Pills For Tomorrow : “Ne perdez jamais vos rêves de vue”
INTERVIEW – Pills For Tomorrow était de passage au Brin de Zinc. On en a profité pour apprendre à les connaître.
On a découvert Pills For Tomorrow lors de leur concert au Brin de Zinc. Et on a eu très envie de les interviewer pour en savoir plus sur ce groupe coup de cœur. Présentation, parcours, projets, Nathalie la chanteuse nous parle du groupe, qui vient justement de sortir un nouveau titre. A vous de faire connaissance !
Pills For Tomorrow, c’est qui ?
Ce sont Nathalie, Laurent, Fabrice, Laurent et Augustin. Artistes et musiciens. Tempêtes et mers calmes, ombres et lumières, poètes des mots et des mélodies, magiciens du groove. Formé par Laurent et Nathalie à la guitare et au chant, rejoints par Laurent à la basse, puis Fabrice à la guitare et Augustin à la batterie. Pills For Tomorrow, c’est notre bulle, où on dépose tout ce qui ne peut pas être déposé ailleurs. Une bulle de créativité, et d’émotions qu’on souhaite partager, parce que si ça nous fait du bien, ça doit pouvoir faire du bien aux autres.
Le groupe est “jeune”, formé en 2023. Vous vous êtes rencontrés comment ? Vous faisiez quoi avant
Avant Pills For Tomorrow, il y avait Moleskine, formation plus pop et électro portée par Nathalie et Laurent. Ensuite, Laurent a rejoint le groupe à la basse avec Nicolas Delmas (Taulard) à la batterie. Laurent et Laurent se connaissent depuis super longtemps. C’est donc à quatre que nous enregistrons le premier EP Castle Rock. Plus épuré, plus léger que l’album qui arrive, il pose cependant les fondations de Pills For Tomorrow. En 2023, on va voir les New Candys (on reparlera certainement d’eux après) avec Fabrice. Pendant tout le concert, Laurent se dit qu’une 2e guitare ce serait top sur Pills. Fabrice, lui de son côté se dit la même chose. A la fin du concert, les deux se retrouvent pour discuter, et décident ensemble que la 2e guitare sur “Pills”, ce sera celle de Fab. Nous voilà donc cinq.
La composition au sein du groupe
Comment composez-vous un nouveau titre? Qui écrit les paroles? La musique est écrite avant ou après les paroles ?
C’est moi (Nathalie) qui écris les paroles. La composition dépend des morceaux. Souvent la musique arrive en premier. Parfois un simple hook de guitare donne une ambiance et une thématique et les paroles viennent se poser naturellement dessus. Fabrice participe aux arrangements, il tord les morceaux, puis les essore. Augustin propose d’expérimenter des choses à la batterie. Et Laurent (basse) trafique les lignes de basse pour les amener naturellement vers son jeu, hyper groove, même sur les morceaux les plus sombres.
Les bases de “Black Friday” par exemple ont été posées et écrites en une demi-journée. Laurent jouait des trucs à la guitare et ça m’a inspirée. J’ai écrit le texte en 30 minutes, puis on a fait des essais et ça a donné ce morceau un peu étrange, mi-parlé mi-chanté. Ensuite on l’a partagé avec le groupe et chacun a fait des suggestions. Augustin a proposé le pont puis une fin de morceau explosive. On aime laisser vivre les morceaux, ça permet de leur laisser le temps de mûrir. Donc la version live n’est pas celle qui est enregistrée par exemple, tout comme “Let it Rain” qu’on vient de faire évoluer pour le live.
Y a-t-il des sujets sur lesquels vous ne vous sentez pas d’écrire ? Au contraire, d’autres que vous aimez/aimeriez aborder?
Les textes que j’écris sont mon regard posé sur le monde. C’est pas toujours très joyeux, plutôt introspectif… J’y aborde les choses qui me posent question, que je ne comprends pas. Il y a beaucoup de sujets qui relèvent du comportement humain, comme la cupidité, la soif de pouvoir, la consommation de masse, et des textes très personnels sur la différence, les singularités, les angoisses et les cauchemars que cette différence génère.
Je m’inspire aussi du cinéma. Beaucoup de morceaux évoquent des images de films, musicalement, et ça se retrouve dans l’écriture et les thématiques. Une petite anecdote sur “In the Dark”. Ce texte est inspiré d’un truc qui m’est arrivé. Un matin en ouvrant les volets, je trouve une corde qui pend devant ma fenêtre et une autre accrochée à mon balcon. J’habite au 3e étage d’un immeuble de 8. Je remonte celle qui pend vers le bas, je vois que l’autre descend de très haut. C’est incompréhensible, elles n’y étaient pas la veille. Je referme mes volets pour que ma fenêtre ne soit pas accessible. Je passe un samedi étrange, plein de questionnements. Le dimanche matin, j’ouvre mes volets. Toutes les cordes ont disparu.
Pills For Tomorrow, un groupe optimiste
Si selon vous “il faut prendre des trucs pour survivre au lendemain”, vous n’avez plus d’espoir en l’avenir ? Vous avez des enfants ?
Nous, ce qu’on prend surtout, c’est une grosse dose de musique et c’est ce que nous voudrions transmettre. On est dans un monde où les émotions n’ont plus de place, la musique est un dernier refuge. C’est très paradoxal, car avec beaucoup de lucidité, on peut dire qu’on est foutu. Mais on reste quand même suffisamment optimistes pour se dire que, dans ce chaos ambiant, faire de la musique indépendante (ou n’importe quelle forme d’art) est une manière de dire qu’il reste une lueur d’espoir. C’est une façon de résister et de se tenir debout. Cette lueur, c’est peut-être aussi de se reconnecter à ses émotions, de vivre l’instant, d’être dans le vivant et de le prendre comme il est. On est presque tous parents, de jeunes enfants, d’ados et jeunes adultes. C’est bien la preuve qu’on est un peu optimistes quand même!
Vous êtes de Grenoble, comment ça se passe pour un groupe de musique rock en région Rhône-Alpes ? Les salles sont accueillantes? Vous en avez à nous conseillez ? Et le public ?
[rires] Disons qu’on joue plus souvent en Angleterre que chez nous… Grenoble a été une ville rock jusque dans les années 2000. Peut-être que le rock est mort ici. Quand on regarde aujourd’hui ce qui est porté localement, c’est plus électro, pop, musique urbaine, et festive, ou des choses très obscures du côté du métal ou du doom par exemple. De plus en plus, les artistes qui émergent sont des duos ou des solos. Les salles subventionnées doivent jouer le jeu de la parité et comme on n’a pas encore assez de femmes représentées dans la musique, c’est pour l’instant le seul moyen d’assurer une représentativité équilibrée. La capacité des salles à rémunérer les musiciens joue évidemment aussi.
Je glisse ici un big up au Brin de Zinc, qui nous suit depuis le début de l’aventure. Thomas est exigeant sur sa programmation. Il soigne l’éclectisme, la diversité et joue vraiment la promotion de la scène locale (au sens régional). C’est un super club de musique porté par un passionné et beaucoup de bénévoles, et cette salle a des vibrations ultra positives. On a joué dans un café concert à Grenoble (le Coq Tail est le café qui a la meilleure playlist indé de tout Grenoble) et guess what ? Il y a encore des gens qui écoutent du rock à Grenoble apparemment.
Mais on assiste un peu à l’uberisation du monde de la musique finalement, la perte du collectif au profit des projets individuels qui aujourd’hui sont les seuls possiblement rentables. Du coup, on a des airs de rebelles avec notre groupe de 5, plus tout jeunes, qui ne sautent pas dans tous les sens, avec des morceaux qui sortent un peu des standards garage énergiques de moins de 3 minutes. Et oui, en plus d’être trop nombreux, on fait des morceaux trop longs. On a besoin d’un peu de temps pour “décoller”.
Sorties à venir
Vous nous avez annoncé un album pour novembre 2026. J’ai lu qu’il avait été enregistré en Italie par Paolo Canaglia (Glazy Haze, Liverpool Alligator Park…). Pourquoi lui ? Pourquoi l’Italie ? Quel lien avez-vous avec New Candys ?
Les New Candys est groupe qu’on suit depuis longtemps. Ensuite, lorsque nous avons eu les morceaux de l’album, on s’est demandé où enregistrer. Laurent a demandé à Fernando, qui a répondu : en Angleterre ou avec Paolo, leur ingé-son. On a contacté Paolo qui a aimé le projet et nous voilà partis pour l’Italie, où on a passé 8 jours à enregistrer dans un studio chaleureux à l’ancienne, dans lequel il a ses habitudes, dans le calme de la campagne.
Le titre “New Joy“ vient de sortir, ça annonce un album moins sombre, moins torturé ou pas ?
“New Joy” est une ode à tous ceux qui sortent du cadre. Ça parle des gens qui ne sont pas dans la norme. Mais qui définit la norme et à quoi sert-elle ? C’est un standard imaginé par une majorité de personnes pour catégoriser ceux qui sont dedans et ceux qui sont dehors. C’est la société qui exclut, pas la bizarrerie ou le handicap. “New Joy” parle de cette joie qu’on ressent quand enfin on trouve sa voie, celle qui permet de s’épanouir, et de rire, enfin, de la norme.
Je crois que quand on nous connait un peu on sait que la norme ne fait pas vraiment partie de la famille. “New Joy”, c’est un peu Freaks de Tod Browning (1932) mais dans une version moins dramatique : la rébellion par la joie. Alors on peut dire qu’il y a des notes d’espoir dans cet album, malgré son titre (The Day They Killed Morpheus). Il reste de l’optimisme en chacun de nous. Pouvoir parler de choses difficiles, les mettre en émotion en musique, c’est l’autre manière de se soigner.

J’ai repéré la salopette “Alsthom” de Nathalie ! Un lien particulier avec Alsthom ou c’est juste pour le style ?
Il y a un vrai lien avec Alsthom ! Mon père a travaillé chez Neyrpic une grande partie de sa vie professionnelle. Il dessinait des turbines de barrages. Quand Alsthom a racheté Neyrpic, il s’est rapidement retrouvé en retraite anticipée. Ça a été un moment douloureux pour lui, et je crois qu’il aimait beaucoup ce travail qui l’a emmené à l’autre bout du monde. Moi je suis très timide, il me fallait un “costume” pour la scène. Je n’achète plus de fringues neuves depuis près de 10 ans, donc je suis allée en friperie et quand je suis tombée sur cette combi, je me suis dit “c’est ça”. Cette combi incarne tant de choses pour moi : mon histoire, le travail qu’il faut engager pour monter sur scène, et c’est aussi un message de simplicité et d’humilité. On sait d’où on vient. Bon, je l’ai pimpée un peu quand même !
Une question que vous auriez aimée que je vous pose ? Un coup de gueule ? Un cri d’espoir ?
Un cri d’espoir plutôt : ne perdez jamais vos rêves de vue !
Propos recueillis par Cl-ear
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