Marquis de Sade, un retour inespéré immortalisé en DVD

KDO – Marquis de Sade est remonté sur scène, à Rennes, le 16 septembre dernier. Une reformation inattendue, inespérée pour les fans de ce grand groupe. C’était à Rennes, c’est désormais immortalisé dans un DVD.

Je n’y étais pas. C’était the place to be. Le Liberté à Rennes, un 16 septembre 2017. Marquis de Sade remontait sur scène. J’aurais voulu y être, mais je n’y étais pas. Heureusement, des caméras étaient là pour capter le concert. Et les bandes font désormais l’objet d’un DVD et d’un CD live qui seront commercialisés dès le 15 décembre. J’aurais envie de vous parler de Marquis de Sade. Mais après avoir lu la bio rédigée par Dominique A, je me sens super nulle et aucun de mes mots ne semblent juste. Ce que je vais faire, c’est un méchant ctrl V + ctrl C et vous partager ses mots à lui. Parce qu’ils sont parfaits, les mots de Dominique A.

« C’est l’histoire d’un geste suspendu. Un geste qui n’attendait pas forcément de résolution, et qui aurait pu rester en l’état, dans un entredeux. 36 ans après avoir été coupé dans son élan, il a toutefois repris sa trajectoire, sans avoir perdu de sa grâce, ni de sa nécessité. La chose est rare. En musique, on connait surtout des enchanteurs d’hier qui reviennent nous annoncer que la fête est finie. Il semblerait qu’on en veuille souvent à nos souvenirs. Et ceux qui nous ont jadis nourris, transportés, sont parfois les premiers fossoyeurs de la magie d’antan. Etrangement, je n’ai pas craint une seconde que ce soit le cas avec Marquis de Sade. Je n’ai pas éprouvé le scepticisme habituel à chaque annonce de reformation. Quand j’ai appris qu’ils revenaient aux affaires le temps d’un concert, mon premier réflexe a été le bon : j’ai pris ma place. Pas tant pour faire les yeux doux à ma jeunesse enfuie que pour savoir enfin ce que « ça » faisait de recevoir frontalement ce son là, ces chansons là, en direct. Marquis de Sade a toujours été un groupe intimidant. Il était finalement plus simple de se raccrocher aux émanations de celui-ci après sa dissolution, Marc Seberg dès leur second album ou Octobre : leurs répertoires respectifs étaient moins âpres, plus aimables pourrait-on dire. Mais la trace laissée était indélébile. On en parlait comme de notre Velvet à nous. On regardait d’un autre œil ceux qui nous disaient les avoir vus sur scène. La ferveur était intacte.

Je me souviens d’une chronique de Philippe Manoeuvre parlant de gens qui avaient acheté les disques de Marquis de Sade rien que pour le nom du groupe. On en était là, oui. Absent, le Marquis ? Ce n’est pas ce que nous disaient nos oreilles quand on tombait sur une vidéo du groupe, qu’on entendait un de leurs morceaux ; il était d’une époque, évidemment, mais jamais on ne pensait qu’il fût « daté ». L’intensité n’a pas d’âge. Alors le 16 septembre 2017 à Rennes, on eût finalement moins le sentiment de retrouvailles impromptues ou trop longtemps différées, que d’une évidence : le geste méritait une suite, depuis toujours. Et que ce fût un nouveau départ ou une fin en soi n’importait pas. L’essentiel était que ça se produise, et que l’attente ne soit pas déçue. Tous ceux qui étaient là vous le diront : nous avons ce soir-là été emmenés par Marquis de Sade bien au-delà des attentes. D’abord du fait de la grâce des chansons elles-mêmes, tant celles de « Dantzig Twist » que celles de « Rue de Siam », qui ont conservé leur pertinence et leur tranchant. Tant dans les moments de tension (« Henry », « Conrad Veidt »…), que dans les passages plus atmosphériques (« Silent world », « Rue de Siam », une veine qu’on rêverait de voir le groupe creuser, si d’aventure…), la qualité et la modernité de leur écriture frappaient à nouveau les esprits. Le groupe n’a pas été en reste, d’une cohésion étonnante, convoquant comme hier Television, Pere Ubu ou les Talking Heads ; les guitares de Franck Darcel avec Tox Géronimi en renfort, la section rythmique d’Eric Morinière et Thierry Alexandre, et le sax de Daniel Pabeuf ont dialogué avec le même à propos, la même absence de complaisance qu’avant. Et puis, bien sûr, il y a Philippe Pascal. A la voix et au magnétisme inaltérés. Dire de lui qu’il est habité serait peu : pour paraphraser Bashung, il est « noir de monde ». Empli de cette humanité sensible jusque dans l’émouvante et sobre dédicace aux amis disparus. Avec cette pudeur que les imbéciles, accoutumés à la démagogie scénique lambda, ont toujours confondu avec de la froideur.

Il m’est arrivé à plusieurs reprises de croiser Philippe, et je ne pouvais à chaque fois m’empêcher de lui demander quand il comptait « revenir ». Il me répondait immanquablement avec une fermeté pleine de courtoisie que la musique réclame qu’on lui accorde toute la place et que pour l’heure, la place était prise. C’est une idée de l’engagement, qui est celle du groupe dans son ensemble. L’enregistrement du concert du Rennes en rend bien compte : on ne joue pas « ça » comme ça, avec cette force et ce soin porté au visuel, projections vidéo et lumières de haute volée à l’appui, sans être pleinement investi, sans que le don soit total. A mille encablures de la dictature contemporaine du « cool », d’un détachement prétendument de bon aloi. En même temps qu’une certaine idée de l’élégance. Cette élégance que Marquis de Sade injecta un jour dans le rock en France, à une époque où celui-ci en était si peu pourvu. Et qu’il réinjecte aujourd’hui encore via son concert, et cet enregistrement live, réactivant un répertoire dont l’éclat a sans doute, avec le recul, galvanisé ses propres créateurs. On se plaira à penser qu’ils en ont été les premiers surpris, voire troublés, et que ce trouble a sa part dans la fraîcheur de la revisitation. Etre dépassé par ce qu’on a écrit, joué : il n’est pas de meilleur ressenti pour un artiste, ni de preuve plus tangible d’une nécessité. »

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