Feu! Chatterton : “On a mis du temps à comprendre qu’être perdus faisait partie de notre travail”

INTERVIEW — Rencontre avec Sébastien Wolf et Raphaël de Prissigny de Feu! Chatterton à l’occasion de leur concert à Rennes. Genèse de Labyrinthe, crise de la quarantaine, se perdre, se retrouver et injonctions politiques.

On a été plus que séduit par le quatrième album de Feu! Chatterton, paru en septembre 2025. Heureux hasard de calendrier, on a pu les interviewer en janvier au Liberté à Rennes, avant la deuxième représentation de leur nouveau spectacle, créé spécialement pour les grandes salles. Avec deux de leurs membres, on a pu discuter de la création de ce dernier album. De leurs inspirations à leurs aspirations, retour avec Sébastien et Raphaël sur leur rapport à la musique, leurs valeurs et les bienfaits de se perdre pour mieux se retrouver.

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Comment allez-vous 5 mois après la sortie de l’album et après avoir annoncé une 3e date à Bercy ?

Sébastien Wolf : Bien, je crois ! Pour plein de raisons, cet album nous a été assez compliqué à faire. Déjà, entre nous. On sortait du succès de Palais d’argile, on se mettait beaucoup de pression. Au départ, on doutait aussi du fait de retrouver la flamme, le feu ! Le travail sur cet album a été plus difficile, plus douloureux car on a perdu notre manager Jean-Philippe Allard pendant cette période. Il était un mentor pour nous. Dans le même temps, on a été plusieurs à avoir des enfants, il y avait aussi plein de moments de joie. Ces 4 années ont donc été laborieuses. Maintenant, 5 mois après la sortie de l’album, on est disque d’or, on a un troisième Bercy programmé (9 février 2027) et des nominations aux Victoires de la musique… C’est fou et à la fois rassurant.

“Dans l’inspiration, on voulait rester nous-mêmes mais pas refaire éternellement du Feu! Chatterton caricaturalement parlant…”

Ces blocages étaient dus à quoi ? Était-ce un manque d’inspiration sur les textes ou bien plus sur l’aspect musical ?

Raphaël de Prissigny : Pas tellement… Ça fait 15 ans qu’on est ensemble, il nous fallait plutôt se réinventer. Avec le temps, les rôles de chaque membre ont eu tendance à se figer. Il faut que la structure du groupe se modifie en fonction des personnes et de leurs évolutions. Ça prend du temps. Dans l’inspiration, on voulait rester nous-mêmes mais pas refaire éternellement du Feu! Chatterton, caricaturalement parlant… C’était très chargé et c’était dur de se retrouver parce qu’on a tous eu nos projets de chaque côté : des musiques pour des films ou du théâtre, des spectacles de cirque, on était un peu tous éparpillés. Arthur a eu pas mal de projets : deux bouquins, un album avec Baptiste Trotignon, il est tombé un peu malade. Il fallait tout synchroniser pour retrouver une énergie, un élan pour nous 5 dans une même direction, ça nous a pris du temps. La mort de notre manager est arrivée dans un moment étrange où on ne parvenait vraiment pas à se retrouver tous les 5 et ça a resserré l’équipe. La réception de l’album nous a apporté beaucoup de reconnaissances pour ce long travail accompli, on a une chance incroyable et le mois de janvier 2026 est marqué par une grande exaltation avec les 2 Bercy. C’est une nouvelle histoire, on n’a jamais fait un “show” et là on a une nouvelle scénographie, qu’on a joué pour la première fois à Poitiers la semaine dernière. On a pris une nouvelle dimension sur scène et c’est très excitant.

Sébastien : En tout cas, on n’a pas manqué d’inspiration. On avait développé des mécanismes d’écriture, de composition mélodique, de structure harmonique… et il y a une manière de faire à la Feu! Chatterton dans les trois premiers albums dont on avait envie de s’écarter. Et pour cela, il fallait faire d’autres choses. On avait besoin d’explorer des territoires neufs musicalement, textuellement. Arthur en écrivant des poèmes, a été libéré à un endroit pour l’écriture. Nous aussi, en faisant de la musique de film et de spectacle vivant. Cela nous a permis d’aller chercher d’autres sonorités, d’autres territoires musicaux. On avait besoin d’explorer non pas pour chercher de l’inspiration, mais plus pour trouver de nouveaux outils pour faire de la musique. On était arrivés au bout d’un cycle avec les trois premiers albums. Après Palais d’argile, je me suis personnellement demandé “qu’est-ce qu’on va faire maintenant ?”, “de quoi ai-je envie ?”, “qu’est-ce qui va m’exciter ?”. Ce qui est assez beau, c’est qu’on a chacun pris des chemins différents. On a pu trouver d’autres sources d’inspiration musicale qu’on a mises ensuite dans Feu!.

Ça ne vous manque pas les petites salles plus intimistes ?

Sébastien : Alors les petites salles c’est super, on en a fait en novembre, ça permet de retrouver le public. Les grandes salles sont anxiogènes pour nous. D’un seul coup tu deviens un spectacle et plus vraiment une personne. Ce n’est pas pareil dans la relation au public, mais on va s’habituer d’ici Bercy ! Il y a un changement d’échelle, du regard du public qui nous voit comme un spectacle, presque télévisuel. Ça peut être déroutant mais ça permet de faire des choses visuelles qu’on n’a jamais pu faire avant et c’est incroyable ! On vient des petites salles, on vient du bar… On a joué à la Traquette à Rennes en 2013, on a même commencé par les Bars en Trans. Que l’on joue devant 100 ou 5000 personnes, on déploie la même énergie sauf que d’un coup, il y a un rapport qui change entre nous et le public. Cinq personnes sur scène, 5000 qui regardent, c’est bizarre. Ça crée un rapport de pouvoir bizarre qu’on n’a pas dans les petites salles.

Avec qui avez-vous construit la scénographie ?

Sébastien : On a créé une scénographie spécifique avec Nicolas Brillon. C’est une scénographie assez abstraite qui rappelle l’univers de la pochette et l’univers du disque. Mais c’est plus facile à voir qu’à décrire ! C’est très inspiré de l’architecture des années 1960.

Raphaël : C’est une manière de scénographier un labyrinthe, de moduler des espaces très différents. Ils peuvent redevenir à la fois des espaces intimes sur une scène immense ou au contraire redonner cette impression de gigantisme. Notre musique est plutôt nuancée, on peut avoir des morceaux calmes et d’autres plus rock, la scénographie permet cette modularité. C’est en ça que le travail de Nicolas est vraiment brillant. C’est un concept très simple mais qui se décline de plusieurs manières et c’est impressionnant. En tout cas, nous, on a été impressionnés !

“Pour arriver à cette architecture, ça a été tout sauf méthodique. C’est la naissance depuis le chaos.”

En parlant du labyrinthe, est-ce que c’est un mot qui vous est venu naturellement pour désigner l’album ou pas tant ?

Sébastien : Il est venu très vite, c’est le seul album dont on a trouvé le nom avant même le rendu des masters. Pour les autres, on avait trouvé le nom juste avant d’envoyer les fichiers sur Spotify. Pour celui-ci, c’est venu naturellement car déjà il y a une chanson qui s’appelle Labyrinthe et qui parle assez justement de ce qu’on veut raconter dans le disque. Le disque a été une forme de labyrinthe pour nous, cette période l’a été et on a mis du temps à comprendre qu’être perdus, ça faisait partie de notre travail. On met toujours du temps après les tournées à accepter que l’essence de notre boulot est de créer quelque chose sans savoir vraiment ce qu’on fait. Le concept de labyrinthe avec la perdition et l’acceptation de cette même perdition, je pense qu’on l’a enfin compris après 10 ans. On est perdus et quand on se sera trouvé, ça en sera fini de Feu! Chatterton. Tout le monde se perd en fait dans sa vie mais on fait tout pour lutter contre. Notre métier, pendant 2 ans, c’est de se regarder le nombril, de douter, de mal parler à tes potes. Tu es dans une crise permanente, tu prends des risques, tu es dans une tempête émotionnelle. Et à la fin ça te fait un disque et tu le partages.

Raphaël : Et quand tu as de la chance, on te dit que c’est bien fait. Tu te dis “quelle belle architecture” alors qu’arriver à cette architecture a été tout sauf méthodique. C’est la naissance depuis le chaos. Ce qui est impressionnant à la fin c’est qu’on dirait un tout, plutôt harmonieux, avec des échos qui se répondent qu’on pourrait lire a posteriori des logiques, des miroirs, plein de questions réponses entre les morceaux ou dans la structure générale de l’album. Mais au moment où tu le fais, c’est pas du tout ça. C’est pas du tout théorisé et après coup, tu peux relire et trouver des correspondances entre les morceaux.

Quand on avait écouté l’album pour la première fois, on a pourtant trouvé énormément de résonance entre les morceaux…

Sébastien : Oui, c’est sûr mais c’est pas du tout réfléchi. Un album reste la photographie du moment où tu l’as fait et évidemment, quand tu as fait des chansons dans une période rapprochée, elles se lient naturellement car tu as quelque chose à dire.

Raphaël : Arthur, sur une même période, va décliner plusieurs fois le même thème sur des modèles différents.

Pour en arriver à 13 morceaux sur cet album, vous avez dû jeter beaucoup de morceaux ?

Sébastien : Quand même oui, mais pas jeter. Ce sont en fait des choses qui vont revenir, des morceaux qui ont été laissés juste car ce n’était pas leur moment. On en écarte à chaque disque. Sur celui-là comme sur les autres. Ça se fait naturellement. Il y a des morceaux auxquels on tient plus à ce moment-là et on veut vraiment qu’ils figurent sur l’album.

Raphaël : Il y en a où on est à fond dessus et ça bloque. On y retourne, puis ça rebloque. Et la date de studio approche… Alors qu’il y a tel morceau où c’est fluide et on le prend. D’autres, on les reprendra dans les deux ans par exemple.

Sébastien : Il y a des bouts de texte sur Labyrinthe qui datent du deuxième album. Il y a des mélodies qui datent du 3e album qu’on n’a jamais sorti car on n’était pas satisfaits. Et c’est des morceaux qu’on a maturés.

“On est obligés de se reconnecter à des valeurs simples que sont la fraternité, la vulnérabilité, l’empathie, l’optimisme… Ce sont des valeurs simples mais vraiment nécessaires.”

Dans cet album, il y a de longs morceaux, est-ce une façon pour vous d’étirer ?

Sébastien : Non, on essaye à chaque fois de faire moins et à chaque album on a ce problème. On a du mal à faire des morceaux concis et c’est plutôt un défi que d’y arriver. On a tendance à faire des morceaux longs à essayer de raconter d’autres choses sur le même morceau, donc souvent de l’étoffer de nouvelles idées d’arrangements, d’harmonies, de sons et même des idées de texte. C’est assez naturel pour nous.

Raphaël : Quand on arrive à faire des morceaux de 4 minutes, on se dit bravo !

L’album peut avoir une lecture assez politique. Est-ce pour vous une forme de “militantisme” ?

Sébastien : Ce n’est pas programmatique dans le sens où on le fait car il faut le faire, mais parce qu’on a besoin de le faire. Dans ce disque, et déjà dans le précédent, parler des problématiques sociétales comme dans “Mon frère”, vient tout à fait naturellement. On ne s’impose pas de faire une chanson sur les migrants. On le fait plutôt parce que c’est un sujet qui nous touche particulièrement quand on voit que la société est en plein doute et a peur de l’autre. Il y a des idées qui pourraient paraître simplistes comme l’idée de la nature humaine, qu’on est tous semblables, que c’est beau d’avoir une forme de différence, qu’il faut chérir. Ce sont des idées qui paraîtraient naïves il y a 30 ans et aujourd’hui on a l’impression d’être hyper engagés en disant ça. Alors que ce sont des concepts humanistes basiques. On le met dans notre disque car on a besoin de le dire à nous-mêmes. Ce n’est pas particulièrement sous l’angle d’une idéologie partisane. Pourquoi aujourd’hui ces questions-là paraissent politiques ? Cela ne devrait même pas être le cas. Ce qui est important, c’est de partir de nos situations intimes. Pour “Mon frère”, Arthur finit par une question : “demain, s’il y avait la guerre, qu’est-ce que je ferai moi ?”. Ce sont des questions que l’on se pose avant tout à nous-mêmes. Dans chaque morceau, il y a de la politique, sur tout le disque, sur des sujets assez différents. Par exemple, “Baisse les armes” est un morceau sur la masculinité.

Raphaël : C’est avant tout quelque chose qu’Arthur écrit et que l’on s’approprie avant tout pour nous-mêmes. C’est une question contemporaine que tout homme se pose quand il se remet en question : comment fait-on pour laisser transparaître sa vulnérabilité ? De cesser de répondre par une masculinité un peu violente. Ce sont des résonances de l’époque en nous qui se retrouvent retranscrites dans une chanson. Comme “Allons voir”, pour nous c’est politique au sens large du thème. Le rock des années 1990 pouvait être un rock militant, très critique. Mais à l’époque j’ai l’impression que le monde était organisé de façon plus binaire et que la critique était plus simple. Aujourd’hui, les problèmes sont devenus très multifactoriels. Pour nous, la manière d’être politique n’est pas de critiquer les choses mais plutôt de se donner des injonctions. Comme “Allons voir” est une injonction que l’on se fait à nous-mêmes de garder une certaine forme d’optimisme car il y a toutes les raisons d’être pessimistes. On a des enfants en bas âge, on ne va pas leur dire que c’est foutu. On est obligés de se reconnecter à des valeurs simples que sont la fraternité, la vulnérabilité, l’empathie, l’optimisme… Ce sont des valeurs simples mais vraiment nécessaires.

“C’est intéressant de voir pourquoi certaines œuvres arrivent. Elles existent car elles sont le fruit d’une interaction avec la société à un moment donné.”

Sébastien : On parle peut-être de ça aujourd’hui car on est dans une période plus en crise que lorsqu’on a commencé la musique. “Mon frère” a pris son sens au moment de la dissolution de l’Assemblée nationale car l’extrême droite montait et c’était évident pour nous qu’il soit sur le disque. “Un Monde nouveau” dans l’album précédent est un morceau qui a pris son sens à cause du Covid. S’il n’y avait pas eu le Covid, il n’aurait sûrement pas été dans le disque. Il y a toujours une résonance entre ce qu’on écrit et ce qu’on décide à la fin de mettre sur le disque. Ce n’est pas parce qu’on se dit que ça va marcher mais parce qu’on a besoin de parler de ça. C’est important pour nous et donc oui, il y a un lien indirect avec l’actualité. C’est intéressant de voir pourquoi certaines œuvres arrivent. Elles existent car elles sont le fruit d’une interaction avec la société à un moment donné. “L’Affiche rouge” est une chanson que l’on aimait depuis longtemps (ndlr : poème de Louis Aragon adapté à l’origine en chanson par Léo Ferré). On avait déjà commencé à la jouer en 2022 pendant les élections précédentes où Zemmour montait. On l’a jouée une fois sur scène, on a vu que ça faisait du bien au public, ainsi qu’à nous. Ça nous a tous fait du bien d’entendre un texte qui racontait l’histoire de France à partir de l’histoire intime de Missak. Un résistant arménien pendant l’occupation, qui a écrit une lettre à Mélinée car il allait être exécuté. Raconter cette histoire à ce moment-là apaisait. On se dit que c’est ça la France, plutôt que ce qu’on nous raconte dans des médias comme CNews.

On trouve que les thématiques de cet album font très crise de la quarantaine…

Sébastien : (rires) C’est vrai qu’il y a un entre deux âges. On est plusieurs à avoir eu des enfants donc ça a influencé forcément le disque. Je pense que quand tu vieillis, que tu as enfants, tu regardes le monde différemment, tu n’es plus le centre de ton monde. Quand tu es artiste, tu aimes bien être le centre du monde. Et là, d’un seul coup, ce n’est pas le cas et tu as besoin de parler au centre de ton monde. “Allons voir” est une chanson très optimiste qui n’aurait jamais pu être écrite si on n’avait pas eu des enfants. Elle est tournée vers une génération plus jeune à qui on essaye de dire qu’il y a une lumière, qu’il faut la saisir, le monde n’est pas si horrible que ce qu’on nous raconte.

Raphaël : La vie est un labyrinthe. Quels que soit nos choix de vie, “on est tous perdus dans le labyrinthe”, au lieu de se lamenter sur le fait que l’on ne trouve pas d’issue, autant le décorer. Et ça, ce sont des adresses à nos enfants. Ce sont des postures textuelles qui n’existeraient pas si on n’était pas pères.

Sébastien : L’album pour nous est une forme de thérapie pour parler du deuil, d’une situation de dépression dont on sort. Je ne sais pas si c’est une crise de la quarantaine car on est dans une société profondément dépressive, qui a besoin de trouver de la lumière. Donc je pense que c’est à tous les âges. “L’Étranger” est un texte qui parle de la vieillesse, du temps qui passe, oui, qu’à chaque âge on arrive étranger à soi-même…

“La chanson française n’est pas obligée d’être désuète. On peut en faire des arrangements hypers chelous, de l’électro, de la pop sophistiquée… Il n’y a pas de limites tant qu’on raconte une histoire !”

Dans à “Cause ou grâce” aussi, il y a la perte d’idéalisme en vieillissant…

Sébastien : Cette chanson finit par dire qu’après tout ça, il y aura de l’or. Cet album est quand même la recherche de l’apaisement. C’est quelque chose auquel on aspire avec l’âge : la recherche d’apaisement face à ses idéaux, ses espérances, à ces tristesses, à ses deuils. C’est ça la thématique cachée du disque car c’était aussi la recherche de l’apaisement dans le groupe. Il faut être apaisés avec le monde dans lequel on vit, je pense que c’est ça la clef.

L’arrivée des sons plus électro, latino, viennent d’où ? Des projets que vous avez eus à côté ?

Sébastien : Pour le coup-là c’est un choix esthétique dès le départ. Dans les trois premiers albums, on a développé une manière d’écrire des chansons sur textes, mélodies et accord, pour structurer puis arranger qui passe par des enregistrements comme faisaient les groupes depuis 50 ans. C’est à dire qu’on joue en même temps et on enregistre. Et là, sur ce disque, de mon côté, j’avais dès départ envie de produire de la musique d’une autre manière. Ce qui m’a aidé, a été de voir des artistes pop internationaux comme Billie Eilish, Rosalía, Bad Bunny… Rosalia part de la musique du sud de l’Espagne, elle en fait un objet pop très étrange, hyper avant-gardiste. Bad Bunny, c’est de la salsa très traditionnelle et en même temps c’est du reggaeton très puissant. Nous, on fait de la musique traditionnelle, on fait de la chanson française à l’ancienne et comment la moderniser ? Le défi était là. D’où les morceaux latinos, électros… “L’Étranger” est un texte d’Aragon, et pourtant c’est un morceau techno. Et ça c’est un défi qui m’excite énormément. La chanson française n’est pas obligée d’être désuète. On peut en faire des arrangements hypers chelous, de l’électro, de la pop sophistiquée, faire des bruits bizarres, du reggaeton… Il n’y a pas de limites tant qu’on raconte une histoire !

Raphaël : Tant qu’on n’essaye pas de réciter des recettes. On peut essayer de trouver notre patte dans ce style.

Sébastien : Un groupe qui a réussi ça et dont on est très fans, c’est Radiohead. À chaque album, et en particulier lors de la rupture, avec le diptyque Kid A et Amnesiac, a su perpétuellement se réinventer. C’est un groupe phare pour nous car ils ont réussi à rester ensemble autant d’années… ce qui n’est pas simple. Ils donnent l’impression qu’ils sont encore heureux lorsqu’ils font de la musique ensemble et en plus, ils se remettent en question à chaque album. Douter, changer de mode de fabrication de la musique, c’est un chemin pour nous qui est très clair. On est très fans d’eux aussi pour ça.

Et si pour terminer, vous nous donniez des noms de groupe que vous écoutez sur la route de votre tournée ?

Les deux : Oklou ou BEAK ou Ofé ou Fleuve…!

 ▶ Labyrinthe – Feu! Chatterton (Universo Em Fogo), disponible

Feu! Chatterton est en tournée en France toute l’année — (consulter les dates).
Le 4 mars au MTelus à Montréal dans le cadre de Montréal en lumière et le 5 mars au Théâtre Capitole de Québec.

Propos recueillis par Mathilde Lebecq et Damien Terral
Crédit photo : Fifou