Interview « de l’espace » avec Patrick Watson !

En ce 29 Octobre 2012, l’Epicerie Mo de Feyzin (oui c’est comme ça que je l’appelle moi, mon petit « chez moi » musical intime mérite ce diminutif affectueux !) proposait une affiche proche de la perfection… Une affiche 100% Canadienne, du Québecois, du British-Colombiens et de l’Ontarien ! Patrick Watson et sa gang nous donnaient le plaisir de se produire en notre belle ville de Lyon, épaulés en première partie par les Half Moon Run, mais nous reviendrons sur ces derniers dans un deuxième billet, étant donné qu’ils nous ont également accorder un peu de temps pour papoter.

C’est donc Patrick Watson qui ouvre le bal, un Patrick très solicité en cette fin d’après-midi lyonnaise foide, tout le monde souhaitant repartir avec un peu de son sourire et de sa chaleur toute québecoise ! Le jeune homme est volubile, souriant et jovial, un peu extravagant mais de manière absolument charmante, débutant sa phrase en français pour la finir en anglais ! Nos expressions imagées françaises et québecoises se sont entremêlées tout du long, difficile pour moi de vous rendre l’interview telle quelle d’ailleurs, et c’est sur ce sujet idiomatique que nous commençions de placoter…

 

Math’: Tu es québécois d’origine américaine, tu as grandi en Floride ?

Patrick Watson: Non, en fait mon père était pilote de test dans l’armée Canadienne, il y a une petite base aux Etats-Unis pour tester les nouveaux avions et mon père est resté là pendant 2 ans, ensuite on est revenu au Canada. Mais j’ai jamais grandi là ce n’est pas quelque-chose dont je me rappelle.

 

Math’: Et donc étant Québecois le français n’était pas un choix envisageable pour ta musique ?

PW: Pour chanter en Français tu veux dire ? J’ai déjà composé une coupe de chansons mais c’est juste un style très différent parce qu’ au niveau parole, la langue est plus lourde sur la musique que la langue anglophone. Moi à la base j’ai plus de partie instrumentale ce qui fait que j’ai plus de mal avec la langue française, à cause de la balance entre les paroles et la musique c’est toujours un défi pour moi. Mais j’aime ça, j’ai écrit une petite chanson pour un film que j’aime chanter des fois quand je suis en France. J’ai aussi composé et chanté une petite berceuse pour Amy, la petite fille qui a été tuée à Montréal lors d’une fusillade pendant les manifestations autour de la victoire du parti Québecois, on a fait une soirée évènement pour elle. Donc j’aime ça chanter en français et j’aimerais le faire plus pour mon prochain album, c’est quelque-chose qui m’intéresse beaucoup et puis je commence aussi à trouver ma façon de faire. En fait pour moi dans la chanson française honnêtement, j’aime plus les Edith Piaf, les artistes de cette génération parce que je trouve que la langue française marche mieux sur ce style de musique, dans le sens rythmique et aussi dans la relation entre la musique et les paroles, je trouve que c’est un beau mélange. Bien sûr Arthur H, et tous les autres « nouveaux » sont capable de faire ça très bien, mais celle qui me touche beaucoup c’est plus cette génération là, plus romantique à la base. Je trouve que c’est un son qui a une belle qualité et dont le langage est très romantique. Dans le rock l’anglais utilise des mots plus humbles, plus simples mais tout à coup avec la musique cela devient très romantique. Il y a un plus gros défi dans la langue francophone pour avoir des paroles qui se glissent dans la musique naturellement…

 

Math’: Sur le blog en ce moment on a l’impression de ne tomber en amour qu’avec des canadiens !

PW: Tu connais la première band qui joue ce soir ?

Math’: Mais oui ! Je suis ultra-fan des Half Moon Run.

PW: C’est super bon !…

Math’: Pour toi est-ce qu’il y a une signature, un « son » québécois ou en tout cas Canadien en ce moment ?

PW: La seule chose que moi je remarque c’est qu’ à Montréal et dans les autres villes canadiennes, le côté business et musique sont très séparés. Le Québec c’est comme une petite île protégée, à cause d’un langage là seul au milieu de l’Amérique du Nord. Je trouve qu’à Montréal tu peux être loin du business et trouver ton son avant que tu aies à te préoccuper du côté business. Car dans des villes comme New-York, c’est super cher d’habiter là, tu es tout le temps dans la réalité, tout de suite tu vis dans le monde du business ET dans le monde musical. Le Canada c’est ce petit refuge là, ça donne un petit avantage mais c’est sûr que c’est un endroit aux inffluences moitié amérique du nord, moitié europe, ça aussi ça fait une grosse différence dans le niveau de vibe. Le Québécois est très flyé, il aime ça les choses poussées, on est ouvert aux musiques expérimentales. Tous ces petits détails là, le fait aussi que la vie n’est pas trop cher à Montréal, ça aide beaucoup. Grâce à ça, les jeunes ont du budget pour pouvoir développer leur musique sans être automatiquement dans le rouge.

 

Math’: J’ai lu que ton groupe était quasiment le premier groupe que tu avais vu en live de toute ta vie. Tu nous niaises là ?! [oui je maintrise parfaitement la parlure Québecoise !]

PW: Oui mon premier groupe Band of Ska, mais c’était bien avant là ! [éclat de rires !] C’est parce que j’ai grandi dans une petite ville et Simon était déjà dans ce groupe là. C’était pas le groupe de maintenant. Je viens d’une famille très conservative vivant au mileu de nulle part, bref… Là à un moment donné mon ami me dit vient voir mon concert, j’ai vu le groupe et c’est le fun. Et après ce spectacle j’ai joué pour eux, et c’était le premier spectable de ma vie et voilà, le groupe j’ai ensuite jouais dedans ! C’était très drôle en fait !

 

Math’: Et les inffluences de la musique dans ton adolescence, dans ta famille ?

PW: Je sais pas si mon adolescence joue une grande partie dans mes compositions modernes. Peut-être plus parce que je chantais dans l’église fait que ma référénce en chant était quand-même dans un espace spirituel ou quelque-chose qui était touchant, je pense que ça, ça joue dans ce que j’ai fait un petit peu. J’ai écouté beaucoup ce que tout le monde écoutait un temps aussi, Nirvana, Rage Against The Machine, tout ça dans ma jeunesse. Mais j’écoutais beaucoup aussi The Greatful Dead, Crosby Stills Nash & Young,  je pense que ces inffluences là, je n’ai découvert que plus tard que peut-être ça m’avait beaucoup inspiré, je ne le savais pas. Mais il y a eu un moment déclenchant à 18-19 ans quand j’ai commencé à découvrir la musique classique et les mélanges que j’aime, de paroles sur la musique classique. C’est ça qui m’a allumé de faire des chansons, car à 18-19 ans je ne savais pas que je voulais chanter, c’était pas mon idée. Je voulais plutôt faire de la musique pour des films, c’est un peu un accident que ma musique est devenue ce qu’elle est maintenant.

 

Math’: Tu dis que tu as collaboré à la musique d’un film, as-tu d’autres projets, collaborations en cours ?

PW: Oui, je travaille sur la nouvelle trame sonore qui est très fun,  d’un film qui s’appelle « Cauchemar ».  Je travaille pour 2 Stop-animators, tu sais qui font des films d’animation en stop motion. Ils sont très, très flyés, [rires!] ils avaient déja été nommées aux Oscars pour « Madame Tutli Putli ». C’est une équipe incroyable et là j’ai fait leur nouveau film, c’est un film très bizarre ! ça va sonner un peu weird, je m’en excuse, mais c’est comme un porno en espace par Jim Henson. [grand éclat de rire collatéral !] Tu sais le film « Dark Crystal »? Donc t’imagine « Dark Crystal », en plus érotique, pas porno mais en même temps comme enfantin ! Mais c’est très fun d’en faire la musique car il n’y a aucune règle, les images sont captivantes, ce sont des animateurs de haute, haute qualité. C’est bizarre car c’est étrange, mais c’est tellement beau que tu ne sais pas quoi en penser… C’est basé sur des images de vieux rêves où la femme pensait qu’elle était mise enceinte dans son sommeil par le diable. ça commence dans la forêt avec des singes, bref c’est compliqué à expliquer mais l’histoire c’est autour de la femme dans l’espace et d’un rêve comme ça, dans une station spatiale…

 

Math’: Justement j’ai souvent lu les termes de folk de science fiction pour définir ta musique…

PW: I LOVE SCIENCE FICTION !

Math’: Donc j’allais te demander si tu es plutôt E.T ou Exorciste en terme de fiction ? Mais là tu m’as fait un sacré mélange déjà ! [Rires !]

PW: Non « E.T. » pas trop, je suis plus branché par « Blade Runner », « Eternal Sunshine of The Spotless Mind », « Donnie Darko ». J’aime la science fiction quand les pieds touchent la terre mais que les idées sont folles. Il faut imaginer que la science fiction détermine le futur, beaucoup. Parce que souvent le monde qui donne des rêves, tous les scientifiques sont inspirés par ça et il cherche ce futur là. Moi je pense que beaucoup de monde rit de la science fiction, ha ha ha, mais que bien souvent elle prédit le futur, in a fucking weird way ! Les 3/4 des côtés techniques de « Star Trek » sont arrivés aujourd’hui. Il y a même du monde qui travaille sur la recherche cellulaire, les outils de télétransportation de « Star Trek ». Il y a des scientifiques qui pensent qu’avant le Big Bang on était une seule chose et que les fils qui nous rattachaient tous existent encore, et qu’il faut les trouver pour créer la télétransportation comme ils arrivent déjà à le faire pour des toutes petites molécules. Juste pour dire que la science fiction socialement aussi est un art important car on peut briser les règles sociales, parce que c’est un autre monde. Si on reprend l’exemple de « Star Trek » à l’époque c’était la première émission de télévision ou un noir et un blanc s’embrassaient, ou un noir était intelligent. Pour moi ces rêves là donnent du pouvoir à ce que sera notre futur.

 

Math’: Tu as appelé cette tournée Aventures en France, [devant son air interloqué je précise:]c’est l’intitulé sur les affiches ?…

PW: Ah oui c’est ça ?! C’est pas moi qui gère ces trucs là ! [Rires !]

Math’: Ok… Bon ! Mais est-ce une aventure différente des autres pays où vous avez tourné ? La France a quelque-chose de particulier pour toi ?

PW: Mais oui c’est sûr chaque pays est très différent. Le français en concert est beaucoup dans la subtilité de la musique. Ils sont peut-être moins fous entre les chansons mais des fois c’est beau, car tu peux vraiment embarquer sur des petits détails. Ils sont très réceptifs à ça, donc parfois je change la dynamique du concert pour explorer les moments plus que par exemple au Pays Bas, il y a moins de patience pour ça. C’est sûr qu’en France on peut diriger les gens différemment. ça fait des aventures très différentes sur la scène. Aux Etats-Unis c’est plus dur, les gens sont plus durs mais ça te force aussi à sortir de toi-même et à donner plus, c’est plus rock…

 

Math’: Qu’écoutes-tu en ce moment, quels sont les coups de coeur que tu pourrais nous recommander ?

PW: J’écoute beaucoup le dernier disque de PJ Harvey, « Let England Shake », je trouve ça tellement bon c’est album là ! Connan Mockasin aussi, j’aime beaucoup ce qu’il fait. Half Moon Run aussi mais c’est un peu con de dire ça !

 

  • Math’: Je finis avec le Quizz Stupide !
  • PW: Yes ! [accompagné d’un vrai signe de ravissement de gamin enjoué !]
  • Math’: Quizz France vs Québec ! Donc tu es plutôt Pancakes ou baguette ?
  • PW: Pancake sirop d’érable là, excuse moi ! Mais juste pour le sirop d’érable parce que c’est juste… Les pancakes j’oublie ça, mais le sirop d’érable…
  • Math:’ Montréal ou Paris ?
  • PW: A Paris le monde est tellement plus gentil ! [Ironie totale en me tapant sur la cuisse !] That’s a joke ! J’adore jouer le piano à Paris, je trouve ça inspirant d’être là mais pour habiter… Si je voulais vivre à Paris j’aurais déjà déménagé. Mais Montréal la taille de la ville me plait, c’est facile on n’a pas à penser à tout le bordel partout…
  • Math’: Eau Bénite, fin du monde ou côte du Rhône et Bordeaux ?
  • PW: Tu me parles de bière là ?! Non là tu gagnes, pour l’alcool c’est une autre affaire !
  • Math’: Et enfin, Poutine ou Boeuf bourguignon ?
  • PW: Oooooh Poutine !
  • Math’: Une bonne poutine après une bonne bière quoi !
  • PW: Non moi je bois pas de bière, du Jameson plutôt, je bois le vin aussi mais c’est difficile de chanter après…

Le concert qui suivit fut à l’image du garçon et de la visible complicité qu’il règne au sein du groupe. Leur univers est très visuel, on nous raconte des histoires grâce aux images projetées sur scène, on nous chuchote à l’oreille façon harmonie de voix et de cordes à la Fleet Foxes, on raconte des blagues en faisant appel à la mémoire des fans déjà présent la fois précédente, et on prend surtout visiblement BEAUCOUP de plaisir, on capote ! Souhaitons de nombreuses aventures encore à cette histoire d’amour franco-québecoise…

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