IDER, en toute intimité aux Trois Beaudets
COMPTE RENDU – Pour l’avant-dernière date de leur tournée consacrée à leur album Late to the World, le duo IDER a suspendu le temps devant une centaine de personnes réunies aux Trois Beaudets.
IDER est un groupe britannique de chanteuses-compositrices formé par Megan Markwick et Lily Somerville. Les deux artistes se sont rencontrées vers 2012 à l’université, alors qu’elles étudiaient toutes deux la musique. À leurs débuts, elles se produisaient sous le nom de Lily & Meg, avant de fonder officiellement IDER autour de 2016, une fois leurs études terminées et leur installation à Londres.
Initialement prévu le 5 décembre 2025, le concert parisien avait dû être reporté pour des raisons médicales. C’est finalement le 30 janvier qu’IDER s’est produit à Paris, pour l’avant-dernier concert de la tournée, officiellement terminée le lendemain à Antwerp.
Une salle intimiste pour une expérience unique
Dès leur arrivée sur scène, Megan et Lily ont expliqué leur intention : faire de cette tournée un moment intime, presque confidentiel, donnant au public l’impression d’être présent au moment même où les chansons avaient été écrites. Un pari largement réussi, à commencer par le choix du lieu.

Les Trois Beaudets, petite salle à l’allure de théâtre, uniquement composée de places assises, se prêtait parfaitement à l’exercice. La scénographie était volontairement minimale : un piano, une guitare, quelques lumières. Rien de superflu. L’espace est rapidement devenu un cocon. On s’y sentait accueilli, apaisé, entièrement happé par le son.
Harmonie totale : musique, imaginaire et émotions
IDER a impressionné autant par sa musicalité que par la complicité évidente entre les deux artistes. À certains moments, on aurait cru voir deux sœurs sur scène.
La setlist traversait leurs trois albums : Emotional Education (2019), Shame (2021) et Late to the World (2025). Le piano et la guitare se répondaient tout au long du concert. Si Megan ouvrait le set au piano, Lily prenait ensuite le relais sur certaines chansons, passant de la guitare au clavier avec une grande aisance.
Ce qui a particulièrement frappé, au-delà de cette maîtrise instrumentale, était leur étendue vocale. Là où beaucoup d’artistes se cantonnent à un registre précis, les deux chanteuses naviguaient avec aisance entre graves profonds et aigus délicats, construisant des harmonies incroyables.


La musique d’IDER possède également une forte dimension cinématographique. Les textes abordent des émotions et des situations profondément universelles : l’anxiété, le type d’attachement émotionnel, les zones floues des relations amoureuses, le sentiment d’être un peu perdu dans sa vingtaine. En version acoustique, l’attention se portait naturellement sur les paroles, et l’imaginaire se déployait avec une clarté presque visuelle.
Conversations entre amis
À cette musique dans laquelle on se reconnaît s’ajoutait une sincérité des chanteuses. La proximité physique imposée par la taille de la salle était renforcée par la personnalité des artistes elles-mêmes. Megan et Lily ont multiplié les échanges avec le public : elles ont demandé comment chacun allait, ont raconté des anecdotes familiales et ont évoqué, avec humour, les interprétations parfois surprenantes de la mère de Megan à propos de la chanson “Body Love”.
Le ton est resté léger et drôle, sans jamais rompre la délicatesse du moment. Même la promotion du merch s’est transformée en récit à part entière. Elles ont ainsi raconté les déboires logistiques de la tournée en novembre, où le merch arrivait rarement à temps dans les villes. Finalement, elles se retrouvaient avec une quantité presque absurde de hoodies à écouler.
Plus qu’un concert, cette date parisienne ressemblait à une parenthèse, à un moment suspendu dans le temps. Un moment où les voix, les paroles et les émotions prenaient toute la place.
Late To The World (stripped) – disponible (Nettwerk Music)
Texte et photos : Maia Mendilaharzu
