À quoi ça sert, la musique ?

BILLET D’HUMEUR – C’est une question que l’on m’a souvent posée : à quoi ça te sert, la musique ? À tout. À vivre.

Il y a une phrase que l’on m’a souvent dite. Ceux qui ne font pas partie de ma petite bulle musicale. On m’a souvent demandé : « Ça t’apporte quoi la musique ? Ces concerts où tu vas ? À quoi ça te sert ? ». Je n’y ai jamais vraiment réfléchi. Aussi loin que je me souvienne, la musique a toujours fait partie de moi. Il y a une question que je pose souvent aux artistes que je rencontre : quel est ton premier souvenir musical ? J’ai essayé de répondre moi-même à cette question : j’avais quatre ou cinq ans. C’est le thème musical du film 1492, Christophe Colomb. Je venais de remporter une compétition de gymnastique et quand je suis montée sur la première marche du podium, c’était cette musique qui retentissait. Avant que ce soit les concerts qui me nourrissent, les albums de rock ou de folk, c’était via la gymnastique et la danse que je vivais la musique.

« Mon outil de travail. Vu que je suis danseur classique, c’est indispensable. »

Dans les compétitions, il y a la technique qui est notée, mais aussi l’artistique, l’expression, le rapport entre les mouvements et la musique sur laquelle on performe. Dans ce milieu-là, il faut incarner, il faut vivre la musique. Et donc l’écouter avec une attention toute particulière. Il faut savoir transformer une émotion, traduire les sons que l’on entend dans le langage corporel. C’est comme ça que je vivais la musique.

À quoi ça sert la musique ? Pour certains, ce n’est qu’une suite d’accords sur laquelle on danse en discothèque, c’est une mélodie que l’on entend au supermarché, qui nous tient compagnie quand on roule en voiture, quand on court le soir, quand on fait le ménage. Pour moi, la musique c’est plus que ça. C’est un compagnon de vie. Il n’y a pas une journée qui passe sans que j’écoute de la musique. Pas un jour sans que je ne lance un titre de David Bowie, que je réécoute un morceau de Damien Rice ou du Velvet Underground. D’ailleurs Lou Reed et Bowie ornent les murs de mon appartement dans des tableaux XXL.

« Les émotions, les sensations, les sentiments, la vie. »

Pour moi, la musique se rapproche d’une religion. Je ne crois pas en Dieu, ni en des dieux. Cicéron disait que la religion est « le fait de s’occuper d’une nature supérieure que l’on appelle divine ». Pour moi, la musique a quelque chose de divin. De supérieur justement. Elle transcende, elle traverse les frontières, elle est universelle. Dans un coin de la planète et à son opposé, deux personnes peuvent écouter le même titre, ressentir une chose différente ou quelque chose de très semblable. Elles peuvent pleurer, ou sourire. Elles peuvent apprécier seulement la mélodie ou en comprendre les paroles. Elles peuvent se sentir mieux, elles peuvent être heureuses l’espace de quatre minutes parce qu’elles ont eu l’impression que quelqu’un a écrit ce qu’elles ressentaient, parce que quelqu’un d’autre a posé des mots sur leurs maux à elles.

« La musique a ce pouvoir de m’impressionner, de titiller mon intelligence, de m’émouvoir au point de me faire pleurer ou de me faire exploser de bonheur. »

La musique apaise, rend heureux. Elle peut avoir des vertus thérapeutiques, elle est souvent utilisée pour aider les patients souffrant de la maladie d’Alzheimer, pour aider à attraper quelques souvenirs fuyants. Elle calme les plus nerveux, les turbulents, les stressés, les dépressifs. Elle motive. Elle est partout. À quoi ressembleraient les films et les séries que tu regardes sans la musique qui accompagne les moments clés ? Elle est discrète, mais elle est là. Elle était là avant que les personnages ne parlent. Parce qu’elle est langage. Rousseau expliquait que la musique était le langage fondamental, l’expression la plus pure, la manifestation de l’âme. J’imagine qu’il n’aurait jamais imaginé l’état actuel du paysage musical.

« La musique, c’est une ouverture au monde, une introspection, un langage commun qui parfois se passe de mots. La musique aide à percevoir le silence. »

Elle peut être vecteur d’un message de paix ou d’espoir. Combien de fois a-t-on chanté « Imagine » de John Lennon, ces dernières années, dans des moments particulièrement difficiles et douloureux, en se disant qu’un jour ça ira ? La musique peut être une arme. Pacifique. Un moyen de contestation. Une façon de protester sans avoir recours à la violence. Une manière d’être engagé à sa petite échelle. La musique se transmet, circule. C’est comme ça que je définis l’objet de la musique. Elle peut n’être qu’un divertissement mais elle peut aussi être porteuse de message. Woody Guthrie écrivait sur sa guitare qu’elle « tuait les fascistes », Dylan était un symbole des années 1960, un porte-parole des mouvements anti-guerres, Sixto Rodriguez, l’icône – malgré lui – du militantisme contre l’apartheid, Nirvana a exprimé le mal-être d’une génération, certes malgré eux.

« Tout ou presque. C’est une partie de mon job. C’est mon oxygène. C’est mon lien aux autres. C’est mon refuge. C’est ce qui me permet souvent de ressentir les choses ou d’extérioriser mes sentiments. »

La musique rassemble. Pour moi, il n’existe pas d’art plus rassembleur que celui-là. Un concert, pour moi, c’est une heure et demi durant lesquelles des personnes, qui ne se connaissent pas, partagent un moment privilégié. Ils aiment, ils rient, ils dansent, ils pleurent. Ils vivent. Ils sont heureux. À quoi ça sert la musique ? À être heureux. À vivre mieux. Visiblement, je ne suis pas la seule à penser que la musique est comme l’air dont a besoin nos poumons. Il y a quelques jours, j’ai demandé sur Twitter : « Qu’est-ce que ça représente la musique pour vous? ». Les réponses m’ont tellement émue et confortée dans l’idée que c’est quelque chose de vital, qu’il fallait que je les incorpore dans ce billet d’humeur. Ou d’amour d’ailleurs.

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