De La Montagne : « Sur scène, on peut crier un tas de trucs qui nous étouffent au quotidien »

INTERVIEW – On les avait découverts sur la scène de la Flèche d’Or, ils avaient enflammé la foule et nos cœurs de leur pop électronique. Ils sortent leur nouvel album Hors Piste, c’était l’occasion rêvée de papoter avec le duo De La Montagne. 

De La Montagne c’est d’abord le projet de Camille dont la voix et l’énergie est bien vite rejointe par Alto Clark et ses claviers psychédéliques. À deux ils écrivent, composent et impulsent une dynamique bouillonnante à ce groupe électro-pop-festif. Appréhendé par le collectif de soirées parisiennes, Fils de Vénus, De La Montagne a traversé les océans et les plaines pour prendre place sur l’avant scène de la pop française.

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Rocknfool : Camille est-ce que tu pourrais me présenter Alto, Alto pourrais-tu me présenter Camille ?
Camille : Voici Alto, son corps est musculeux puisqu’il va à la salle le matin très tôt. C’est un homme ponctuel. Il est très calme. J’ai l’impression d’être aux Z’amours ! (ils rient) On s’est rencontré il y a 4 ans. C’est un ami indéfectible que j’aurai jusqu’à ma mort. À toi !
Alto : Sans pression. J’allais dire c’est une petite boule d’énergie, mais tu n’es pas une boule.
Camille : Je suis ni petite ni une boule, merci.
Alto : C’est une personne pleine d’énergie, d’une intensité remarquable et pleine de qualités. On est un peu comme des doigts de la main.

J’aime me prendre de l’énergie en pleine gueule.

L’idée à l’origine c’était de faire de la musique, ou de partager quelque chose ensemble ?
Alto : Quand on s’est rencontré on s’est dit « tiens, si on essayait de faire un morceau ensemble ». Mais on n’était pas dans la même ville, on a donc essayé de faire de la musique à distance. Ça a bien marché. Camille à ce moment-là faisait déjà des concerts sous le nom De La Montagne. J’ai petit à petit incorporé le projet.

C’était quoi ce premier morceau ?
Alto : C’était un morceau sur Noël. On a fait un clip, et un morceau à distance. On ne s’était alors jamais parlé pour de vrai. Camille avait imité ma voix dans le morceau.
Camille : Sauf que je pensais qu’il avait une voix beaucoup plus grave.

Vous avez donc vécu dans des endroits divers et variés. En quoi ça a joué sur le développement du duo ?
Camille : L’énergie de la ville vient toujours teinter la musique que tu produis.
Alto : Le fait de bouger pas mal, te fait aussi rencontrer des nouvelles personnes, ça nourrit et influence aussi ta manière d’écrire.
Camille : Et aller voir des concerts, ça a toujours été un truc qui m’a beaucoup inspirée. J’aime me prendre de l’énergie en pleine gueule. J’ai toujours imaginé un groupe avec Lispector qui viendrait faire la basse, François Virot qui viendrait faire la batterie, Brad Weber de Caribou qui viendrait aussi faire de la batterie.
Alto : Un peu des Globe trotters de la musique.

Camille tu as vécu à Montréal un moment,  et il paraît que c’est pour Les Fils de Vénus que tu es revenue en France ?
Camille : J’ai bossé pour le Festival Pop Montréal. Ensuite j’ai fait le PVT, que tout le monde rêve d’obtenir. Sauf qu’une fois là-bas, comme je n’étais plus dans une dynamique de travail, c’était un peu compliqué. Et c’est à ce moment-là qu’on a sorti « Girls », dont le clip a eu un bon petit succès. Comme on avait notamment Les Fils de Vénus qui nous demandaient de jouer en France, je me suis dit que c’était le bon moment de rentrer.
Alto : Ça a été un déclic aussi, parce que pour la première fois on pouvait être dans la même ville. Pour le travail c’était plus simple !

En 2013 vous avez dit vouloir bosser de façon super intense sur votre prochain album, est-ce que c’est bien comme ça que vous avez travaillé pour Hors Piste ?
Camille : En 2013 on parlait de Make It Happen, dont on est encore assez fiers. Après ça, on a fait une cassette de reprises, sortie en 2015. Depuis, on bosse sur l’album Hors Piste qui sort le 13 janvier. La vie de musicien c’est vraiment des moments de rush incroyables, et des moments un peu plus creux. Il faut réussir à injecter du plein dans le creux, et temporiser les moments de rush.
Alto : Il y a des moments de phase d’écriture vraiment intense, après il faut mixer l’album et le masteriser, et après on te dit « le bon moment pour le sortir en fait c’est dans six mois. » Du coup la temporalité n’est pas la même. Pour le public ça paraît très délayé.

La vie de musicien c’est vraiment des moments de rush incroyables, et des moments un peu plus creux.

Janvier c’est le bon moment pour sortir Hors Piste ?
Alto : Les gens ont alors reçu leurs petites enveloppes de papi-mamie (ils rient). Non, mais là où c’était malin c’est que la pré-commande s’est faite début décembre. En amont on a sorti deux singles, on a préparé le terrain.

Quel artiste vous adorez mais qui ne transparaît pas dans votre musique ?
Alto : Le premier truc que j’allais sortir, mais dont je ne suis pas du tout fan c’est Shaggy.
Camille : Dalida pour moi. On a un côté « It Wasn’t Me » et « Mourir sur scène ».

Il paraît que le cerveau associe des couleurs aux sons. Est-ce que ça vous parle ? Et quelle serait la couleur de De La Montagne ?
Alto : Quand j’étais au Beaux-Arts j’avais bossé sur des correspondances. Nous on serait l’arc-en-ciel.
Camille : Moi je pense à un arc-en-ciel mordoré, j’imagine un doré nacré, une grosse statue, un Grammy Awards quoi (ils rient).

Dans vos clips, je pense notamment à « Girls » et « Canadair », je trouve qu’il y a une esthétique du fait main.
Camille : On voulait bosser avec ces deux réalisatrices-là (ndlr : Marine Dricot pour « Canadair » et Roxanne Gaucherand pour « Girls »). C’est une esthétique qui nous parle. Elles ont fait leurs propres propositions visuelles. Je pense que si c’était Alto et moi qui avions réalisé les clips, ça aurait été vraiment à l’arrache !
Alto : Par exemple on a fait un clip pour l’Euro de foot, tourné au Décathlon de Montreuil, on l’a fait nous-même avec un selfie-stick et un iPhone. Si on met les clips côte-à-côte on voit que les gens ont fait des études pour ça, et d’autres non.

C’est aussi le style « sincérité et instantanéité » qu’on retrouve lorsque vous êtes sur scène ?
Camille : Avant je composais sur un vieux clavier d’Emmaüs, maintenant on est un peu plus précieux. Sur scène, on a envie qu’il y ait plusieurs grilles de lecture. Pour qu’il y ait des gens qui viennent pour le côté spontané, et d’autres pour écouter de la musique et danser. Il y a un truc un peu politique. C’est entre les lignes.

Sur scène, il y a la potentialité de crier et de sortir tout un tas de trucs qui nous étouffent au quotidien.

Votre musique a donc une portée politique ?
Camille : Sur scène, il y a la potentialité de crier et de sortir tout un tas de trucs qui nous étouffent au quotidien. C’est pour ça que je me mets à sauter dans le public. C’est un espace de liberté, et j’ai envie que cette même liberté soit ressentie par le public. Souvent à la fin d’un concert on nous dit « ça nous a fait du bien ».
Alto : Il y a un côté exutoire dans le fait de monter sur scène. C’est ton espace et tu peux véhiculer n’importe quel message. Notre message c’est un truc généreux, que ce soit dans la musique qu’on joue ou dans l’attitude qu’on a sur scène. C’est tout dans le partage.
Camille : Ce n’est pas vraiment un message, parce qu’il faudrait mettre des mots derrière. Mais moi j’essaie de faire très attention à ma place en tant que fille. Je n’ai pas du tout envie d’être la chanteuse du groupe, je ne mettrai jamais une robe sur scène. Je n’ai pas envie d’être dans un rapport de séduction.

Ce côté exutoire, ça rend la musique libératrice pour le public ?
Camille : C’est ce qu’on essaie de mettre en place : une espèce d’ode à la joie. Peut-être que je ne me comporte pas comme les gens pourraient l’imaginer. Le public ressent peut-être qu’il a une fenêtre des possibles plus large.
Alto : C’est comme en soirée, à partir du moment qu’il y en a un qui danse, ça libère les autres. Il y a un effet d’onde sismique.
Camille : On a fait une petite tournée avec Bagarre. Et je pense qu’on partage cette vision de la scène comme espace politique. Chez eux c’est très lisible, ils ont des slogans à scander.

© Pierrick Moules

C’est quoi votre meilleur souvenir de scène ?
Alto : Il y a un petit moment on avait fait un festival à Auray, en Bretagne, Les Nuits Soniques. On jouait les premiers. On se disait « on va jouer devant cinq personnes, ça va être chiant ». En fait il y avait plein de gamins qui connaissaient les paroles, qui dansaient et chantaient. C’était hyper communicatif.
Camille : C’était le soir des vacances scolaires. Ils étaient chauds !

Justement, quand j’écoute votre musique, j’ai envie de sourire et de partir en vacances.
Alto : Nous aussi, quand on compose notre musique et qu’on l’écoute on se taille en vacances direct ! (ils rient)

À quoi est-ce que vous pensez vous quand vous écoutez votre musique ?
Alto : « Merde, c’est la millionième fois que je l’écoute ! »
Camille : Si on vient juste de finir le morceau, on se dit « il est trop bien c’est le meilleur morceau qu’on ait jamais fait ! » Après, au bout d’un moment ton morceau tu ne peux plus le voir en peinture. Le meilleur moment pour écouter sa propre musique c’est trois ans plus tard je pense. Aujourd’hui on peut écouter ce qu’on a fait en 2014 et se dire « tiens, c’est pas mal ».

Qu’est-ce que vous mettez sur votre rider ?
Camille : Pendant un moment on disait qu’on voulait des bébés pingouin.
Alto : Et on n’en a jamais eu.
Camille : Du coup on a mis des trucs classiques : des bouteilles…
Alto : Un repas sans gluten et un repas sans crustacés ou poisson pour les musiciens. Il est assez sérieux ce rider.

Et si vous pouviez tout vous permettre, qu’est-ce que vous y mettriez ?
Alto : Des bébés pingouin.
Camille : Toutes les BD de Riad Sattouf, les quatre volumes de Pascal Brutal, des trucs pour se marrer.
Alto : Et un massage post-concert !

 

 

Merci à Olivia pour la prise de contact.

► Hors Piste, sortie prévue le 13 janvier.
De La Montagne sera à La Maison Sage le 2 février pour sa release party.

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