Chronique nocturne : Roo Panes, vieille âme et vent frais

Le mois de juin est dangereux. C’est toujours à ce moment-là de l’année que j’ai envie de tout envoyer valser. Raz-le-bol complet. Arrêter le blog, fermer la boîte mail, partir loin. Ne plus fréquenter les salles de concert et clubs parisiens où l’on croise toujours les mêmes faux amis/vraies langues de pute. « Oh toi comment ça va ? T’es magnifique, ce soir », « T’as changé un truc, tu rayonnes ». Un soir de déprime, pour toutes les raisons suscitées, je décide de rester chez moi, kimono fleuri sur les épaules, et je zappe cette soirée où tout Paris se devait absolument d’aller. En plus, il pleut. L’infusion de verveine est prête sur la table de chevet. Les prédispositions optimales pour me replonger dans les E.Ps de Roo Panes. Il me suffit de quelques accords de guitares pour sentir les larmes rouler sur les joues. C’est ça, pour moi, être en paix.

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Tu vois, j’étais persuadée d’avoir déjà parlé de Roo Panes. Ca fait un bout de temps qu’on suit le chemin du jeune londonien. Après avoir remonté les archives du blog, je me rends à l’évidence : On l’a oublié. M.E.R.D.E. Pourtant, Roo (Andrew en vrai, Roo est le surnom que son entourage lui donnait gamin en référence à Winnie l’Ourson) fait partie de la F-List. La liste où figure tous les songwriters folk qui me font pleurer mais qui pansent l’âme et font du bien en même temps.

Comme mes autres songwriters préférés, le Britannique est un adepte de la simplicité. Une guitare, une voix, un peu de violon derrière, une petite batterie très légère. Bref simple et efficace. A l’époque où Psy, l’électro-dance et toutes les autres merdes règnent en maître sur la musique, Roo fait pour moi office de gros rebelle. La simplicité comme signe de rébellion, ça m’a toujours plu. D’ailleurs, il ne travaille pas dans un gros studio pour enregistrer ses chansons, l’important c’est qu’il y ait une atmosphère, dit-il. Quant au résultat fini, peu lui importe qu’il ne soit pas lisse et parfait. Il plaisante même en disant, qu’il est possible qu’on entende au loin le bruit d’une ambulance sur les bandes de l’album à venir. Rafraîchissant quand aujourd’hui l’heure est plutôt albums hyper produits. Sans viser personne.

Armé de sa guitare qu’il pince délicatement, Roo respecte les règles du folksong américain. Logique, c’est dans le vieux folk qu’il tire sa source, celui des années 60 et 70. Dans ses trois EPs, on retrouve d’ailleurs assez facilement ses influences : Bob Dylan, comme tous les folkeux qui se respectent. Tim Buckley, un peu. Nick Drake, beaucoup. Comme lui, il y a une mélancolie très marquée et parfaitement assumée. Et, comme ses illustres prédécesseurs, Roo Panes s’applique dans les textes qu’il veut le plus poétique possible. Il use de métaphores et autres figures de style, pèse ses mots, joue avec les doubles sens. Parce qu’il a beaucoup lu et qu’il trouve son inspiration dans les livres et recueil de poésie, tout est parfaitement ficelé. Ses chansons parlent d’amour, évidemment, mais de vie, d’échec mais d’espoir aussi. Et quand il chante « Every moment is the chance to define what you want to become, you’re not a slave to the things you’ve done » (« Land Of The Living« ), on a bien envie de se répéter cette phrase chaque matin et la choisir comme nouveau mantra.

Les textes touchent, la voix aussi. Profonde et parfaitement maîtrisée. Le falsetto de Roo Panes te colle facilement quelques frissons dans le dos. « Fresh like summer rain », pour reprendre les mots d’une autre. Pas d’album encore pour le Londonien, cela ne saurait tarder. Il est fini, il est prévu pour le 23 juin. Il confie que c’est un album hyper personnel qu’il veut porteur d’espoir : « c’est un peu de moi, pour vous aider à vous comprendre ». Promis, cette fois, je t’en parlerai en temps et en heure. En attendant, j’ai une tisane à finir et des EPs à écouter encore et encore.

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