C’est l’histoire d’un album… « Blood Sugar Sex Magik » des Red Hot Chili Peppers

Étant le spécialiste du « c’était mieux avant », j’ai décidé aujourd’hui de me pencher très précisément sur l’année 1991, et sa tripotée d’albums phares : Black Album de Metallica, Out Of Time de REM, Screamadelica de Primal Scream, Ten de Pearl Jam… j’en passe et des meilleurs.
Le meilleur album de cette année-là justement (toujours selon mon humble avis très objectif), est la pierre angulaire de la fusion funk-rock-rap qui, si elle existait jusque-là de manière plus confidentielle (Fishbone, Faith No More, etc.) va avoir une portée énorme, qui inspirera des dizaines de groupes, et qui garde aujourd’hui une place toute particulière dans mon Hall of Fame tout personnel.

Nous sommes le 24 septembre 1991, et le cinquième album des Red Hot Chili Peppers s’apprête à sortir dans les bacs (expression de vieux con assumée)… pile poil le même jour que le Nevermind de Nirvana, pour la petite anecdote. N’étant pas membre de la secte des adorateurs de Kurt Cobain, pas question de faire un éventuel parallèle entre les deux groupes/albums, qui n’ont pas grand-chose en commun. Blood Sugar Sex Magik fait partie de ces albums bourrés ras-la-gueule (17 titres originaux dont une reprise !) qui n’ont pas pris une ride depuis quasi quinze ans et dans lequel il n’y a rien à jeter. C’est une claque magistrale à chaque fois. Commençons par « My Lovely Man », sans doute ma chanson préférée de l’album. Le riff basique de l’intro, le groove du refrain, le pont avec la basse qui ronronne. Le genre de chanson qui te donne l’impression d’avoir la coolitude absolue rien qu’en l’écoutant.

Et là où l’écoute de Nevermind peut te donner envie de t’enfermer dans une pièce sans fenêtre et d’hurler sur la Terre entière, l’écoute de Blood Sugar Sex Magik te donne juste irrémédiablement envie de sauter, taper du pied, bouger dans tous les sens comme un gamin, de vivre quoi !
Ce disque respire la pêche et la joie de vivre (et toute sorte de drogues soyons clair !). Les RHCP ont déjà sortis quatre albums (de qualité inégale), mais tiennent à décrocher le jackpot et y mettent les moyens. Le gourou Rick Rubin est appelé à la rescousse (pour ceux qui ont raté les vingt dernières années musicales, ce type à produit tous les précurseurs du hip-hop, mais aussi les groupes de métal les plus violents et a ressuscité Johnny Cash. NDLR = les derniers albums de Jake Bugg ou Angus & Julia Stone c’est aussi lui).

Pour baigner nos quatre gugusses dans l’ambiance la plus créative possible, Rick Rubin les installe dans un manoir de Laurel Canyon en Californie pour répéter et enregistrer. Laurel Canyon serait selon la légende l’endroit où les Beatles auraient pris de l’acide pour la première fois, nul doute que l’argument a du finir de convaincre les RHCP. Seul Chad Smith, batteur du groupe refuse d’y dormir, jugeant le manoir hanté, et préfère donc se taper les aller-retours à moto. Les trois autres, Anthony Kiedis, Flea et John Frusciante se font au contraire un plaisir de s’y installer et d’y partager idées, rythmes et accessoirement groupies pas tellement farouches.
Le résultat de ce joyeux bordel est étonnant, détonnant même ! On ne le sait pas forcément mais le groupe est alors au sommet de son art (même si les albums suivants, One Hot Minute et Californication ont d’énormes qualités). Écoutez « Sir Psycho Sexy », titre qui résume toute l’atmosphère de l’album. Tu sens que les quatre types s’amusent comme des gamins, entre les effets de voix, les chœurs en falsetto, les breaks à rallonge etc.

Anthony Kiedis est toujours un chanteur bancal et techniquement limité, mais son flow, son enthousiasme et son côté branleur sex-addict dans ses textes est un pur régal. Pour preuve, « The Power of Equality », son chant rappé, la guitare tournoyante, les textes qui parlent (un peu) d’autres chose que de sexe. La rythmique entre Flea et Chad Smith dégouline de groove ultra-funky, l’efficacité du duo basse-batterie et tant pis si les paroles ont l’air débiles. « Naked In The Rain » vous raconte ça mieux que des mots…

Quant à la guitare, ce que fait Frusciante à 21 ans est tout simplement prodigieux, que ce soit dans les compositions ou dans les riffs (tantôt funk, tantôt rock, voire hard-rock par moments). Il a composé plus des trois quarts de l’album et fait preuve tout simplement d’une inventivité sans fin sur ce disque (qui lui coûtera quasi sa santé mentale). Anecdote à la con et donc forcément indispensable : les applaudissements à la fin du solo de « If You Have To Ask » sont de toute l’équipe de production, totalement bluffée par la prestation de Frusciante.

Je le dis et le répète, cet album est un trésor et un véritable produit dopant ! Pour ceux qui veulent aller plus loin, ruez- vous sur le documentaire tournée à l’époque « funky monks » (mais éloignez les enfants et oreilles trop prudes !).

 

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