La Route du Rock hiver 2026 : un vendredi bien vénère

LIVE REPORT – De retour sur les terres malouines pour une nouvelle édition hiver de La Route du Rock. Et cette année semble être très remontée.

On débarque à La Nouvelle Vague en plein set de dééfait et on se prend directement une claque. Notez que je ne tourne pas autour du pot et rentre directement dans le vif du sujet, comme cette soirée. En général, le premier set est plutôt calme. Là, on est vite plongé dans un noise rock un peu psyché. Un truc qui nous envoûte. Le groupe évolue sur la scène parisienne mais le chanteur Riki Lara à l’accent mexicain explique pourquoi on décèle des paroles en anglais, français et espagnol. Les corps sont tendus, les paroles flottent ou frappent et on se dit que vraiment, cette soirée de La Route du Rock commence sur les chapeaux de roues. 

La verve british et la vague d’énergie

Shortstraw. est aussi aiguisée que le point qui suit son nom, et auquel elle tient. Accompagnée d’un batteur qui lance les pistes et guide le set, shortstraw. est une pile électrique en basket/jogging/débardeur et cheveux ras, parcourant la scène non stop de droite à gauche à mesure qu’elle égraine ses titres. Et ses titres sont des petites pépites acérées balancées avec une verve des plus british. On est fan de l’accent, mais aussi de l’énergie déversée pour tenter de faire remuer un public timide. Pourtant, elle nous lance un “bouge ton cul” dans un éclat de rire, félicite les quelques danseurs du centre, et finira par gagner quelques corps mouvants. Normal, avec un rap teinté punk. A image de la jeunesse anglaise remplie d’influences aussi larges que The Prodigy et Amyl and The Sniffers.

A ce stade de la soirée, soyons honnête, on ne comprend pas vraiment l’ordre des groupes. Parce qu’autant dééfait que shortstraw. auraient mérité de jouer en fin de soirée, ou du moins un peu plus tard. En revanche, on comprend bien pourquoi Jehnny Beth débarque ensuite. L’énergie est FOLLE. Des litres de sueur ont été perdus ce soir, sachez-le. Entre ses sauts incessants, les kilomètres parcourus sur scène, les passages dans le public, pour danser et pour slamer, Jehnny Beth ne s’est pas économisée. Et fait définitivement honneur à sa réputation de bête de scène.

Entre un début de live où elle annonce qu’il faudra être très vivant ce soir, le milieu de set pendant lequel elle appelle les femmes à venir devant, et la fin où elle avoue avoir passé une excellente journée entre la sortie de sa dernière collab (avec Mike Patton sur “Look At Me”) et ce set, on peut dire qu’elle sait séduire et parler à un public. Comment résister à cette tornade qui passera presque autant de temps dans la fosse que sur scène ?

La Route du Rock engagée toujours

Évidemment, après elle, coup de mou. Il aurait probablement été difficile d’enchaîner avec quelque chose du même genre, alors dälek et son rap east coast sont les bienvenus. Un bassiste, une table de mix, et ce gars à casquette qui pose son flow sur un énorme son, très lourd. Déjà une trentaine d’années que dälek existe et on sent évidemment l’entente et le set rôdé. Mais que c’est massif, pour deux personnes sur scène seulement. C’est étonnant et même si on a du mal à se concentrer sur les paroles à cette heure de la soirée, on sent que c’est tout aussi brut et fort que la déferlante hip hop qu’on se prend en plein dans la figure. Mention spéciale à l’ingé lumières parce que l’habillage était d’une classe incroyable pendant tout le set.

Enfin, pour clore la soirée même si beaucoup n’auront pas tenu jusque là, le duo parisien Leroy Se Meurt. Ils sont français, et commencent leur set en parlant peuples libres. Ok, le set sera engagé ou ne sera pas ! Et effectivement, c’est un portrait du monde actuel qu’ils nous dépeignent, l’un derrière ses machines, l’autre derrière son micro. Leroy Se Meurt, c’est la boom de fin de manif pré-apocalypse, qui transforme notre colère en beats à faire sauter et crier. Est-ce nécessaire en 2026 ? Oui. Tout est dit. Et on comprend finalement mieux le line-up de la soirée, qui aura tout donné du début à la fin.