Adna : « La mélancolie ne peut exister sans la tristesse »

INTERVIEW – Premier concert en France. Première partie d’Agnes Obel. Adna fut l’un des coups de cœur d’Europavox. Nous l’avons rencontrée à cette occasion.

Adna fait partie de cette nouvelle génération de la dreampop nordique, qui émerge de plus en plus en France. Bien qu’elle soit encore trop peu connue en France, la suédoise a pu fouler, lors du festival Europavox 2017, pour la première fois les planches d’une scène française. Malgré des problèmes d’avion, qui l’ont empêché d’arriver dans les meilleures conditions possibles, Adna a conquis le public, venu spécialement pour voir la danoise Agnes Obel. À cette occasion, Rocknfool a donc rencontré la chanteuse suédoise, afin de parler de sa musique, de la mélancolique qu’elle nous offre sur chacun de ses albums, mais aussi de culture suédoise et européenne.

Tu viens de Suède, tu as des origines bosniennes et tu vis désormais à Berlin. On peut dire que tu es une vraie citoyenne européenne. Alors, qu’est-ce que cela signifie pour toi d’être européenne ?
Je ne sais pas exactement ce que cela signifie pour moi, mais bien sûr, je perçois la chance que j’ai d’avoir toutes ces cultures en moi. Grandir avec différentes cultures, avoir plus qu’une langue maternelle, avoir la capacité de comprendre tous les types de personnes (du moins, je l’espère) et avoir la possibilité de comparer tout cela est un vrai privilège.

Parlons de ta musique. En 2014, tu as décidé de partir à Berlin pour enregistrer ton deuxième album. On sait que beaucoup d’artistes suédois et nordiques vivent dans la capitale allemande, qui a une vraie histoire avec la musique. Quand tu es arrivée à Berlin, que recherchais-tu exactement et est-ce que cela t’a donné plus d’opportunités musicales qu’à Stockholm ?
Honnêtement, ce n’est que par des concours de circonstances, que j’ai atterri à Berlin. Je venais de finir mes études en Suède et je voulais me retrouver dans une ville, où je ne connaissais personne, afin de prendre un nouveau départ et explorer le monde de la musique sans me restreindre aux règles de celle-ci. Berlin me semblait la meilleure solution, car on y trouve un environnement qui inspire à la création. Pour ma part, je trouve que toutes les villes natales, d’où nous venons, nous deviennent trop petites aux fils des années. J’avais donc besoin de vivre de nouvelles expériences, afin de me renouveler dans mes créations artistiques.

« La Dreampop fait partie de la mélancolie nordique avec laquelle nous avons tous grandi »

La Suède est l’un des plus grands pays musicaux au monde. Elle est même la troisième exportatrice de musique après les Etats-Unis et le Royaume-Uni. On peut étudier la musique assez jeune, contrairement à la France. Est-ce que tu trouves que la Suède aide plus les jeunes à devenir des artistes ? Ou est-ce difficile, aussi, en Suède ?
Définitivement, nous avons accès à beaucoup d’aides. Rien que le fait de pouvoir choisir, dès le plus jeune âge, un parcours musical à l’école est énorme. Et puis, la politique suédoise permet aussi d’obtenir des aides financières, si l’on souhaite devenir artiste.

La Suède est aussi connue pour faire partie des grands pays de Dreampop. C’est exactement ce que tu joues et quand l’on t’entend, on pense à la scène féminine portée par Nina Kinert, Jennie Abrahamson, Ane Brun, mais aussi à Jonathan Johansson, etc. Es-tu d’accord pour dire que la Suède a une recette magique pour créer de l’excellente Dreampop ? Et pourquoi est-elle si répandue en Suède ?
Je pense que cela fait partie de la mélancolie nordique avec laquelle nous avons tous grandi. Elle nous inspire et dans un certain sens, elle nous fait sentir chez nous.

Ta musique est très sombre, tout comme l’environnement de tes clips. Encore une fois, il y a de la mélancolie autant dans ta musique que le visuel que tu utilises. Que signifie le mot « mélancolie » pour toi ? Et le différencies-tu du mot « tristesse » ?
C’est de la belle tristesse. La mélancolie, c’est un peu comme faire le deuil de ce que tu as perdu, tout en appréciant ce que tu as eu la chance de garder. Mais je ne pense pas que la mélancolie soit un synonyme de tristesse, car l’une ne peut exister sans l’autre.

« J’avais besoin de vivre une nouvelle expérience, de me renouveler dans mes créations artistiques »

Pour finir, laisse-moi te poser quelques questions rapides. Quel est, actuellement, l’artiste nordique que tu aimes écouter ? 
Jonathan Johansson est quelqu’un que j’aime beaucoup écouter depuis de nombreuses années.

Quel est ton lieu favori à Stockholm, pour jouer de la musique ? 
J’ai joué une fois au Dramaten (le Théâtre Dramatique Royal), et vraiment c’était probablement l’une des plus belles salles que j’ai vue jusqu’ici.

Et à Berlin, quel est ton endroit préféré pour jouer de la musique ?
Je n’en ai pas encore un, mais j’ai vu beaucoup de concert au Admiralspalast, qui est une magnifique salle.

Quel est le dernier livre que tu aies lu ?
En fait, je ne lis pas vraiment de livres…

Quel est le dernier film que tu aies vu ?
Je ne me souviens pas exactement du dernier, mais c’était probablement un drame romantique américain, quelque chose comme ça.

► Closure, le 3e album d’Adna, sorti le 17 mars 2017, chez Despotz Records
► Propos recueillis par Renaud (30 Juin 2017, lors du Festival Europavox).

 

Tracklist 

  1. Closure
  2. Overthinking
  3. Leave
  4. Now
  5. Thoughts
  6. If
  7. Soaked Eyes
  8. Hide Me In Smoke
  9. Someone’s Someone

 

 

À LIRE AUSSI

>> Europavox 2017 : Ode à la mélancolie avec Agnes Obel en tête d’affiche
>> Agnes Obel : « Je ne crois pas faire de la musique mélancolique. »

Advertisements

Laisser un commentaire