The Handmaid’s Tale, le conte glaçant d’une société (pas) si alternative

CHRONIQUE – Dans un futur proche, les États-Unis ont basculé dans un régime totalitariste dans lequel les femmes sont réduites à l’état d’esclaves sexuelles. C’est l’histoire de The Handmaid’s Tale, sans doute la meilleure série du moment.

The Handmaid’s Tale, c’est à l’origine, un roman de la Canadienne  Margaret Atwood, La Servante écarlate, écrit en 1985. Bruce Miller, le réalisateur de la série a fait le choix de l’adapter en série, alors que l’Amérique a choisi comme président, Donald Trump, l’homme qui attrape les femmes « par la chatte« . Un acte presque militant, définitivement engagé, comme pour dire aux Américains : WATCH OUT.

The Handmaid’s Tale raconte comment, à la suite d’une catastrophe environnementale et biologique le taux de natalité a fortement diminué, les États-Unis ont peu à peu plongé dans un régime totalitaire et violent. Pour résoudre cette crise, le gouvernement déclare l’état d’urgence et proclame de nouvelles lois qui réduisent d’abord les droits des femmes (elles ne peuvent plus travailler, elles ne peuvent plus avoir de compte en banque) puis les anéanties complètement jusqu’à faire d’elles des utérus sur pattes.

Intégrisme religieux et femmes réduites au silence

Désormais, dans cette nouvelle Amérique totalitaire d’un futur proche, les femmes sont des esclaves sexuelles et dépendent toutes d’un commandant. Elles sont des servantes affectées au sein d’une famille et son rôle, leur unique rôle est de donner la vie. On leur bourre le cerveau en expliquant que la cause de l’infertilité se trouve dans les avancées médicales (et surtout pas à cause de la pollution), les médecins et religieux qui défendent ou protègent les femmes sont pendus, les homosexuelles envoyées vers une mort certaine. Et pour que rien ne change, une force armée surveille la population, empêche toute rébellion.

La religion régit les relations. La justice est rendue d’après la Bible, dans la plus stricte et linéaire application. Par des hommes. Ils sont tout puissants, alors que les femmes sont définies par rapport à l’état de fonctionnement de leur utérus. Et n’ont aucun droit. Elles sont classées selon trois groupes : les Épouses, les Servantes et les Martha. Les premières, infertiles, sont soumises à leur mari, les Commandants. Elles vivent leur sexualité par procuration. Les Martha ne s’occupent que des tâches ménagères. Les Servantes, elles, mettent leurs corps à disposition. Littéralement et ne peuvent rien dire, surtout pas pendant « La Cérémonie ». Un viol, tout simplement, sous les yeux de l’Épouse qui se tient derrière elle et regarde son époux pendant l’acte.

Violente. Glaçante. Anxiogène. La série The Handmaid’s Tale est aussi fascinante, car comme Black Mirror, elle raconte une société, certes alternative, mais qui se rapproche de la nôtre. À l’aide de flashbacks, elle rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, l’Amérique était le pays que l’on connaît aujourd’hui. Et, à mesure que les épisodes avancent, la série offre de nouvelles pièces du puzzle aux téléspectateurs afin de comprendre comment il a sombré.

Des actrices exceptionnelles et une réalisation impeccable

C’est à travers les yeux de June, rebaptisée Offred (Of Fred, Fred, le nom de son Commandant), que l’histoire est racontée. Il y a ce qu’elle vit, et ce qu’elle pense. Le téléspectateur est invité à rentrer dans sa tête. En off, elle raconte une autre histoire, pleine de sarcasme et d’ironie, de combativité et de lassitude. On ne peut que souligner la qualité d’interprétation époustouflante d’Elisabeth Moss (Mad Men), incroyable d’expressivité. Des expressions et des émotions décuplées par les gros plans de la caméra de la réalisatrice Reed Morano qui insiste sur les cadrages très serrés, qui insiste sur les regards intenses des actrices, toutes plus touchantes les unes que les autres. Car si Moss est d’une justesse indescriptible, les autres actrices – Samira Wiley (Orange Is the New Black), Alexis Bledel (Gilmore Girls) et Yvonne Strahovski (Dexter) – sont tout aussi remarquables.

La série joue aussi sur les contrastes, les nuances. La réalisation raconte une histoire aussi. Les couleurs donnent d’autres indications aux téléspectateurs. Apportent un autre ton. Reed Morano joue sur le clair et l’obscur, sur les couleurs fades de la ville qui jurent avec les robes rouges écarlates des Servantes. Chaque détail est étudié pour mettre le téléspectateur mal à l’aise, tout en suscitant la curiosité, lui donnant envie de continuer à regarder. Jusqu’où la folie des hommes peut aller ? Est-ce que cette société malade peut revenir à la raison. The Handmaid’s Tale est brutale, glaciale. Effrayante mais peut-être nécessaire en ces temps troublés. Peut-être qu’elle nous ouvrira les yeux. Peut-être que de ce fait, c’est la meilleure série actuellement en cours de diffusion. C’est sur Hulu, aux États-Unis. Elle devrait arriver en juin, chez nous, sur OCS.

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Pour mémoire, actuellement dans le monde  : 

>>  Teresa Manning nommée nouvelle directrice du planning familiale, aux États-Unis. Et alors ? Alors, c’est une militante anti-avortement. Le vice-président, Mike Pence est un gros malade fanatique de l’anti-IVG. Quant au ministre de la Santé, dans l’Amérique de Donald Trump, Tom Price, est opposé au remboursement des contraceptifs par les assurances maladie.

>> Au mois de janvier, le président américain a signé un décret bloquant le financement des ONG internationales soutenant l’IVG. Il a aussi coupé le financement des cliniques qui pratiquent des avortements.

>> À cause de l’abrogation de l’Obamacare, le fait d’être ou d’avoir été enceinte, d’avoir accouché par césarienne, de souffrir de dépression post-partum, d’avoir été violée peut faire grimper le tarif de l’assurance maladie.

>> Sept états américains autorisent les violeurs à avoir des droits parentaux sur l’enfant né d’un viol.

>> L’Arabie saoudite est entrée à la Commission des droits des femmes des Nations Unies. Pour mémoire, dans ce pays – réputé pour être l’un des plus misogynes de la planète – une femme est sous tutelle d’un homme toute sa vie. Son père, son frère. Son mari. Elle doit porter un Habaya, elle doit obtenir une autorisation pour sortir, travailler, se marier. Et, elle ne peut pas conduire une voiture seule, elle ne peut pas ouvrir un compte en banque etc.

>> En Tchétchénie, des purges sont organisées pour « exterminer les homosexuels ».

Pourquoi parle-t-on de ça ? Parce qu’en regardant The Handmaid’s Tale toutes ces informations vont poper dans ta tête  à mesure que les épisodes passent.

 

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Une pensée sur “The Handmaid’s Tale, le conte glaçant d’une société (pas) si alternative

  • 4 juin 2017 à 2 h 11 min
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    On peut critiquer les autres pays mais en France le salaire des femmes est toujours inférieur à celui des hommes si je me souviens bien. On peut aussi parler du fait qu’il y a encore quelques mois, des milliers de français se sont réunis pour faire abolir une certaine loi, qui aujourd’hui passe oklm.
    Donc ouai, cette série fait réfléchir à la manière dont les femmes peuvent souffrir mais aussi à quel point il est facile pour l’état de faire soumettre un peuple à un nouveau système.

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