« Also Sprach Zarathustra », le nouvel album nietzschéen de Laibach

CHRONIQUE – Pionniers de la musique industrielle, les slovènes de Laibach reviennent, en ce mois de juillet, avec Also Sprach Zarathustra, leur 9e album.

Voici plus de 30 ans que les slovènes de Laibach dominent le monde de la musique industrielle. Réels pionniers d’une musique très soviétiques dans l’âme, le groupe revient, en ce mois de juillet 2017, avec un neuvième album basé sur une nouvelle de Friedrich Nietzsche : Also Sprach Zarathustra. Calme, sombre, musical et philosophique, Laibach surprend et montre qu’ils sont encore les rois. Et malgré toutes les polémiques passées, ils continuent à remplir les salles du monde entier. Et ce n’est pas le 24 novembre prochain, que le Trabendo de Paris dira le contraire !

Mais au fait, qui sont les Laibach ?

Présenter Laibach, c’est forcément passer par des thématiques problématiques. Certes, la musique demeure l’essentielle, mais parfois, l’image d’un groupe fait aussi partie de sa musique. C’est le cas des slovènes de Laibach, qui feraient passer Rammstein et Marilyn Manson pour des saints. Créé dans les années 1980, en Yougoslavie, le groupe doit son nom à sa ville d’origine, Ljubljana, que l’on traduisait en allemand, pendant la seconde guerre mondiale, par Laibach. Rajoutons à cette provocation, un visuel très dictatorial et tu auras compris que Laibach a créé – durant ces 30 dernières années – des polémiques sur fond de nazisme, communisme, nationalisme, totalitarisme, etc. Loin de moi de partir dans ce débat sans fin, mais Laibach (dont je me souviens avoir lu un long entretien, il y a plusieurs années, dans les colonnes de Rock&Folk) mélange la caricature à la provocation. Difficile alors de comprendre l’idéologie de ce groupe, mais tout est caricature (bien que très complexe à la percevoir). J’en veux pour preuve, le dossier de presse présentant leur nouvel album, et écrivant mot à mot :

« Laibach’s infamous North Korean tour (in 2015, on the anniversary of the DPRK’s liberation from Japan) is documented in Liberation Day, a film directed by Morten Traavik described by MOJO as “a humorous, disturbing, illuminating and sometimes moving immersion into an anomalous communist mirror-world …” »1

Le groupe joue avec la provocation et déchaîne les passions. C’est son but. Alors, outrepassons tout cela et concentrons-nous à nouveau sur la musique. Car Laibach, si tu es fan de séries et plus particulièrement d’Alias, tu en as déjà entendu. Tu sais, l’épisode où Sydney part à Berlin et se retrouve en boîte de nuit gothique (so-cliché, oui) ? Et bien ce passage était musicalement illustré par « Tanz mit Laibach », là encore un single au visuel polémique. Mais, en cette année 2017, la provocation semble avoir disparu. Les slovènes reviennent avec un 9e album, qui va faire beaucoup parler non pas pour ses polémiques, mais pour sa musique peut-être trop difficile d’accès ?

Also Sprach Zarathustra, un album difficile d’accès ?

Si le groupe a connu des périodes peu productives dans sa carrière, il n’en est rien depuis le début des années 2010. 3 ans après leur album Spectre, chanté tout en anglais (fait rare), les slovènes reviennent avec un 9e album, annoncé il y a à peine un mois. À l’origine, la musique avait été créée pour une production théâtrale de « Ainsi parlait Zarathoustra », basé sur le roman philosophique, du même nom, de Friedrich Nietzsche. Tu le comprends, Also Sprach Zarathustra n’est donc pas qu’un simple album de Laibach. C’est un projet artistique global, où la musique importe plus que le chant. Si tu attends un album dans la pure tradition de Laibach, gros sons métalliques (au sens industriel du terme), voix grave et soviétique des années 1980, textes virulents, passe ton tour (bien que je te le déconseille fortement). Car malgré son accès assez difficile, Also Sprach Zarathustra doit être écouté.

Dès le premier titre, « Vor Sonnen-Untergang », on comprend que nous allons être déconcertés par cet album nietzschéen. Rares sont les titres, où nous pouvons entendre la voix de Milan Fras. Pour tout te dire, seuls cinq titres sur douze sont portés par la voix si particulière du leader de Laibach. Mais sur ces cinq titres (« Ein Untergang », « Ein Verkündiger », « Das Glück », « Das Nachtlied I » et « Als Geist »), le chanteur nous donne des frissons. Frissons d’angoisse voire de séquestration. On est pris à la gorge, on étouffe, on suffoque. L’espace de quelques minutes, on se retrouve piégé par Laibach. La sensation de retour dans les années soviétiques se fait encore plus ressentir, que dans les précédents opus du groupe.

Cette oppression, on la retrouve sur les 6 titres instrumentaux de l’album. Et c’est peut-être là que pêche cet album ! À qui est-il destiné ? Aux fans hardcore du groupe, qui avait pour habitude de danser et se déchaîner en écoutant leurs albums ? Aux amoureux de la musique classique (car indéniablement, il y a du classicisme dans cet album) ? Aux nostalgiques des années pré-1989 ? Oui, difficile d’accès est Also Sprach Zarathustra. Pour l’écouter, il faut être dans un certain mood. Chacun pourra définir lequel. Pour ma part, ce fut allongé les yeux ouverts, en contemplant un plafond blanc qui semblait se rapprocher de plus en plus, au fur et à mesure des minutes, et me téléportait dans une usine désaffectée de Prypiat, où des rats se faufilaient entre mes jambes.

« Vor Sonnen-Aufgang », LE CHEF-D’ŒUVRE de l’album !

Tu l’as donc compris, Also Sprach Zarathustra fait partie de ces albums inclassables. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faille le ranger et l’abandonner. Non ! Car, derrière cette froideur, se cache un album complexe, à écouter plusieurs fois. Crescendo, au fil des minutes, on monte en intensité. Jamais on ne dépassera le seuil des décibels d’un album folk, loin de là, mais l’angoisse montera jusqu’au chef-d’œuvre : « Vor Sonnen-Aufgang ». 

Laibach ne s’est d’ailleurs pas trompé, ce titre est le premier clip et single de l’album. Paru à l’occasion de la sortie de l’album le 14 juillet dernier, « Vor Sonnen-Aufgang » est mené de maître par l’autre chanteuse du groupe, Mina Špiler. Parfait sur le plan de l’esthétique comme de la musique, ce single nous renvoie à nos émotions les plus intérieures, que nous puissions avoir. Après une longue introduction de 2 minutes, digne d’un opéra, la douce voix de Mina nous susurre dans un sublime allemand « Oh Himmel in der Nacht, du Feiner, Tiefer ! Höher ! Ich weiss es schon, du willst mich los sein. »On reste ébahis par tant de beauté !

Silence is worse; all truths that are kept silent become poisonous.
Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathustra

Assurément, Also Sprach Zarathustra n’est pas à mettre dans toutes les mains, mais il faut au moins y goûter une fois pour l’appréhender et se faire une idée personnelle. Car, loin des polémiques, des provocations, des caricatures, cet album angoissant (et sublime par moment) révèle une toute nouvelle face de Laibach. Un groupe qui sait mettre mal à l’aise seulement avec sa musique, et non pas son visuel et ses paroles.

Un article, assez complet, sur la tournée du groupe en Corée-du-Nord peut se lire sur Slate.
« Oh toi, ciel nocturne, si délicat, si profond, si haut, je sais que tu veux te débarrasser de moi »

► Also Sprach Zarathustra, le 9e album de Laibach, sorti le 14 juillet 2017 chez Mute Records / PIAS
► En concert, le 24 Novembre au Trabendo (Paris)

Tracklist :

  1. Vor Sonnen-Untergang
  2. Ein Untergang
  3. Die Unschuld I
  4. Ein Verkündiger
  5. Von Gipfel zu Gipfel
  6. Das Glück
  7. Das Nachtlied I
  8. Das Nachtlied II
  9. Die Unschuld II
  10. Als Geist
  11. Vor Sonnen-Aufgang
  12. Von den drei Verwandlungen

 

 

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3 pensées sur “« Also Sprach Zarathustra », le nouvel album nietzschéen de Laibach

  • 19 juillet 2017 à 18 h 37 min
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    LAIBACH c’est mort depuis l’album NATO. C’est devenu de la grosse soupe façon MTV, de plus le NSK et tous les membres se sont barrés depuis bien longtemps. ça me fait rire tous les nouveaux « fans » qui adulent cette daube insipide.
    ALSO SPRACH était un projet de 300.000 VK; le Baron, un des membre fondateur du LAIBACH originel. Sortir cette merde (après les autres comme VOLK) sous ce titre, c’est juste chier sur l’esprit LAIBACH et sur le VRAI AVANT GARDISME.
    A VOMIR.
    Un ancien Fan des premières heures

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  • 19 juillet 2017 à 19 h 38 min
    Permalink

    Laibach – qui était déjà le nom de Ljubljana sous domination austro-hongroise qu’on retrouve sur les cartes d’époque et qui a été banni après la WWII – est plutôt un projet artistique total depuis sa création – et pas juste sur cet album. C’est subtil, avant-gardiste ou complètement punk certes mais ça vaut la peine de le rappeler.
    A quelle « voix soviétique » faites-vous référence dans la voix de Milan – qui n’est pas leader du groupe – qui « chante » ou « parle » en allemand, en slovène ou en anglais la plupart du temps? Ecoutez le très bon Krst pod Triglavom ou le mauvais Laibachkunstderfuge, vous verrez que l’approche de la « musique classique » n’est pas nouvelle pour le groupe. Quant à leur « idéologie » à proprement parler, vous seriez étonné de savoir de quel côté ils se situent mais là n’est pas le sujet, preuve en est que tout le monde s’est cassé les dents sur le nombre de signes contradictoires que le groupe renvoie et cela reste une de leur grande réussite et provocation.

    Ceci étant, cet album est très agréable et inspirant.

    Une fan de la première et de la dernière heure 😉

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  • 19 juillet 2017 à 20 h 38 min
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    OMG ! Pas de doute. Les slovènes sont toujours aussi sulfureux ! 🙂

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