Misères et splendeurs : images de la prostitution au Musée d’Orsay

Au Bal du Moulin de la Galette, Toulouse-Lautrec
Au Bal du Moulin de la Galette, Toulouse-Lautrec

M. Jean a sorti ses planches de dessin, ses crayons et ses pastels. Il s’est installé dans la deuxième salle de l’exposition Misères et splendeurs : images de la prostitution au Musée d’Orsay. Il reproduit un tableau culte de Toulouse-Lautrec : le Bal du Moulin de la Galette. Un tableau représentant une scène de séduction, une prostituée attendant un potentiel client. M. Jean est un artiste d’aujourd’hui, « un fan du travail de Toulouse-Lautrec » et sa présence au milieu du musée d’Orsay démontre qu’au XXIe siècle, la prostituée, la demi-mondaine, la courtisane, peu importe son nom, suscite toujours autant de fascination dans l’esprit du peintre.

Rolla, Henri Gervex, 1878, Huile sur toile,
Rolla, Henri Gervex, 1878,Huile sur toile

L’exposition retrace l’histoire de la prostitution à travers le regard de divers artistes, des peintres mais aussi des photographes et cinéastes plus contemporains. L’appellation même de l’exposition est un clin d’oeil à un auteur qui s’est lui aussi intéressé à la prostitution : Balzac (Splendeurs et misères des courtisanes, Nana…). Dans des salles au mur rouge sombres aux allures de boudoir, le visiteur découvre le regard tendre et sans jugements des peintres, dans une époque où la prostitution était tolérée, à condition que les filles soient enregistrés.

De Manet à Picasso, on retrouve l’ambiance de ces maisons de tolérance, maisons closes, bars à fille. Évidemment, la prostitution clandestine existait. À côté des filles de joie, se mélangeaient les femmes plus « honnêtes », qui vendaient leurs corps car leurs revenus étaient insuffisants. Les premières salles sont alors dénuées de provocations où elles sont subtiles : elles montrent ces femmes qui s’attablaient dans des cafés, buvant de l’absinthe et fumant seules. Elles montraient ainsi leurs disponibilités, à l’époque ; il était mal vu pour une femme de boire seule. Dans les rues, une fois la nuit tombée, elles soulevaient discrètement leur robe pour se montrer.

Plus le spectateur déambule dans les salles de l’exposition, plus il est confronté à la vision des corps de plus en plus dénudés dans les maisons closes. Les seuls lieux où les peintres pouvaient peindre des femmes nues ou peu vêtues. C’est dans la seconde partie de l’expo qu’apparaissent les salles interdites au moins de 18 ans. Dans ces écrins, le visiteur se prête au jeu du voyeur, observe des scènes très intimes. Des photographies pour la plupart.

L’exposition s’intéresse aussi aux courtisanes, ces femmes qui jouaient de leurs charmes pour faire tourner les têtes des hommes les plus puissants. Au milieu d’une des salles est même exposé leur mobilier, histoire de montrer que ses femmes avaient du goût. Des grands portraits magnifiques ornent les murs et représentent les femmes comme des personnages de la très haute noblesse. De peinture en peinture, le regard sur ces femmes changent : elles sont lascives, pensives, résignées, coquines, sûres d’elles, tristes… entourées d’un rouge sombre ou d’un bleu poétique. Splendides et misérables à la fois.

Jusqu’au 17 janvier au Musée d’Orsay.

Pour aller plus loin :

« L’art de la beauté », Lola Montes

« Splendeurs et misères des courtisanes », Honoré de Balzac

« La Française du Siècle », Octave Uzanne

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