La Hype, le troisième type

ATTENTION : Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toutes ressemblances avec des personnes existantes ne seraient que coïncidence fortuite…

T’as déjà vécu une conversation entre « gens de la musique » (enfin, ceux qui s’autoproclame faire partie du cercle très fermé de la musique) ? Ça te marque à vie. C’est comme au lycée, quand ton crush t’invite à une soirée où tu ne connais personne et qu’il ne te calcule que trente secondes pendant toute ladite soirée. Et bien, dans un event Hype avec les gens de la musique, en trente secondes, top chrono, tu arrives à te sentir tellement mal à l’aise et tellement pas à ta place que tu ne souhaites qu’une chose : disparaître de la surface de la Terre où te transformer en fourmi.

Ce soir-là, tu as eu envie de sortir, écouter un groupe un peu cool, pas trop connu. Justement il y a une soirée qui a l’air pas mal. Tu débarques là-bas, une rue obscure du 18ème arrondissement de Paris… sans savoir que toute la Hype parisienne est là. Tu sais, cette Hype qui s’habille en fringue vintage, qui ne jure que par The Kooples et Urban Outfitters. Celle qui a le poil long pour les hommes (avec un chignon et les côtés de la tête rasés) et les cheveux multicolores pour les femmes. La Hype arbore beaucoup de tatouages sur le corps et porte des Ray Ban de vue. Enfin elle le fait croire, les lunettes c’est tendance. La Hype a tellement de style, de présence, de magnétisme qu’elle te renvoie à tes pires années adolescentes. Elle te rappelle que tu n’as pas de style avec tes vêtements H&M et Asos… Toi, tes cheveux font leur vie et comme tu arrives du boulot, t’as pas trop eu le temps de passer par la case appart’ pour te refaire une beauté voire juste te coiffer. Alors que la Hype est parfaitement présentée, tiré à quatre épingles jusqu’au bout des ongles. Leur style faussement négligé est superbement étudié. Toi tu es justement seulement négligé et ressembles à une serpillère dégueulasse… et en plus ton vernis s’écaille, putain.

Arrivée à THE soirée, tu vas te chercher ton Perrier Citron. On te regarde avec des yeux ronds. Au bar, il y a tout le monde. Ca picore, ça boit beaucoup. Les coupes de champagne s’entrechoquent délicatement, ça parle fort. Très fort. Tu croises l’une de ses hypeuses que tu aimes tant, Antoinette. Embrassade chaleureuse et bruyante ; « Oh la la ! JE SUIS TEEEEEEELLEMENT CONTENTE DE TE VOIR ! ». On se fait des câlins et on se congratule (« t’es tellement belle ce soir, t’as fait un truc à tes cheveux ? »), on parle de ses vacances (« Tu vois, la Corse c’est teeeeeeeeellement cool »…Ouai, la Hype va toujours en vacances en Corse, c’est écrit dans le HypeCode), on se parle du taf et on promet de se faire une bouffe (« Ouai, on s’appelle, on se fait un brunch, un apéro, hein? ») De fil en aiguille, tu parles du groupe qui va jouer ce soir : « oh non, tu rigoles je ne peux plus les écouter, je les ai vus 4 fois, c’est so 2011. je viens juste pour les copains et boire des coups». Ah d’accord. « Et puis, Jean-Ed’ passe des disques après, ça va être FA-TAL ». Parce que quand t’es Hype tu passes des disques dans des endroits cools de Paris. Passer des disques hein, pas mixer comme un vrai DJ. Tu mets juste un vinyle sur une platine. Tu lèves tes bras, et tu fais comme David Guetto (David Guetta mais version bad-boy-hype). Et là, tu passes des vieux groupes, des groupes obscurs « qui vont buzzer », et des groupes des années 80/90, tout ça dans l’unique but d’exposer ta culture musicale so extended et parce que le Ministère du cool a décrété que les années 90 c’est enfin devenu trendy. Encore une fois, tu as l’impression d’être retourné au lycée. La Hype ne grandit pas, elle a un syndrome de Peter Pan avancé, mais ne se l’avoue pas. Justement, quand cette pensée te traverse l’esprit, un garçon arbore un t-shirt Mickey en dessous de sa chemise à carreaux rouge et noir.

La Hype parle le franglish. Ca, c’est pour montrer au monde que tu speak so well en anglais. Ca donne des trucs comme « tu vois la rue Faubourg du temple, c’est trop ma rue favorite ever de tout le quartier ». « Cet album-là c’est vraiment trop what the fuck quoi», « T’aime pas [choisir un groupe que la Hype aime], oh please, t’as juste tellement rien compris ». « Comment ça tu ne connais pas ChoseMachinChouette, mais c’est trop génial comme groupe, ce sont trop mes buddys. On s’boit souvent des bières ensemble ».

La Hype se la raconte à mort aussi, et elle te fait comprendre que le monde entier est son buddy, oui elle connaît tout le monde, musiciens, attaché de presse, directeur artistique, programmateur, tourneur, ingé son, manager bref EVERYONE dans l’industrie, tu vois ? Elle te racontera ses soirées de beuveries (la hype est alcoolo), elle s’amusera à faire du name-dropping, et t’expliquera qu’elle aura bientôt plus de 10 000 followers sur Twitter. Dans les soirées hype, ils sont tous des influenceurs et d’ailleurs au moment où elle te dit ça, la Hype est en train de tweeter « I’m at XXX (Paris, Île-de-France) w/ 15 others » + un hashtag de la soirée histoire de faire enrager le FOMO de tous ses followers. Le FOMO . C’est the fear of missing out. La peur de louper quelque chose d’énorme, comme cette soirée où tout Paris est invité. Sauf Toi. Tu regardes les influenceurs tweeter, instagramer, parler des petits fours, tu cherches en vain quelqu’un qui est en train de parler du groupe qui joue. Il y a quelques fans qui discutent avec le chanteur. Sur Twitter, tu vois aussi quelques messages et photos du concert avec des jolis messages. Tu cherches les profils dans la salle, mais tu ne les trouves pas. Sans doute, ils sont comme toi. Dans un coin, contre un mur avec un Perrier Citron.

Toi, tu caches ton air consterné, tu fourres tes mains dans tes poches pour cacher tes ongles moches et te sentant comme un alien perdue dans une étrange faille spatio-temporelle, tu avales ton Perrier Citron aussi rapidement qu’un cowboy descend son verre de whisky. Sans dire au revoir tu te tires le plus loin possible de cette galaxie qui n’est pas la tienne. On dira sans doute de toi que tu es l’associale de la blogosphère. Mais peu importe, à ce moment précis, tu as envie de t’allonger dans ton lit et regarder Arte. Ça tombe bien, ce soir, il rediffuse La Fureur de Vivre.

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11 pensées sur “La Hype, le troisième type

  • 21 septembre 2012 à 18 h 36 min
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    ya un truc qui cloche, les hypeux ont depuis longtemps abandonné les ray ban ( so 2011) et les hypeux detestent C2C : pas de gène à avoir donc, t’étais juste avec des blaireaux huhu

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  • 21 septembre 2012 à 18 h 48 min
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    J’ai bien ri, c’est tellement vrai ce que tu écris !

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  • 21 septembre 2012 à 20 h 12 min
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    en fait les vrais  » hype » parlent vraiment anglais ( ils sont la plupart du temps bilingues, donc ils ne se contentent pas d’un mot d’anglais ici où la), et puis en général, ils ne vont pas en Corse en vac mais plutôt à l’île de Ré ou à saint trop, donc, je pense comme stellamentable qu’il ne s’agit pas de vrais « hypes » mais de gamins sortis du lycée et qui se la racontent comme dans gossip girl. Mais j’ai quand même bien rigoler avec cet article 🙂

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  • 22 septembre 2012 à 9 h 01 min
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    J’ai bien ri, merci! ^_^ Je pensais que c’étaient des légendes moi, ces gens. J’en ai encore jamais rencontré mais ça doit valoir de l’or la première fois quand même…

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  • 22 septembre 2012 à 12 h 18 min
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    « Tu as écouté le dernier album éponyme de XXXXX »
    « Ah mais là je t’arrête, éponyme c’est pas ce qu’il faut dire. Tu vois la définition d’éponyme … Zzzzzz. C’est la mauvaise presse qui dit éponyme. » (Tu vois nous les hypes on parle français et on a lu la philosophie des lumières au complet)

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  • 23 septembre 2012 à 18 h 40 min
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    merde. je porte des raybans. merde j’ai des cheveux long et oh la la la je parle anglais. je suis foutue. Mais j’ai rigolé !

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  • 28 décembre 2012 à 23 h 23 min
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    J’aime bien ce genre d’article qui dénonce une tribu ou un comportement urbain sans se rendre compte que le simple fait d’en parler c’est en faire un peu partie. Idem du débat bobos not bobos : y’a que les bobos pour débattre de ça. Une idée : aller voir ailleurs et parler d’autre chose. La posture critique de toute façon, comme toute posture, ça enfonce des portes ouvertes et c’est so passé 😉

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    • 28 décembre 2012 à 23 h 35 min
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      je ne dénonce rien ! je fais simplement part d’un sentiment de malaise que j’ai lorsque je vais à ce genre de soirée… Mais contrairement à d’autres qui arrivent à le cacher, moi je n’y arrive pas. Du coup je ne reste jamais plus d’une demi-heure…

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  • 7 janvier 2013 à 15 h 13 min
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    Celle qui « arbore » beaucoup de tatouages, et non aborde…

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