« Les Huit Salopards » : beaucoup de mots pour rien.

Avec Quentin Tarantino, il y a toujours deux camps qui s’opposent farouchement. D’un côté les fanatiques. De l’autre, les hermétiques, pour ne pas dire les allergiques. Avec The Hateful Eight (on préfère ça à la traduction française tellement pompée sur « Les 12 Salopards » que ça en est risible), il est certain que le fossé va une fois de plus se creuser entre les pour et contre. Je suis dans le camp des anti-Tarantino.

La vérité, c’est que j’ai jamais compris l’engouement pour son art. Il y a des légendes qui ne vous touchent pas. Pour reprendre les mots de Balavoine : « j’aimerais que les gens puissent arriver à dire : il y a des gens que je n’aime pas et je le regrette parce qu’il est navrant de ne pas les aimer« . Et bien voilà, je n’aime pas le cinéma de Quentin Tarantino. Mais je regarde ses films en essayant de me dire : cette fois, peut-être que je vais changer d’avis. Pas avec The Hateful Eight. L’histoire : huit détestables personnages – vraiment pas très fréquentables – se retrouvent enfermés dans une auberge pour échapper à un terrible blizzard. Parmi eux, deux chasseurs de prime, une meurtrière promise à l’échafaud, un bourreau, un Mexicain, un vieux cowboy etc.

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Après le périple dans la neige, où tout le monde n’est pas si méchant que ça, les voilà tous coincés dans ce refuge de montagne. À partir de là, un huis clos s’installe et il se transforme en une espèce de Cluedo pathétique où l’on cherche le plus gros bâtard. En vérité ils le sont tous, et chacun va le montrer en déblatérant beaucoup. Le problème de Tarantino c’est que dans ses films, ça parle toujours beaucoup beaucoup trop, pour ne rien dire. Et dans The Hateful Eight, à part du sang, des tueries hardcores, il n’y a rien d’autre. Ça parle, ça pue, ça philosophe, ça tue encore, ça se vante, ça tue. À ce qu’il paraît, le cinéma de Tarantino est censé être drôle. Pardon, mais voir la cervelle de Channing Tatum exploser littéralement sur la gueule de Jennifer Jason Leigh, ça ne fait pas rire. Le running-gag de la vraie-fausse lettre de Lincoln non plus. Et puis, voir huit salopards qui jacassent pendant presque trois heures, c’est même hyper gonflant, sachant qu’à la fin, on le sait d’avance, ils vont tous clamser et transformer la jolie auberge de Minnie en véritable Maison rouge.

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En filigrane, il y a quand même le thème du racisme qui est abordé. Thème déjà au centre de Django Unchained, mais ici, c’est secondaire. À la place de Jamie Foxx, on a Samuel L. Jackson, mais cette fois, il n’est pas esclave mais chasseur de tête sanguinaire, fier de ses exploits de salaud. On pourrait avoir de l’empathie pour le bonhomme, mais pas du tout. En vrai, on ne s’attache à aucun personnage. Michael Madsen et ses regards caméra sont gênants,Tim Roth tente beaucoup trop de marcher sur les pas de Christoph Waltz et ça aussi c’est gênant. Bref, des caricatures. Chaque personnage est une caricature et le film un mauvais mash-up entre Agatha Christie et Sergio Corbucci. Tiens, Sergio ! Il avait déjà servi d’inspiration à Tarantino pour Django Unchained.

Et parce qu’on sait qu’un western (oui parce que The Hateful Eight est censé être un western, enfin à moitié) n’en est pas vraiment un sans Ennio Morricone, le cinéaste est allé chercher les service du génial compositeur du Bon, la brute et le Truand pour signer sa bande son. Une bande son qui sent aussi le réchauffé et qui n’apporte aucune émotion. D’ailleurs, elle est complètement étouffée, reléguée au septième rang.

Bref, Quentin Tarantino a dit de ce film que c’était le film de ses rêves et dedans il a mis tout ce qu’il aimait chez les autres. Mais aussi ce qu’il aime chez son jeune lui, qui l’avait propulsé à l’époque au panthéon des réalisateurs superstars. (v’la les rappels à Reservoir Dogs à peine cachés) avec comme emballage : le format d’écran extralarge que plus personne n’utilise depuis 1966 (âge d’or du western-spaghetti)… Rêve pour lui, cauchemar pour nous. « Il y a des gens que je n’aime pas et je le regrette parce qu’il est navrant de ne pas les aimer« . Désolé, Quentin.

The Hateful Eight de Quentin Tarantino, le 6 janvier au cinéma. Avec Samuel L. Jackson, Kurt Russel, Jennifer Jason Leigh, Michael Madsen.

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Une pensée sur “« Les Huit Salopards » : beaucoup de mots pour rien.

  • 7 janvier 2016 à 13 h 39 min
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    C’est clairement du Tarantino, il a fait du Tarantino durant les 2h47 de film. ce n’est peut être pas la peine de t »infliger ça si tu es hermétique, parce qu’il faut bien l’avouer, que c’est quand même particulier comme cinéma 🙂

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