La musique d’une série, un rôle identitaire, esthétique et fondamental

On l’a dit parfois reléguée au second plan. Pourtant, la musique fait partie intégrante de la vie des films et des séries. Davantage même dans les séries.

Elle joue un rôle prépondérant dans une série, accompagne la narration, exacerbe les émotions. La musique joue avec les nerfs des spectateurs. Elle attriste, effraie, anime le téléspectateur happé par une mélodie. Parfois même, sans le remarquer. L’image attire l’œil, la musique, elle, colle dans le creux de l’oreille et appuie sur les sentiments d’angoisse, de peur, de tristesse. C’est flagrant dans les séries de genre tel qu’American Horror Story ou Walking Dead. Discrète, la musique est omniprésente. Toujours.

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La musique est utilisée de diverses manières. Elle crée ou renforce l’ambiance d’une série avec l’utilisation des bruits de fond façon Twin Peaks ou alors, elle est utilisée de manière purement commerciale notamment pour les séries de MTV, Fox ou CW. Là, la cible n’est pas la même et l’utilisation de la musique n’est pas la même. Elle est un jukebox. Son utilisation s’apparente presque à un placement de produit.

Dans un sens ou dans l’autre, la bande-originale d’un épisode occupe une place plus qu’importante dans le déroulement de l’intrigue. Les showrunners l’ont bien compris. Une bonne musique de série va accompagner le téléspectateur et va évoluer pendant sa vie et donc être amenée à changer. L’exemple est frappant avec The 100. Très pop à ses débuts, la musique de la série s’est assombrie au fil des saisons, pour privilégier les thèmes originaux plus forts et une intrigue plus compliquée et sombre aussi.

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Le générique, l’identité de la série

La musique va servir à appuyer le ton et l’identité de la série et ce, dès son générique. C’est ce qu’on retient en premier lieu, parce qu’elle est récurrente, certes, mais aussi parce que c’est une entité à part entière. Clément Souchier, superviseur musical insiste « les génériques cherchent presque tous à jouer ce rôle esthétique et identitaire », tout en nuançant « mais n’y parviennent pas toujours. Ceux qui me viennent le plus spontanément sont par exemple Narcos, Six Feet Under, Twin Peaks ».

Il suffit qu’on joue une fraction de secondes de ‘Game Of Thrones’ ou ‘Breaking Bad’ pour les reconnaître instantanément.

Pour la journaliste Delphine Rivet, c’est ce qu’on retient le plus facilement dans une série. Et de citer aussi l’exemple de Twin Peaks : « il a hanté et hante encore pas mal de sériphile. Inspiré du théâtre kabuki, il était aussi un merveilleux ajout à une ambiance déjà très noire ». Et d’ajouter : « dans un registre un peu plus gai, je crois que la musique de Desperate Housewives a pas mal marqué les esprits aussi, elle a d’ailleurs été beaucoup copiée, notamment dans les pubs, pour sa connotation féminine et espiègle ». Féminine et espiègle : le ton de la série est donnée dès son générique. Le style et les titres qui composent la bande-originale jouent alors un rôle particulier : le blues rugueux accompagne Sons of Anarchy, l’indie se retrouve en avant dans la BO de Girls, le rap est l’essence des séries comme Power ou Empire, la country est le cœur de Nashville.

Jouer sur l’intemporalité

La musique s’inscrit dans l’essence et l’esprit de la série mais, parfois les showrunners décident de prendre un contre-pied en jouant avec les anachronismes pour magnifier l’action d’une série. C’est le cas de Peaky Blinders. La série britannique rompt avec les codes en vigueur en utilisant une musique moderne et résolument rock.

Pour Delphine Rivet, l’anachronisme n’est pas quelque chose de choquant, au contraire. « Je ne vois absolument aucun souci à l’intégrer à l’époque du récit« . L’action se passe pendant l’entre deux guerres, la bande originale, elle, se compose de titres rock des années 2000. Arctic Monkeys, Nick Cave, The Kills, David Bowie : ce sont eux qui illustrent les moments forts des Peaky Blinders. « Si elle parle aux téléspectateurs, c’est qu’elle raconte déjà une histoire« . Et d’ajouter : « Cette musique est extérieure à l’action, elle n’appartient pas à la diégèse ».  Le choix de cette bande-originale anachronique est expliqué par Steven Knigt, l’un des créateurs de la série ; « Nous nous inscrivons globalement dans une tradition rock et folk, en choisissant des chansons qui nous semblent intemporelles« . Et pour la journaliste, c’est une réussite : « Ces Peaky Blinders, on ne pourrait pas les imaginer autrement qu’accompagnés de Nick Cave ou de PJ Harvey. Si l’on oublie le siècle qui les sépare, on peut tout à fait imaginer Thomas Shelby écouter ça ».

Une série sans musique ?

La musique est l’élément qui marque le plus après avoir vu un film ou une série. Clément Souchier souligne qu’il « n’est pas rare qu’on oublie le nom des personnages d’une série qu’on a pourtant regardé pendant des heures. Il suffit qu’on joue une fraction de secondes de Game Of Thrones, Breaking Bad pour les reconnaître instantanément ». Il n’en faut pas plus pour reconnaître un thème associé à un personnage. « Sherlock a son thème, tout comme Irene Adler avait le sien. Chaque Docteur Who a son thème. Comme ce sont des figures récurrentes, ces musiques là marquent d’autant plus », rappelle Delphine Rivet. Dans ces cas-là, la musique intervient à des instants très particuliers et aident à comprendre la psychologie d’un personnage et évoque les sentiments qu’ils n’expriment pas.

Le rôle de la musique est aussi de servir comme éléments de contexte, historique ou géographique. Elle peut alors nous faire plonger dans l’ambiance moite d’une époque, froide de la guerre. Dans 11.22.63 (inédite en France), elle rappelle aux téléspectateurs l’époque dans laquelle se déroule l’action. Quand le personnage principal se retrouve propulsé dans les années 1960, la bande-son se compose de titres d’Elvis Presley, Sam Cook, Shelley Fabares, Etta James. Quand il est dans le présent, c’est Icona Pop ou Spoon qu’on retrouve en fond sonore.

Une série a donc besoin d’un habillage sonore particulier mais pourrait-on alors imaginer une série sans aucune musique ? « Ce serait presque expérimental ! Les séries qui utilisent les silences sont souvent les plus avant-gardistes dans la forme. De la même manière que Mr Robot exploite le vide à l’image avec des cadrages « décadrés », elle utilise aussi les silences, ou les monologues d’Eliott. Je ne veux pas dire de bêtises mais il me semble qu’il y a des passages sans musique dans Mr Robot, ou dans The Girlfriend Experience ».

Episode 2 : La musique, un des piliers de l’œuvre cinématographique et télévisuelle (Clément Souchier)

Girlfriend Experience

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