Nosfell séduit en solo à l’Espace Django Reinhardt

ON Y ÉTAIT – Strasbourg a eu la chance d’accueillir Nosfell pour l’avant-dernière date de sa tournée solo. Tout un public séduit à la seule force d’une guitare et d’une voix.

Echo Zulu ne sortira qu’à l’automne. Pourtant, Nosfell est déjà parti sur les routes à la rencontre du public pour présenter quelques nouvelles chansons. Tout seul avec sa guitare et son charisme, c’est sous une chaleur écrasante que le public de l’Espace Django Reinhardt de Strasbourg l’accueille les bras ouverts. Et à chaque rencontre, c’est le même résultat : on tombe sous le charme.

Le corps comme instrument, toujours

Difficile d’oublier les concerts de Nosfell. À chaque fois pour moi, c’est la claque. Et ce soir, j’ai retrouvé un mélange de tous mes souvenirs. Vocalement, Nosfell est toujours un ovni, ou plutôt un génie. De ses graves gutturaux à ses cristallins aigus, il est toujours épatant de voir avec quelle facilité il passe des abysses aux nuages, à la faveur des émotions qu’il convoque. On frôle le lyrique jusqu’au moment où il imite le bruit d’une bulle qui éclate. Il écorche les sons puis les plie à son envie pour retrouver une voix d’enfant (« Jaünsev »’Zul »). Il joue de sa respiration et la transforme en beatbox brûlant. Et c’est toujours avec beaucoup d’humour qu’il préfère parfois le son plus commun d’instruments enregistrés en lieu et place de son instrument préféré qu’est sa voix.

Et dans ces moments-là, c’est son corps qui prend le dessus. Car Nosfell est aussi un impressionnant danseur. Peu surprenant peut-être quand on imagine l’excellente connaissance de son corps qu’il faut avoir pour asseoir une voix. Mais épatant toujours dans les contorsions dans lesquelles il se lance, sa façon de jouer de sa guitare sur un pied, ou ses pas quand il s’agit de profiter d’un des rares instants « moins glauques » de son set (« Rubicon »). Jusqu’aux moments les plus rock, comme sur la rugueuse « Bargain Healers »…

Souvenirs nocturnes

Mais même si Nosfell reconnaît volontiers, et à plusieurs reprises, se lancer dans des chansons sombres, il lui sera totalement impossible de plonger le public dans une quelconque ambiance froide ou maussade. Il a néanmoins le pouvoir de faire tomber la nuit, lorsqu’il se confie et partage des souvenirs d’enfance : un père qui le réveillait en pleine nuit pour qu’ils échangent leurs rêves, un sentiment d’être Shéhérazade pour préparer toujours un rêve d’avance…

Si le Nosfell des débuts, conteur chamanique aux délires expérimentaux, semble s’effacer devant un Nosfell de plus en plus intime, cette nuit reste le fil rouge d’un monde dont la beauté s’épanouit loin de la lumière. Preuve en est la toujours sublime « Les chambres fantômes », chantée sous un unique rai de lumière vertical, effaçant le reste d’une scène inutile devant la beauté de l’instant.

Et c’est la beauté toujours qui prévaudra sur le nouvel album, à en croire les extraits auxquels on a eu droit. Car au milieu d’un florilège des précédents albums (de Pomaïe Klokochazia Balek à Amour Massif), Nosfell laisse percevoir qu’Echo Zulu sera d’une élégance poétique, mélange de simplicité autour d’une guitare électrique et de paroles sinueuses en français, à dénouer au rythme de ces toujours parfaites variations vocales (« Les Gorges »). De quoi nous laisser sur notre faim quand le concert se termine. Mais heureusement pour nous, Nosfell ne nous quittera pas sans un rappel. Un cadeau aux plus nostalgiques et aux plus fidèles, emballé par la sublimissime introduction de « Mindala jinka », tout en guitare et murmures… Nosfell l’insaisissable s’est assuré, encore une fois, notre fidélité éternelle.

► Sortie d’Echo Zulu le 13 octobre 2017. Pré-commande sur Microcultures.

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