Pomme : « Je n’ai jamais réussi à écrire une chanson joyeuse »

INTERVIEW – Rencontre avec la très talentueuse Pomme à l’occasion de son premier concert parisien en haut de l’affiche.

Le nom de Pomme ça fait un bon moment qu’on le voit dans les programmations des petites salles parisiennes, et en première partie de très grosses salles. Notre baptême du feu a eu lieu en février dernier aux Trois Baudets. Ça tombait bien, c’était son premier vrai concert en tête d’affiche. Il a suffi de quelques mesures de guitare et de trois mots chantés pour qu’on tombe sous le charme. Avec son premier EP En cavale, Pomme s’aventure dans des contrées perdues entre le folk américain et la grande belle chanson française : des textes inspirés et poétiques se posant sur des mélodies charmeuses et virevoltantes.

Pomme
Pomme (c) Jeanne Cochin

Rocknfool : On t’a découverte aux Trois Baudets en février dernier. C’était ton premier concert en tête d’affiche. Qu’est-ce que ça fait d’être la star de la soirée ?
Pomme : C’était incroyable. Ça fait trois ans que je joue là-bas mais en premier artiste ou deuxième, dans le cadre des Soirées Trois Baudets. La première fois j’avais 16 ans et j’avais joué deux soirs de suite un quart d’heure donc c’était hyper court, un peu frustrant même. Et là pour ma première fois en tête d’affiche, c’était incroyable parce qu’il y avait plein de gens différents. Comme je ne connaissais pas vraiment mon public je ne savais pas qui allait venir. Et de découvrir qui étaient les gens qui écoutaient ma musique c’était assez magique. J’ai adoré, il y avait un truc complètement féerique.

Et tu en as profité pour inviter quelques artistes sur scène ?
Oui ça faisait longtemps que j’avais envie de faire ça, et je me suis dit que c’était l’occasion. J’ai mobilisé les gens bien en avance parce que j’avais envie que ce soit bien organisé. C’était hyper organisé en fait. Ça avait l’air un peu décousu mais on a répété la veille, on a répété le jour-même, je les avais mis au courant trois mois avant, parce qu’ils étaient 11 et il fallait que tout le monde puisse être là. Et c’était trop cool parce que c’était un peu le rassemblement des gens que j’ai rencontrés à Paris et qui sont musiciens, qui ont écrit pour mon projet ou avec qui j’ai collaboré. Ils sont devenus mes amis. Je ne suis pas devenue amie avec tous les gens qui ont collaboré, mais eux oui, donc c’était assez chouette de les avoir.

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Tu as fait tes débuts dans des bars lyonnais. Qu’est-ce qui a changé depuis cette époque ?
J’écrivais en anglais exclusivement. J’avais juste une chanson en français mais c’était assez pourri parce que je n’avais rien à raconter. Donc je racontais un peu n’importe quoi en anglais, ça passait mieux. À 13 ou 14 ans en même temps… voilà. Je pense que depuis je me suis affirmée dans un certain style qui est très inspiré par la folk alors qu’avant j’écoutais aussi bien Lady Gaga, que Lily Allen, que Kate Nash. Maintenant, j’écoute de plus en plus de trucs très folk. Au début la guitare c’était atroce. Je ne suis pas du tout un prodige aujourd’hui, mais au début c’était vraiment horrible, je ne savais jouer que deux accords et je faisais tout le temps les mêmes deux accords. Donc j’ai un peu évolué à la guitare et puis j’ai grandi énormément. L’écriture en français est venue, j’ai pas mal travaillé mes instruments et la manière d’être sur scène aussi. Le chantier des Francofolies m’a beaucoup aidée. J’ai beaucoup travaillé et je pense que ça se ressent dans ma musique, sur le style qui est un peu plus assumé qu’avant.

« Je n’ai jamais réussi à écrire une chanson joyeuse, à chaque fois c’est hyper cul-cul. »

Et maintenant que tu as des choses à raconter, tu penses revenir à l’anglais un jour ?
J’écris toujours un peu en anglais. Mais maintenant que j’ai un peu des choses à raconter, même si parfois ce ne sont pas mes histoires mais les histoires des autres – avec mes mots ou avec les mots des autres, ça dépend – , ça a moins de sens de chanter en anglais. Comme je sais où je vais et ce que j’ai envie de dire, je préfère le dire en français, que ce soit clair. L’anglais finalement c’était un peu un camouflage, histoire de chanter devant des gens, mais pas vraiment chanter devant des gens, de dire des trucs sans vraiment les dire. J’adore écrire en anglais mais aujourd’hui j’aime écrire des jolies paroles, donc ça me prend plus de temps, je cherche du vocabulaire. J’essaie d’écrire une chanson en anglais qui a du sens, parce que c’est facile d’écrire une chanson en anglais qui n’a pas de sens. Peut-être que sur l’album il y en aura une ou deux, parce que j’aime beaucoup cette langue.

Tu chantes beaucoup les amours déçues, mais sur scène tu respires la joie de vivre. Est-ce qu’il faut être heureux pour chanter de belles chansons tristes ?
Je n’ai jamais réussi à écrire une chanson joyeuse, à chaque fois c’est hyper cul-cul. Les gens me disent « t’as 19 ans et t’as vécu trop d’histoires », mais il y a des trucs que je chante que je n’ai pas vécus, que j’interprète, qui sont les histoires des autres. Donc non, tout va bien dans ma vie. Je chante des textes qui me touchent, qui me font écho. C’est beaucoup plus facile d’écrire une chanson triste. Quand je veux écrire une chanson joyeuse, je me force. Mais je ne me dis pas « ah tiens, je vais écrire une chanson triste ». C’est juste que j’ai une émotion, dans un moment précis et j’écris et ça sort un peu triste et mélancolique mais parce que ce sont les émotions qu’on ne verbalise pas vraiment. Ça me permet, le reste du temps, d’être hyper joyeuse, d’être au top de ma vie. C’est un peu bizarre.

Tu fais partie d’un groupe de potes artistes qui chantent en français. Est-ce que c’est enfin le grand retour de la belle chanson française ?
J’aimerais bien ! On est tous potes, c’est le bon mot. Ce sont des gens que je ne vois que dans des cadres très spécifiques. Mais il y a plein de gens autour de moi, qui ont plus ou moins mon âge et qui sont hyper talentueux et qui écrivent en français. C’est cool et c’est assez étonnant. Mais là on est à Paris et j’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui marche ici, mais ailleurs en France je ne sais pas si ça marche autant. Les gens en ce moment sont très portés sur le français. C’est plutôt ambiance « inspiration années 1980 » : Fishbach, Cléa Vincent… Je ne sais pas si je vais remplir des salles en province. Mais le français est assez dominant, j’aimerais bien que ça se répande.

« La langue française est assez dominant, j’aimerais bien que ça se répande. »

Tu as fait quelques concerts hors de Paris, à Londres, au Québec. Quels ont été les accueils ?
Londres et le Québec c’est ultra différent évidemment. Au Québec ils sont très attachés à la langue française. Ils ont carrément des lois de quota sur des affiches de pub pour mettre 80% de français et seulement un ou deux mots en anglais. Le français leur tient vraiment à cœur. Donc quand t’es une petite française, qui fait de la chanson française écrite, les gens t’aiment. Les gens m’ont accueillie comme si j’avais toujours vécu là-bas. En plus c’était juste après les attentats, ils étaient hyper attentionnés et protecteurs. C’était assez touchant et un peu étrange. Ils ont un vrai amour de la chanson.
Londres c’était très différent. J’ai fait un concert dans un minuscule bar devant 20 personnes. C’était cool mais je ne pense pas qu’un jour ma musique soit extrêmement connue dans un pays anglophone, même si j’ai des influences anglo-saxonnes et américaines. Il y avait deux ou trois personnes qui me connaissaient, qui m’avaient trouvée sur Spotify. Mais il n’y a pas eu ce truc comme au Québec. Les gens peuvent être sensibles à la musique, mais ils ne comprennent pas vraiment les textes

Donc tu ne penses pas que la chanson française puisse s’exporter à l’étranger ?
On a l’exemple de Cœur de Pirate qui a fait deux albums exclusivement francophones et qui a commencé à faire des concerts aux États-Unis avec son deuxième album qui était que français. Elle a fait sa première vraie tournée en Amérique. Je pense que c’est possible en ayant des influences anglo-saxonnes et américaines et un son qui rend les gens là-bas sensibles. Si je fais un album entièrement en français, il y a peu de chances pour que j’aie un gros succès à Londres, à moins qu’il y ait un buzz.

Horse ride
Horse Ride – Mariano Peccinetti

Tes influences musicales sont le folk, la country… Est-ce qu’il y a d’autres formes d’art qui t’influencent ?
Oui ! J’ai fait un bac L et on avait étudié le surréalisme. J’aime beaucoup d’artistes de cette période-là, notamment Dalí que j’adore. D’ailleurs il y a un espace consacré à Dalí à Abbesses où il faut que j’aille absolument, je passe devant tout le temps en plus. J’aime beaucoup les collages aussi, de cette période-là. Mais aujourd’hui encore il y a des gens qui s’inspirent du surréalisme avec des trucs un peu plus actuels. Il y a un artiste colleur qui s’appelle Mariano Peccinetti, c’est un Italien, il fait des collages incroyables. Sinon j’aime beaucoup la poésie et la lecture en général. J’aime beaucoup évidemment Rimbaud, Baudelaire, Éluard, un peu les classiques. Je ne suis pas hyper pointue en poésie mais j’adore lire ces poètes-là. Les collages et la lecture c’est ce que je préfère. Je suis curieuse mais je ne me spécialise pas dans un truc, ça m’arrive d’aller voir des expos photo, de peintures… L’autre jour je suis allée à l’Institut du Monde arabe, il y avait une expo sur les bijoux d’Afrique. C’était hyper beau. Donc je suis assez curieuse finalement, mais en dehors de la musique je n’ai pas vraiment de deuxième domaine de prédilection, à part la lecture peut-être. C’est un peu brouillon ce que je dis !

« La mise en scène ira de pair avec la prise d’ampleur de mon projet. »

Tu aimerais avoir sur scène des éléments graphiques, des tableaux ou des collages par exemple ?
Pour commencer j’adorerais avoir des musiciens ! Mais peut-être. Même seule, je n’ai aucune mise en scène, c’est très direct, je suis juste moi avec mes instruments. Mais à l’avenir j’adorerais construire un spectacle, pas forcément compliqué, mais un truc qui me ressemble avec des choses que j’aime. En ce moment il y a Emily Loizeau qui commence sa tournée pour son nouvel album Mona, et elle a un écran blanc sur lequel elle projette des images derrière, c’est hyper beau. C’est à la fois personnel et impersonnel, tu peux mettre n’importe quoi mais ça donne aussi des infos aux gens. La mise en scène ira de pair avec la prise d’ampleur de mon projet. Pour le moment je suis seule et j’ai un ingénieur du son depuis les Trois Baudets, donc depuis 3 mois.

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Est-ce que pour rompre cette solitude tu t’entoures de gri-gri ou de porte-bonheur ?
J’ai un nombre de trucs, c’est aberrant ! Déjà, j’ai un problème avec la lavande. J’ai tout le temps de l’huile essentielle de lavande. Je m’en mets tout le temps sur les poignets même quand je ne fais pas des concerts. J’ai aussi des colliers que je mets tout le temps. Celui-là je le mets tout le temps, c’est de l’améthyste, c’est ma pierre préférée, c’est un truc de sorcière mais qui a plein de propriétés très cools. J’ai une petite lune aussi que je garde tout le temps. Après, sur scène je mets plein de colliers. J’ai un collier attrape-rêves. C’est un collier que j’ai eu pour mes 16 ans, il avait trois petites plumes et les trois plumes sont tombées dans des moments-clés, il n’a plus de plumes maintenant, mais je l’ai mis pendant 2 ans et demi à tous mes concerts. J’ai perdu la première quand j’ai eu 17 ans, la deuxième quand j’avais fait pour la première fois le Zénith de Paris et la troisième je ne sais plus. J’ai plein de cailloux aussi que je mets dans mes poches.

« Je me suis retournée et ma guitare avait perdu toutes ses cordes. »

Même protégée par tous ces porte-bonheur, tu as bien une anecdote de scène à nous raconter ?
À Genève, quand j’ai fait la première des premières parties de Louane, c’était la plus grosse des salles que j’ai faites avec elle, il y avait environ 8000 personnes… (elle s’interrompt) Ah attends, j’ai une autre anecdote qui m’est venue et qui est beaucoup plus drôle. Bon je finis celle-là. J’ai posé ma guitare sur son stand pour dire au revoir aux gens, j’ai commencé à parler et ma guitare est tombée de son stand à plat, ça a fait un énorme bruit et moi je ne comprenais pas parce que c’était derrière moi. Je me suis retournée et ma guitare avait perdu toutes ses cordes. Ça c’était récent.
Et il y a cette autre histoire qui m’est venue. C’était à l’époque où j’étais dans une chorale à Lyon. On avait fait un concert à la Bourse du Travail qui est une grosse salle. On avait monté un spectacle et il y avait deux concerts, le premier pour le public, le deuxième pour les scolaires. Au tout début du concert j’avais une phrase à dire sur scène, le spectacle commençait par moi toute seule, j’avais 8 ans, je disais : « L’eau est influençable, elle s’inspire souvent de la couleur du ciel ». Et ensuite je devais me retourner, il y avait des rideaux rouges et quelqu’un devait m’ouvrir le rideau pour que je puisse retourner dans les coulisses, et personne ne m’a ouvert. Pendant une demi-heure j’ai cherché l’ouverture du rideau. Ça a duré suffisamment longtemps pour que je transpire, et que je tremble, et tout le monde rigolait. C’est le pire qui m’est arrivé, mais je m’en suis remise je crois !

Pour terminer, il va falloir faire des choix. Pour composer, tu es plutôt rat des villes ou rat des champs ?
Depuis que je vis à Paris, c’est quand je rentre chez mes parents qui ne sont pas vraiment en campagne mais dans la banlieue lyonnaise, que j’écris ou que je termine des chansons. Je ne suis pas très inspirée dans mon appart parisien.

Brel ou Barbara ?
Barbara forever ! C’est une des premières chanteuses que j’ai chantée parce qu’à 8-9 ans j’ai pris une année de cours de chant et ma prof, Jeanne Garraud qui est incroyable, m’avait fait chanter « Gottingen » de Barbara et j’étais tombée amoureuse de Barbara. Mes parents écoutaient plutôt Jean-Jacques Goldman justement (juste avant de commencer notre entrevue, Pomme chantait « Ensemble » pour une session acoustique) et Diam’s (elle rit). Donc Barbara forever, j’ai lu son autobiographie, la biographie écrite par son assistante… Je connais toute sa vie !

Voix de tête ou voix de poitrine ?
Moi j’utilise les deux, je jongle tout le temps entre les deux. Je pense que s’il fallait faire un choix je prendrais la voix de poitrine, la voix grave de femme. Quand je chante en voix de tête c’est très aigu et très cristallin, ça peut soûler je pense.

Guitare ou auto-harpe ?
Auto-harpe, parce que c’est nouveau et je suis trop excitée, ça ne fait même pas un an que je l’ai et j’adore ! Ce sont des sonorités complètement féeriques. Et c’est un instrument un peu fourbe, c’est un instrument de gens qui ne savent pas trop jouer. T’as l’impression d’être hyper fort, sans vraiment être fort. La guitare peut-être que quand je saurai bien en jouer j’aimerai mieux, mais là je galère un peu.

Tu sembles assez branchée country-folk, western. Est-ce que tu lisais Lucky Luke ? Tu pourrais faire un choix entre Joe et Averell ?
Non, je ne les connais pas. Je lisais Boule & Bill ! Donc Boule ou Bill ? Alors Bill c’est le petit garçon ? Ils ont des prénoms de chien tous les deux en fait. Ah non, le petit garçon s’appelle Boule, bon, Boule alors !

► En Cavale (EP), est disponible en digital et physique (Polydor)
► En concert le 14 juillet aux Francofolies de La Rochelle

Propos recueillis par Jeanne Cochin.

Merci à Pomme et Nina Veyrier.

 

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