Hochelagurl » en entrée de jeu (le son wow de Valérie Lachance-Guillemette !). La perf’ est équilibrée et les textes pleins de charmes. Après avoir dédié « J’ai tout ce qu’il faut » aux personnes non-binaires et queer, Calamine rend hommage à l’éclectisme d’Hochelaga, son quartier montréalais d’adoption, et dénonce les boys clubs dans « Mona Lisa ». Elle conclue sur « Jean Talon », une chanson dédiée à une amoureuse/un crush/un plan cul (who knows), et les petits moments cute de cette relation. Une sérieuse candidate.

Classement provisoire :
– Vendôme
– Calamine
– J.A.M.
– Douance
– Oui merci
– Tremble
– Super Plage
– Fidès
– Perséide

Crédit photos : Frédérique Ménard-Aubin