Mais où est passé l’esprit rock des années 2000 ?

ÉDITO – Mais où es-tu passé, toi, l’esprit rock des années 2000, qui était puissant et nous faisait vibrer ? Pourquoi as-tu dérivé vers une pop NRJ-esque ? 

Préambule : Cet article traite uniquement du rock des années 2000. Aussi, je ne parlerai pas de l’apogée du rock, que certains spécialistes datent à la fin des années 1960, début des années 1970. Soyons jeunes, parlons de ce qui nous est le plus proche ! En ce qui concerne le choix des groupes, il est subjectif et peut donc être remis en cause. Cependant, l’idée de l’article est de traiter des groupes qui ont tué l’esprit rock des années 2000.

Rock is deader than dead

L’esprit rock en mouv’ment

J’ai vécu mon adolescence au début des années 2000, alors que les Strokes, Libertines et la ribambelle de groupes en « The » affluaient dans mon poste de radio et mes oreilles. Mes parents me disaient souvent qu’il n’y avait rien de nouveau par rapport à l’époque des Doors, Ramones ou du Velvet Underground. Mais, quand même. Pour moi, il se passait quelque chose ! Bien qu’ayant grandi dans un univers rock, ce genre musical me paraissait si lointain et presque irréel. Alors, dans les années 2000, quand j’ai vu le rock revenir de plus bel, j’étais ravi.

Tout se décante, en partie, avec les White Stripes et les Strokes pour les États-Unis ; Libertines et Franz Ferdinand pour le Royaume-Uni. Pour le moment, je laisse de côté Muse ou Coldplay, puisqu’ils sont à la base de la dérive du rock, et mes chouchous de The Kills ! Ces quatre groupes furent, pour moi, le réel retour de l’esprit rock ! Dans les années 1980 et 1990, aux dépens de la synth-pop, l’euro-dance ou le rap,  il avait perdu de son aura.

Mais les années 2000 ont tout changé. Je me rappelle, d’ailleurs, que Rock & Folk publiait chaque mois, dans son courrier des lecteurs, des lettres ou e-mails commençant par « Être rock dans les années 2000, c’est…. » J’adorais lire la définition du rock, par les lecteurs du magazine pilier du rock ! Il faut dire que Philippe Manœuvre et sa revue ont beaucoup contribué à cette émergence du rock 2000’s en France. Car on l’oublie peut-être, mais la France n’est pas un pays de musique (cf, mon édito : La musique est morte, vive les séries !), alors question rock…

Mais grâce aux ondes de la radio du service public, l’esprit rock fut brillamment défini. Merci Le Mouv’ ! Créée en 1997, la radio se développe au niveau nationale en 2001, lorsque ses fréquences arrivent dans les plus grandes villes françaises. En 2004-2005, la station pouvait même se féliciter d’un record d’audience, avec 1%. Imagine-toi ! 1% des auditeurs français écoutaient du rock. Et si tu ne connaissais pas Le Mouv’, les papys rockeurs de OÜI FM permettait aussi l’écoute de rock, à longueur de journée. Malheureusement, du fait de son unique présence sur les ondes FM parisiennes, peu d’entre nous pouvions écouter cette station. Pour ma part, je n’ai jamais entendu une minute de OÜI FM : impossibilité de l’écouter sur les ondes et impossibilité de l’écouter sur le Web (oui, en 2005, je n’avais pas l’internet dans ma chambre et je me contentais de ma micro chaîne Hifi).

Et à la télévision, tu me diras ? Et bien comme depuis le milieu des années 90, deux écoles existaient :

  • L’école France TV, avec Taratata sur France 4.
  • L’école Canal +, avec le Grand Journal (grande époque) ou l’Album de la semaine (merveilleuse idée créée par le maître de l’esprit rock du groupe Canal, Stéphane Saunier). C’est d’ailleurs Canal+ qui a permis aux jeunes groupes de rock de faire leurs premières apparitions TV. En témoigne les Arctic Monkeys.

Quelles étaient belles ces années 2000 avec toute cette émergence de baby-rockeurs (on oublie les Naast, Shades, BB Brunes, hein !) : Arctic Monkeys, Kaiser Chiefs, Kasabian, Kooks, etc. La jeunesse prenait à bras le corps le rock, et le défleurissait pour le rendre plus moderne et sexy. Malheureusement, cela n’a pas duré. À l’instar des audiences du Mouv’, le rock a chuté et a trahi ses valeurs.

La dérive populaire

Pour tout te dire, difficile de dater précisément la bascule de l’esprit rock vers l’esprit NRJ, mais pour ma part elle se fait autour des années 2006/2007. Muse et Coldplay sont en quelque sorte le porte-drapeau de cette dérive populaire. POURQUOI ont-ils abandonnés leurs origines  ? La réponse simple serait : remplir les stades et gagner plus !

Mais avec « New Born », « Plug In Baby », « Hysteria », « Sunburn », « Showbiz », Muse n’aurait-il pas pu remplir des stades ? Pas besoin de titres où l’électro prend le dessus des guitares électriques ! Idem pour Coldplay, qui avait un son très particulier sur ses trois premiers albums et a décidé, par la suite, de faire des hymnes à la « Ho-ho-ho »(« Viva la Vida », « Lovers In Japan », « Paradise ») pour remplir les stades. D’ailleurs, Swann te parlait déjà de ces changements dans cet article : Coldplay où les 7 étapes de la rupture.

Et puis, je pense aussi à No Doubt. Ils étaient un sublime groupe féministe à l’esprit rock. Dans les années 1990, No Doubt a totalement chamboulé le rock féminin. Mais en 2004, lorsque Gwen Stefani décide de se lancer en solo, c’est le drame. Je me souviens encore du sondage d’Emilie Mazoyer sur Le Mouv’, qui demandait dans son émission de radio libre Les Filles du Mouv’, si le premier single de Gwen Stefani devait être diffusé sur les ondes ou non. Je ne me souviens pas de la réponse exacte, mais je sais que le résultat était négatif. On ne peut pas humilier l’esprit rock ! Soyons décents.

Dans les groupes qui ont perdu leur esprit rock, je pourrais aussi citer Maroon 5, Bloc Party, Marilyn Manson, System of a Down et bien d’autres. Chacun dans son genre, ils ont trahi leur idéologie de base. Maroon 5 passant d’une pop funky à de la pop NRJ. Bloc Party du rock à l’électro. Manson du métal au pop-rock dans Eat Me, Drink Me. Ou encore les très critiqués SOAD avec Hypnotize ! Bref, tu l’as compris, le rock est mort vers la fin des années 2000 après 6-7 ans d’existence. Et même s’il y a eu une résistance pendant encore quelques années, on peut désormais l’affirmer : en 2017, le rock est définitivement mort.

La preuve en est : le dernier single de Kasabian « You’re In Love With a Psycho », vrai purge auditive. Dans la même veine, et même si tu n’aimes pas ce groupe, Linkin Park et le honteux « Heavy » ou Weezer avec « Feels Like Summer », qui sent plutôt la trahison capitaliste et cash-money, que l’été ! Ces trois groupes sus-cités, qui représentaient à leur façon l’esprit rock, décrivent désormais l’esprit NRJ : Money Money Money, Fuck le rock !

La disparition des tauliers

Certes beaucoup de groupes ont dérivé, mais certains n’ont pas pris leurs responsabilités. Je pense notamment à ce que l’on appelait les groupes en « The ». Les White Stripes ? Séparation en 2011 ! Les Strokes ? À l’image des paroles de Gainsbourg, notre amour envers eux est comme un boomerang : ça va, ça vient. Les Libertines ? No comment. Trop douloureux. Les Hives, Franz Ferdinand ou Blood Red Shoes sont éteints. Alors qu’Arcade Fire, Editors ou Kings of Leon existent encore, mais sans caisse de résonance. Hors, comme chacun le sait, le rock, c’est une batterie qui frappe fort. Et sans résonance, l’existence est inexistante. Restent alors les Arctic Monkeys (mais je dois t’avouer que je n’ai accepté ce groupe qu’au début des années 2010. Je les considérais comme trop adolescents et immatures à leurs débuts) et surtout les Kills, mes chouchous depuis 2005. Ce duo est, pour moi, la quintessence de l’esprit rock : des fringues à la musique, tout est LOVE chez eux. Le duo est d’ailleurs l’un des rares survivants des années 2000, et garde encore ce côté sexy, rock, moderne et grrr à la fois.

La playlist à l’esprit rock et un brin nostalgique

L’esprit rock est donc bel et bien mort. Soit parce que les groupes l’ont trahi, soit parce que les groupes ne sont plus actifs. Ajoutons aussi à-cela, la mort du rock à la radio (coucou Le Mouv’, tu as retrouvé tes 1% d’audience avec Mouv ? Coucou Europe 2, devenu Virgin Radio. Coucou OÜI FM, toujours inaudible dans 99% de la France). À croire que les radios et les groupes se sont entendus pour tuer l’esprit rock !

Alors, en guise de nostalgie, voici spécialement pour toi, une playlist de 80 titres à l’esprit rock ! D’Arcade Fire à Vampire Weekend, des Sunday Drivers à LCD Sound System, de Cold War Kids à The Kooks, tout y passe. Plus de 5 heures pour voyager, aller ou rentrer du boulot, danser, faire la fête. Et si tu trouves qu’il en manque, n’hésite pas à poster tes recommandations en commentaire.

À LIRE AUSSI >> À 30 ans, doit-on continuer à écouter les groupes de notre adolescence ?

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6 pensées sur “Mais où est passé l’esprit rock des années 2000 ?

  • 25 mars 2017 à 16 h 18 min
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    Bonjour,
    Tout d’abord, bravo pour l’article ! J’ai l’impression qu’il sort de mon cerveau tellement je pense la même chose !
    J’ai découvert mon esprit rock durant mon adolescence au milieu des années 2000 grâce au Mouv’, c’est dans leurs ondes que j’ai entendu pour la première fois mon groupe préferé, les Arctic Monkeys. Et à travers eux la plupart que tu as cité (The Strokes, Franz Ferdinand, The Kills en tête, et plus tard les Queens of the Stone Age).
    Habitant en banlieue parisienne, j’ai aussi eu droit à OÜI FM (avant le rachat d’Arthur hein), c’était une superbe époque ! Je me souviens être pressé de rentrer de l’école tout les soirs pour m’enfermer dans la chambre, mettre la radio à fond, et jouer à la play jusqu’à l’heure du diner !
    Je suis content d’avoir grandi à cette époque, parce qu’aujourd’hui tout ça est mort comme tu le dis. On peut toujours ésperer que ça revienne un jour comme ça été le cas au début du siècle. Même si ça parait mal barré vu le nombre de bouses commerciales qui sortent aujourd’hui, il me semble que c’était moins le cas à la fin des années 90.
    Mais je garde confiance en l’intelligence de la jeunesse d’aujourd’hui, ils ne se font pas tous avoir pas la vague « NRJ-esque » !
    A mon dernier concert des Arctic au Zénith en 2013, la majorité des personnes présentes en fosse était dans l’adolescence.
    Aujourd’hui avec internet les radios sont moins indispensables qu’à l’époque, les jeunes découvrent par eux-mêmes sur Youtube.
    Et puis c’est peut-être même mieux que le rock disparaisse des ondes publiques car finalement, y’a pas plus rock que d’être marginalisé !

    LONGUE VIE AU ROCK !!!

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  • 25 mars 2017 à 20 h 53 min
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    Salut,
    J’ai 18 ans et je viens de tomber sur cet article, et comme Darken941 je me reconnais totalement dans ce qui est dit ! Je n’étais pas assez grand pour vraiment connaître et apprécier le rock des 2000s mais avec l’adolescence c’est vraiment une de mes périodes préférées musicalement avec les 90s et Oasis !
    Tout comme Darken, mon groupe préféré est Arctic Monkeys et je trouve ça tellement dommage qu’il n’y ai plus (ou qu’on ne médiatise plus) de groupes comme ça, qui branchent leur guitare et balancent toute leur énergie dedans sans calculer.
    Le rock actuel est aseptisé, lisse et n’a plus ce côté rebelle et fougueux qui lui donne tant de charme. Même les Arctic ont changé, je trouve (faute à l’âge ou à l’américanisation ?).
    Il ne reste plus qu’à prendre les guitares et à jouer pour faire revivre cet esprit du rock ! 🙂

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  • 27 mars 2017 à 15 h 47 min
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    Bonjour. Ah c’est ce que je me demande chaque décennies. Née en 1975, grandi parmi les grands frères et les cousins fans de punk UK et fans de métal (AC DC, Iron Maiden), et de la New wave, il y en avait partout dans la rue, à la télé, Partout ! Ado à mon tour, en plein rock français alternatif. Que c’était vivant à la télé et la radio. Même les génériques tv étaient rock ! Puis ça s’est un peu essoufflé et boum, le grunge est arrivé, avec un peu avant le hardcore (genre Fugazi, Jesus Lizard etc), sur OUI FM, nous avions Ketchup & Marmelade avec toutes les nouveautés Pop rock UK, suivi d’une émission rock par un animateur américain qui avait un terrible accent et je ne comprenais rien, mais assez pour entendre l’essentiel : les productions de Touch & Go Records ! (Jesus Lizard, Girls Vs Boys etc), le métal fusion etc… On avait les lives de Canal + sur NPA, l’émission Rock Express puis Metal Express présenté par Laurence Romance (et ses tenues lol) suivi d’une longue sélection des derniers clips vidéos (Thugs, Witches Valley, Cows, Kepone etc),… on a eu aussi l’arrivé du câble et MTV (Heads Bangers, Alternative Nation) puis essoufflement pour ebm et autre gothique. On a bien eu Tracks sur ARTE, mais très vite ils ont arrêté de parler musique, pour se consacrer à des reportages sur les fétichistes de la laine et des satanistes gothiques dans des soirées ohlélé…Et bim, les années 2000, rhâââââ vous avez pas parler de INTERPOL ! Bouh ! : ))
    Puis essoufflement, mais alors gros essoufflement hein. En fait, toujours la même réflexion : en France, c’est dur d’être rock. Peu d’émissions, et de radio. Comparé à l’Angleterre par exemple. Et c’est via l’Angleterre que je me renseigne aujourd’hui, grâce à internet. Avec BBC Radio 1, et Huw Stephen. Et avant, Zane Lowe, qui manque gravement à la radio. Où j’ai pu entendre un tas de nouveaux groupes et de live. Actuellement, c’est les excellents FUFANU (je recommande vivement leur dernier album « Sport »), Dutch Uncles, Palace, The Amazons, Otzeki, The Vryll Society…)
    La tv c’est un peu fini, et la radio grande onde aussi. Aujourd’hui, c’est radio sur internet et youtube. Youtube, vous avez BBC Music, les live à Maida Vala sur la chaîne youtube de BBC Radio One, les live de Granada studios sur Low Four, et les lives de la radio de Seattle : KEXP etc…
    En ce qui concerne la France et Youtube, un grand bravo aux métaleux de Horn Ups. Et leur chroniqueur Sylvain Clapot, pour ses vidéos lives et playlists de nouveautées Black Metal. Voilà : )

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  • 27 mars 2017 à 15 h 53 min
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    Côté concert, en France, ça a toujours été comme ça. Sauf qu’il y avait beaucoup plus de petits concerts de punk et rock partout dans les villes et les provinces. Notamment les célèbres concerts dans les squatts, notamment dans le 13ème. Mais sinon, par part quelques dates dans les Zénith Olympia, Bercy….. c’était le désert.
    Peu de festivals, et souvent nous partions pour la Belgique ou Allemagne et surtout Reading Festival en Angleterre pour avoir notre dose annuelle.
    Aujourd’hui à part les petits concerts ou ceux de metal, je peux plus assister à un concert à cause de la forêt de téléphone portable devant nos yeux.

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    • 27 mars 2017 à 16 h 26 min
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      Interpol est plus confidentiel, mais on le retrouve bien dans la playlist, car il a beaucoup marqué les années 2000 (surtout avec Turn on the Bright Lights et Antics) 😉

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  • 12 avril 2017 à 14 h 28 min
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    Super sujet j’ai baigner dans le rock depuis toujours(nirvana, Red hot…) mais ça a exploser au 1 et album de Linkin Park (grandiose) j’avais 12 ans sans est suivi korn ( m6 passé des pub pour compilation Rock qui aujourd’hui serait interdit tellement ça envoyé !!)
    Un peu plus tard stroks, killers, bloc parti, arcade fire… Je ne capte pas le mouv mais je l’ai découvert à mon arrivée à Bordeaux.
    Merci Europe 2 qui passait sum 41 dans mon adolescence.

    Vivement que ça revienne ☺️☺️

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