Pépite : « On chante des chansons tristes avec le sourire »

INTERVIEW – Il y a quelques semaines, on découvrait Pépite sur la scène de La Flèche d’Or. Un duo de clavier-guitare accompagné de deux musiciens, avec pour particularité une voix aérienne  et des riffs endiablés. Le charme fit tout de suite effet. Les textes de Thomas, abordant avec poésie les voyages, les départs et la mer, se posaient avec légèreté sur les arrangements enchanteurs et psychédéliques d’Edouard.

À LIRE AUSSI >> On y était : Pépite + Fiona Walden à La Flèche d’Or

Rocknfool : Pépite est un projet récent, mais vous jouez ensemble depuis plusieurs années. Comment vous êtes-vous embarqués dans cette nouvelle aventure ?
Thomas : On a commencé à faire de la musique ensemble il y a 5 ans, mais ce n’était pas du tout le projet Pépite. C’était un autre projet, en anglais.
Edouard : J’accompagnais Thomas sur ses chansons qu’il composait en anglais, je les arrangeais un peu. C’était beaucoup plus rock. On jouait ça sur scène : basse, batterie, guitare. Thomas faisait de la guitare sèche et chantait. Et puis un jour j’ai essayé des arrangements avec des synthés sur une de ses chansons. C’était un peu le morceau-charnière, vers un autre style. Ensuite Thomas a composé un premier morceau en français, c’était « Les Bateaux », ça a été le déclic pour le projet Pépite.
Thomas : Une rupture franche.

Pépite

Il paraît que vous vous êtes rencontrés sur les bords de mer.
Ensemble : Ce n’est pas un mythe !
Thomas : C’était en Bretagne. La mer c’est un truc que j’aime particulièrement. Les premiers morceaux étaient très bords de mer.
Edouard : On s’est rencontrés musicalement sur la plage, vraiment.

Vous seriez plus plages de cocotiers ou mer du nord en hiver ?
Ensemble : Les deux.
Edouard : On a plus l’habitude des plages du nord pour le moment.
Thomas : Je préfère peut-être la Méditerranée, mais en septembre, quand il y a moins de monde. Et la Bretagne en août, c’est plus joli.
Edouard : Je te rejoins là-dessus.

On compare souvent votre style musical à Christophe ou à la B.O. de La Boum. Est-ce que ce sont vraiment vos références ?
Edouard : On ne se revendique pas forcément de cette époque mais on adore. On écoute, ou on a beaucoup écouté Christophe. Moi j’ai bien aimé son dernier album.
Thomas : Christophe je trouve ça vachement bien ! Ça vient peut-être un peu de la voix et de son côté un peu mélancolique. C’est une référence pour nous. Mais nos morceaux vont certainement être amenés à évoluer et ressembleront peut-être de moins en moins à ça.
Edouard : Et La Boum, oui c’est le côté synthés.
Thomas : C’est plus lui La Boum, même si j’aime bien aussi !

Il y a aussi dans votre musique quelque chose de futuriste : des synthés très électroniques, une voix aérienne… Notamment sur l’intro de « Dernier voyage ».
Edouard : C’est une trompette. J’ai un souffle de trompettiste assez particulier. J’ai des instruments qui traînent dans le studio, que je ne sais pas du tout gérer. Je ne pratique pas du tout la trompette mais j’en ai une et je trouvais ça marrant de l’utiliser.
Thomas : Je pense que la musique actuelle est un peu hors époque, c’est plein d’influences. C’est très années 1980 avec les synthés mais aussi psychédélique, c’est tout mélangé. Je n’estime pas faire de la musique du futur, mais on essaie de mélanger plusieurs influences.
Edouard : Moi je ne dirais pas que c’est hors du temps. On essaie d’être dans le temps justement.

Est-ce que vous écoutez les mêmes choses ?
Thomas : Ah non, il y a des choses terribles entre nous.
Edouard : On a une bonne base en commun. Ça fait des mois qu’il essaie de me faire aimer Bruce Springsteen…
Thomas : Je suis un fan.
Edouard : J’ai un peu du mal quand même.
Thomas : Parfois il y a des trucs de rap que t’aimes bien et que je ne peux pas. Il est plus hip-hop que moi. On essaie de s’influencer, en gardant les meilleures choses.
Edouard : Il y a des choses qu’on n’aime pas au début, qu’on se fait découvrir et ça devient des influences communes après. C’est un peu le défi aussi, faire aimer des choses à l’autre.
Thomas : Il y a toujours, même dans un morceau que tu n’aimes pas, un truc qui reste intéressant : une batterie, un synthé, une voix, je ne sais quoi.

La thématique de l’eau est récurrente. C’était comment votre première fois en mer ?
Thomas : Moi je fais pas mal de bateau avec des copains. J’ai invité Eddy l’année dernière mais il ne pouvait pas venir. La première fois c’était en Bretagne. On avait eu une grosse tempête le dernier jour. Et c’est vrai que c’est une grosse influence pour moi. Sur ce bateau on écoutait beaucoup de dub et de reggae, ça va très bien avec la mer parce que c’est de la musique un peu lente. Ça nous a influencés sur les morceaux.
Edouard : Je n’ai pas trop ce côté bateau à l’origine. Mais tout ce que Thomas a ramené de ses voyages en bateau, ça m’a bien inspiré. D’ailleurs la dub je n’écoutais pas, voire je n’aimais pas avant, mais maintenant j’adore ça.

L’eau a une très forte symbolique : la purification, le renouveau. Est-ce que ce sont des questions qui vous tourmentent ?
Thomas : Sûrement un petit peu, sur les premiers morceaux en tout cas. Mais je dirais plus comme une sorte de baptême, de nouveau départ. Au début du projet en tout cas. L’eau et la mer ont dû inconsciemment me faire réfléchir à ça, une sorte de nouveau départ grâce à la mer et à l’eau.
Edouard : Et au voyage.

Vous êtes plutôt Corto Maltese ou Capitaine Haddock ?
Edouard : Capitaine Haddock, il me fait bien rire.
Thomas : En plus j’ai un compagnon de bateau qui ressemble vraiment au Capitaine Haddock.

Musicalement vous me semblez assez surréalistes, psychédéliques. Est-ce qu’il y a d’autres formes d’art qui vous touchent ?
Edouard : La vidéo. J’ai beaucoup fait de vidéos pendant un moment et c’était très psychédélique. C’est peut-être un peu moi d’ailleurs ce côté psychédélique.
Thomas : La peinture aussi. Il y a notamment le frère d’Edouard qui fait notre image, les clips et la pochette de l’EP. C’est très lié au groupe aussi.
Edouard : Il y a une expo d’ailleurs qu’on aimerait bien voir sur les bateaux : Albert Marquet.
Thomas : Oui ça a l’air vachement bien. Et aussi pas mal de littérature.
Edouard : Je fais beaucoup de photos aussi.
Thomas : Par contre moi je suis très nul dans la pratique de toute autre forme d’art.

C’est donc ton frère qui a réalisé le clip de « Les Bateaux ». D’où est venue cette idée d’une carte postale en mouvement avec ces personnages volatils ?
Edouard : Oui c’est Baptiste.
Thomas : C’est un peu secret ça normalement.
Edouard : C’est venu un peu sans s’en rendre compte.
Thomas : On n’était pas du tout partis pour tourner ça. On a été confrontés à ce point de vue sur la plage bondée et on a pris une séquence vidéo de 4 min. On s’est dit que peut-être on la garderait.

Vous venez de signer chez Microqlima, comment ça s’est passé ?
Thomas : C’est Antoine de Microqlima qui est venu nous voir à notre premier concert où on était à quatre sur scène, au Pop-In. Après, il nous a aidés à nous développer. On aime beaucoup leur travail, leur image.
Edouard : Oui, ils sont entourés d’artistes qu’on aime beaucoup.

On peut écouter deux des quatre titres qui apparaîtront sur votre premier EP (prévu pour le 16 septembre). Que pouvez-vous nous dire des deux autres ?
Thomas : Il y en a un qui restera dans la thématique maritime.
Edouard : Oui, mais qui est un peu plus sombre.
Thomas : Et l’autre est un peu différent, il parle de la ville.
Edouard : Elles bougent peut-être un petit peu plus.

Vous avez abandonné la démo « Coupe Davies » et « La Vie douce » (qu’on ne peut d’ailleurs plus trouver sur internet !) ?
Edouard : « Coupe Davies » c’était vraiment un petit délire pendant l’été, pour faire patienter. On l’a faite dans une maison de campagne en Charentes, là où on répète beaucoup. Après, il y a d’autres morceaux qu’on ressortira plus tard, quand on sera plus satisfaits des enregistrements.
Thomas : C’est le business maintenant ! Non, mais on va sortir l’EP en septembre et après on verra.
Edouard : Après, on peut écouter ces morceaux en concert ! Le prochain est samedi.
Thomas : Oui, on joue samedi au Bateau Music Festival, c’est près de Rambouillet, aux Mesnuls. C’est un festival très convivial. Et le 8 juillet à la Philharmonie !

Il y a quelque chose de très solitaire dans vos textes. Est-ce que ça reflète aussi votre manière de composer ?
Thomas : Ça reflète plutôt une période, quand j’ai écrit ces morceaux, où j’étais plus solitaire. Mais solitaire c’est un mot que je n’aime pas, tu peux te sentir très seul en étant très accompagné. Donc solitaire je ne pense pas que ce soit le mot mais peut-être… (un match de foot débute sur les télés du café où on discute) Tu pourras raconter que c’est l’hymne de la République Tchèque qui me rend confus. C’était une période où j’étais plus sombre. Mais oui, c’est un thème assez récurrent chez moi, ce thème de fin de cycle.


PépiteSur scène vous êtes très complices avec le public : sourires, clins d’œil… C’est rare que des musiciens brisent ainsi le fameux quatrième mur. Est-ce que vous en avez conscience ?
Thomas : Justement, on essaie de l’améliorer. On a eu une grande discussion il y a deux jours avec Edouard là-dessus. On veut donner cette dynamique, surtout dans le futur. Tous les quatre on s’entend super bien, il y a une super ambiance et peut-être que ça se ressent aussi sur scène. On chante des chansons tristes avec le sourire.

Depuis le début, il y a une question qui me brûle les lèvres : qui est Manfred, ce flamand rose gonflable qui vous suit partout ? D’où vient ? Que fait-il ?
Edouard : On l’a découvert en allant en Slovénie. C’est un ami qui l’a trouvé sur le bord de la route, il était abandonné, alors on est partis en voyage avec lui. Maintenant on l’emmène aux concerts, on l’emmène partout.
Thomas : Il est devenu notre compagnon.
Edouard : Il trouve sa place à chaque fois.

Si vous deviez jeter une bouteille à la mer, quel serait votre message ?
Edouard : Une chanson inédite : les paroles et une grille d’accords.
Thomas : Ou on mettrait une clé USB dans la bouteille avec une chanson inédite.

Quel genre de pépite êtes-vous ? Celle qu’on conserve dans une vitrine ou celle qu’on garde au fond de sa poche en porte-bonheur ?
Edouard : On est une pépite qui se pose et qui s’écoute au soleil.

Pépite sera en concert le 25 juin au Bateau Music Festival (Les Mesnuls) et le 8 juillet à la Philharmonie de Paris à l’occasion de la Soirée Hexagone.

Propos recueillis par Jeanne Cochin.

Merci à Antoine de Microqlima.

Advertisements

Laisser un commentaire