Les nappes de sensualité de Jay-Jay Johanson

CHRONIQUE – Jay-Jay Johanson, un de nos nordiques préférés, nous revient avec « Rorschach Test », dont la laideur du nom n’a d’égal que la beauté sensuelle de ses titres ! 

Effectivement, ce nom Rorschach Test, digne d’un examen à faire pour vous détecter une maladie neurologique rare, ne paraissait pas super vendeur. Heureusement, nous ne nous arrêtons pas là, et vous non plus, vous ne devez pas, surtout quand on connaît déjà le travail de ce doux Suédois.

Le trip hop revisité

Dès le premier titre « Romeo », nous voilà transportés dans un monde de volupté intense. La couv’ de l’album représente le chanteur alangui dans un lit, dans un halo vert d’eau, on a envie d’en faire autant, avec l’amant de notre choix. Direction le lit pour y pratiquer tout l’éventail des possibilités, du soufre jusqu’à la simple oisiveté rêveuse. On ne peut s’empêcher d’être ramené quelque vingt ans en arrière dans l’univers de Massive Attack. Même rythme électro métallique, intrigant et d’une obscurité très séduisante. 

Ce qu’il nous vient en écoutant Jay-Jay c’est que le fabuleux Chet Baker a séduit Beth Gibbons des Portishead et que, de leur union est née cette licorne suédoise. La voix est aussi singulière et séduisante que celle de Chet. Et si certains titres louchent du côté du trip hop des Massive Attack ou de Portishead (l’intro de « Stalker », son atmosphère hautement cinématographique ont été volées à Dummy, ce n’est pas possible ?!) d’autres flirtent avec la chaleur latino de Rodrigo Amarante sur le générique de Narcos. Vous entendez ce thème caliente à souhait mais également plein de spleen ? Un des rares génériques de série que l’on ne zappe pas, mais chante lascivement à chaque nouvel épisode. Et bien « Vertigo » et son piano jazzy feutré vient loucher du côté de son confrère narcotique. Le mélange des genres chez Johanson est un art qui devrait toucher des amateur.trice.s de tout bord musical.

Le sujet amoureux

Si on tend l’oreille et que l’on prête attention aux paroles, que d’amours contrariés, perdus, non réciproques… Le piano se fait parfois très solennel, comme avec « Amen », les paroles y sont d’une simplicité désarmante « there’s only one thing you never gave me, you never gave me your heart ». L’histoire est tout aussi classique et banale : elle l’a laissé dans la friend zone malgré tous les signes qu’elle a pu lui envoyer, alors qu’elle lui partageait sa passion musicale. Rien de nouveau, mais parfois c’est là qu’est la beauté.

Retour ensuite vers un univers plus sulfureux où, au risque de se répéter, il est vraiment difficile de ne pas se croire chez Massive Attack avec « I Don’t Like You ». La voix de la choriste accompagnant Jay-Jay est vraiment digne des chants choraux de cette légende musicale. Et à nouveau, le style dépouillé des paroles de Johanson imprime immédiatement le titre et son refrain dans nos esprits, « I don’t like you, I adore you ». Nous aussi on adore. 

« How Can I Go On » dans une veine plus douce et tendre, est également servie par un texte simple « How can I go on when all I do is missing the lips I was I kissing ». Cela pourrait être un peu idiot, ennuyeux et triste à pleurer, mais absolument pas, on est dans le lyrisme et la lumière.

Le spleen sublime

Petit coup de cœur pour “Why Wait Until Tomorrow”, déjà pour sa mélodie sexy qui nous donnent envie de soupirer de plaisir. Et puis pour son clip filmé de nuit dans les rues de Paris, sur le point de se reconfiner ou tout juste reconfinées en octobre 2020. L’ensemble pourrait être cafardeux, mais c’est plus subtil que cela.

Le spleen n’est pas un sentiment négatif. Jay-Jay marche comme nous actuellement, seul, dans une bulle sans début ni fin et dans une ville qui, vide, la nuit, reste insolemment belle. Aux côtés de Jay-Jay, pas de raison d’avoir peur d’explorer notre côté sombre, même en écoutant le piano triste d’ « Andy Warhol’s Blood for Dradula » (WTF?), on a le droit de s’attarder dans cette zone grise et d’en revenir le sourire aux lèvres… 

Rorschach Test – Jay-Jay Johanson