Fink : « J’aime les shows intimes que nos fans aiment »

INTERVIEW – C’est avec un (immense) plaisir non dissimulé (du tout) que nous avons eu la chance d’adresser quelques questions à Fin Greenall, leader charismatique de Fink. Et c’est avec la générosité qu’on lui connait en concert, qu’il prit du temps pour y répondre. Un peu notre lettre au Père Noël, aux vues de l’amour que nous portons à cet artiste et voici donc ce petit cadeau de fin d’année que nous partageons avec vous.

Rocknfool : Quand Perfect Darkness est sorti, à l’époque nous avons pensé que c’était votre album le plus sombre. Mais en fait Hard Believer est bien plus sombre ?! Ce n’est pas un commentaire négatif, l’atmosphère de vos albums devient juste de plus en plus riche et profonde, les mélodies sont moins « joyeuses », les rythmes plus tribaux, raconte-nous.
Fink : Oui, c’est une progression naturelle j’imagine. Comme on cherche moins à désespérément plaire aux autres et que nous devenons plus à l’aise dans nos propres peaux, cela devient plus facile de nous exprimer et voir de nouvelles idées, atmosphères… Hard Believer est sombre, c’est sûr, mais il porte de l’optimisme en lui, caché quelque part… Nous n’avions pas du tout envisager Perfect Darkness comme sombre, mais quand tu l’écoutes c’est un univers captivant….

« Comment » l’avez-vous écrit ? Quand, ou peut-être où l’inspiration vous est-elle venue ?
L’inspiration vient de nos voyages. On en a écrit un partie à L.A. pendant que je vivais là-bas, un peu à Amsterdam où nous connaissons un super studio où nous nous sentons bien, un peu à Londres dans le lieu de répétition d’un ami. La vie est une bonne matière première pour l’inspiration, et en tant que compositeur j’ai tendance à voir les détails, j’imagine que j’essaye d’en faire des histoires plus complexes. Toute la tournée qui a accompagné Perfect Darkness nous a définitivement donné le sentiment d’appartenance à un groupe, et notre premier objectif était simplement de faire un meilleur disque…

J’imagine que tout artiste rêve de succès et de grandes salles remplies de fans ? Vous êtes de plus en plus une grosse affiche (à Lyon vous êtes passés de l’Épicerie Moderne au Transbordeur). Mais étant donné que votre musique est tellement intime, pratiquement religieuse, vous n’avez pas peur que les petites salles vous manquent ? (Peut-être que ce n’est qu’une pensée très égoïste de notre part car nous souhaiterions vous conserver comme un secret !)
C’est une guerre que nous avons tout le temps avec notre agent ! Nous avons vu quelques uns de nos groupes préférés dans de grandes salles, et avec de la musique intime cela ne fonctionne pas vraiment. Nous continuons de garder l’ambiance intime de nos concerts. Donc sur la dernière tournée au lieu de jouer dans de grandes salles, on a joué trois soirs dans une petite. On a fait ça à Paris en fait, quand on a rempli trois soirs le Café de la Danse au lieu de la Cigale… On continuer d’essayer de trouver le juste équilibre, personnellement je ne souhaite pas me produire dans des salles plus grandes. Nous préférons tous le type de show que nos fans aiment aussi…

(c) Julie Chazal

Votre musique est très organique, peu de paroles de mots, mais toujours très bien choisis, précis et aux sens forts. Comment composez-vous, dans quelle ordre viennent les paroles et la musique ? Est-ce un travail de groupe ou des créations individuelles cousues ?
J’écris la plupart des paroles et mélodies. Les garçons m’aident beaucoup avec la structure et la vibe. À chaque fois qu’un album a pris forme, nous sommes devenus de plus en plus collaboratifs, car je veux que leur touche me pousse dans mes retranchements, là où je ne vais pas normalement, et réciproquement… Je crois beaucoup en l’économie de paroles, cela te force à être plus précis, et on peut dire plus avec moins… Si d’un simple recto verso A4, tu obtiens ne serait-ce qu’une chanson utilisable c’est un bon jour… Less is more. Je pense aussi que cela nous a certainement aidé à percer dans des pays où l’anglais n’est pas la langue principale. Mes chansons sont faciles à comprendre je pense…

Tu as été DJ par le passé et puis tu as glissé vers le folk/dub/blues, ou peu importe comment tu veux appeler ton style maintenant (!), tu as travaillé et écrit pour d’autres, joué avec un orchestre philharmonique… Qu’est ce que tu veux expérimenter maintenant ?
Le nouveau label nous permet à moi, aux garçons, au management, et à Ninja Tune, de rechercher des artistes qui créent leur propre griffe autour des chansons, et à vivre, être engagé dans le projet de toutes les manières possible, ou même en jouant à leur côté aussi. Nous travaillons avec quelques artistes en ce moment pour le label. Et c’est fun, peu impactant, peu de stress… Le business n’a pas besoin d’être laborieux, ça peut vraiment être cool. La suite pour nous c’est simplement plus, qui sait ce qui nous attend au tournant…

Certaines de vos chansons ont été choisies dans des shows télés très populaires comme CSI ou The Walking Dead, ce qui explique notamment pourquoi dernièrement vous avez eu de la bonne publicité et une meilleure visibilité, est-ce que vous recevez beaucoup de requêtes de ce type ? Quels sont les critères pour vous faire accepter ?
Nous recevons effectivement beaucoup demandes dernièrement. Nous regardons toujours les shows ou les films et nous disons du coup beaucoup plus souvent non que oui… Walking Dead nous étions juste obligés ! Maintenant je suis totalement accro… surtout après avoir écouté l’épisode qui a ma musique en bande son !

Tu as travaillé avec John Legend sur une des chansons du film Twelve Years a Slave, est-ce que travailler sur une bande-originale entière serait un souhait pour toi ? Et si oui, avec quel réalisateur souhaiterais-tu collaborer ?
Oui, j’adorerais passer à l’écriture de bandes-originales. Plus tard… D’abord j’ai beaucoup d’albums en moi… J’ai été très inspiré par des bandes-originales de gens comme Jonny Greenwood et Cliff Martinez. Quand je serai devenu suffisamment bon, je tenterai l’essai. Notre concert avec l’orchestre philharmonique fut également une vraie source d’inspiration et m’a donné l’envie de m’immerger un peu plus dans le monde du classique. Travailler avec John sur la musique de Twelve Years fut incroyable, comme toujours…

La première fois que l’on a entendu parler de Ben Howard c’était quand tu l’as présenté sur le show Arte de Manu Katché, feu One Shot Not. Nous sommes aussi de grandes fans de sa musique ! Est-ce que tu te tiens au courant de ce qu’il fait aujourd’hui ?
Tout à fait, j’adore Ben et ce qu’il fait, de bons choix ! J’ai adoré Burgh Island, j’adore le nouveau set. J’ai eu la chance d’assister à 30 ou 40 concerts de Ben au début de son lancement en solo. Maintenant son groupe et lui font le buzz partout dans des grandes salles. C’est fantastique, c’est bon pour nous tous, les bonnes chansons se vendent, les bons concerts se remplissent et Ben est le moteur de tout ça. Un incroyable nouveau talent à aller voir et à apprécier…

Vous semblez avoir à cœur d’encourager les nouveaux talents, je me souviens de la superbe Rachel Sermani qui ouvrait pour vous à l’Épicerie Moderne, tu as probablement des choses à dire sur Douglas Dare qui ouvre pour vous sur cette tournée ? Et ensuite, qui sera la prochain poulain ?
Douglas Dare et Fabian Prynn sont une belle équipe. Ils sont la nouvelle génération d’auteurs-compositeurs qui soir après soir sur le Hard Believer Tour se donnent à fond, que le public les écoute ou pas ! Une nouvelle race d’écriture, une magnifique production hybride, son second album sera définitivement dans ceux à surveiller à l’avenir. L’autre soir j’ai vu un autre artiste qui je pense est vraiment très, très bon : Nick Mulvey. Il est plutôt en vogue en Angleterre mais toujours en train de faire son trou en Europe et aux États-Unis. Le type est un guitariste de folie… Mon classement « guitarite solo acoustique de rêve » maintenant serait Nick, Ben et moi !

Vous semblez très impliqués dans le merchandising et votre image artistique (je me suis moi-même acheté un t-shirt Perfect Darkness au décolleté très féminin, et le sweat Fink tout aussi féminin et parfaitement coupé !). Est-ce que vous vous en occupez vous-mêmes ? Vous chargez vous de l’intégralité du processus créatif ?
Yep ! Nous essayons autant que possible de faire que chaque produit soit un peu différent. Sur la dernière tournée il y a des trucs fait main en matière recyclée de chez NEM ! Clothing. Ils prennent du vieux pour le recycler en du neuf cool et singulier. Tout est fait de manière éthique, les teintures sont éthiques, les colles sont bio-dégradables, pas de perte dans le traitement du coton, commerce équitable, tout ça. Nous essayons notre merch’ et souhaitons faire des produits que nous aimerions acheter si nous venions au concert. Bien sûr nous proposons aussi un t-shirt avec simplement notre logo dessus pour 10€, pourquoi pas, mais le reste des produits nous nous en préoccupons vraiment. Je possède une société dans la mode (R’COUPD Clothing) où nous pratiquons les mêmes valeurs éthiques. Je suis pas mal intéressé par la mode en fait…

Et justement rapport à la mode, les gars, on en parle de vos barbes ? Particulièrement la tienne Fin ?!
La barbe c’est génial ! C’est comme du maquillage pour homme. La mienne est au-delà du hipster maintenant, je pense que c’est un ajout qui va rester de manière permanente…

Fin tu as la voix la plus sexy au monde, la manière dont les chansons de Fink sont construites, « layers on layers » strate après strate, les rend pratiquement tantriques, si je puis me permettre des chansons faites pour le sexe, donc notre curiosité nous pousse à te demander quel est TON choix de musique pour un moment sexy ?!
J’aime Miles Davis…

Votre tournée a l’air de très bien se passer, qu’est-ce que l’on peut vous souhaiter de plus ? Plus de fans, plus de ventes de disques ?…
Plus de concerts, plus de disques, plus de vie, plus de planètes, plus d’amour !

Propos recueillis par Mathilde Carpentier

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