Anna Von Hausswolff aux Trinitaires : un choc dantesque
LIVE REPORT – On est allé voir l’envoûtante suédoise Anna Von Hausswolff dans un couvent. Et on n’est pas prêt de s’en remettre.
Premier passage ici pour nous. On se perd dans les méandres de l’ancien couvent carmélite des Trinitaires avant de finalement arriver à la chapelle. Un peu triste de ne pas trouver un plafond digne d’une cathédrale (quitte a être là !), on se console vite en voyant la jauge. Maximum 300 personnes : qu’on va être bien pour découvrir Anna Von Hausswolff en live.
Oui, parce que là aussi, c’est une découverte pour nous. Les grandes voix étiquetées post-metal et expérimentales, en général, on décroche vite. Anna Von Hausswolff et nous, ce n’était donc pas écrit dans les cartes. Jusqu’au jour où on nous partage “The Mysterious Vanishing of Electra”. Était-ce le bon jour, le bon moment ? Sûrement. Cette fois-ci, on court regarder les dates et on voit qu’elle passe dans quelques mois, pour son nouvel album Iconoclasts. Celui-là, on accroche fort.
Un saxophone incroyable
Son principal attrait, c’est peut-être ce saxophone. Il est tenu par Lisen Rylander Löve et c’est elle qui fait la première partie d’Anna ce soir aux Trinitaires. Un voyage instrumental, agrémenté de quelques tournures électroniques, qui nous ensorcelle doucement. On entendra des membres du public constater qu’on est dans la décennie du saxo, que son revival contamine tout, et qu’on l’entend partout dans le post punk actuel. On entendra aussi des références à Twin Peaks. Le côté sombre et inquiétant peut-être… Nous, on achète.


Après cette parfaite entrée en matière, le groupe dans son ensemble débarque, et c’est à nouveau le saxo de Lisen qu’on entend, accompagnée d’une basse caressée par l’archet sur “Rising Legends” . Et puis la voix d’Anna débarque et emporte tout. On pleure déjà tant on est pris par une force qui élève et écrase en même temps. Et c’est ce paradoxe qui fera du concert la claque énorme qu’il a été.
On pourrait parler des talents de pianiste d’Anna derrière ses claviers, de son orgue ou de la puissance et l’élégance des percussions. Du saxophone qui, définitivement, teinte les titres d’une autre touche. Tout cela s’entend sur les albums. Mais séparer chaque instrument, chaque musicien, serait une insulte à ce qui a été créé hier soir. En live, autre chose se joue.
L’ombre et la lumière d’Anna Von Hausswolff
Marche impériale, enchantement céleste, fureur infernale, on ne sait pas trop comment décrire l’immensité sonore qui a envahi la chapelle. Quelque chose qui prend aux tripes et réunit la beauté de tous les éléments dans une déflagration délicatement violente qui transforme le public en masse muette et ébahie. Alors est-ce parce qu’on se trouve justement dans une chapelle ? Est-ce parce qu’on manque tellement de vocabulaire pour décrire ce qu’on ressent à ce moment-là ? Mais la seule référence qui nous vient va toucher à la spiritualité. Ce concert d’Anna Von Hausswolff se rapproche de l’idée qu’on se fait du doigt de Dieu. Une puissance surnaturelle. Un pouvoir qui dépasse l’humain, inexplicable, inexorable, inarrêtable.



Mais qui doit s’arrêter tout de même, sur “Ugly And Vengeful”. Un rappel pour les “hardcore fans”, comme elle le dira, avec “Funeral For My Future Children” et nous voilà laissés tout seuls, de retour dans ce bas monde, après un voyage complètement hors du temps. Un peu plus, et on était prêt à créer un culte à la gloire de ce groupe incroyable. Un paradoxe de plus pour célébrer la sortie d’Iconoclasts, qu’il faudra écouter vraiment très fort si vous voulez approcher de ce qu’il contient de force et de puissance. Le pouvoir d’Anna Von Hausswolff et de son groupe est immense, méfiez-vous en. Et embrassez-le pleinement en live.
