Gael Faure : « Regain » ou l’appel de la nature

CHRONIQUE – Ce vendredi 26 janvier, Gael Faure dévoile son nouvel album « Regain ». Un album organique et charnel sur la nature et l’Humain.

J’écrivais récemment un billet sur mon rapport à la musique. Pour moi, la musique est un refuge, un moyen de trouver des mots sur les sentiments qu’on ne parvient pas à exprimer. C’est un moyen de protester, de contester, de partager des idéaux, des émotions. Je ne suis pas dans la tête de Gael Faure, mais en écoutant Regain, son nouvel album, j’ai eu l’impression qu’il partageait la même vision de la musique que moi. L’album m’a happée, dès le premier titre. J’ai une manière particulière d’écouter un album pour la première fois. Je le lance, au lointain, je fais mes choses habituelles pour voir s’il va attirer suffisamment mon attention à la première écoute. Dès le premier titre, j’ai arrêté ce que je faisais, intriguée par ce que j’entendais. Ça ne ressemblait pas à la musique qu’il avait l’habitude de faire.

(r)évolution

Pour ceux qui suivent le jeune homme depuis le début, Regain va certainement les dérouter. Certains parleront de révolution, je dirais juste qu’il s’agit d’une évolution. On ne veut pas les mêmes choses à 25 et à 30 ans. Quatre ans sont passés depuis De Silence en Bascules, les envies et les aspirations ne sont pas les mêmes. Cet album représentait les premières graines et, aujourd’hui, la musique de Gael Faure s’est étoffée. Elle n’a pas changé, elle a grandi. À 30 ans, on s’affirme, diraient les magazines féminins. On s’assume, on se bat fièrement pour ses idées… Et non pas pour un pot de Nutella à 1,40 euros à Intermarché. Se battre, littéralement, pour acheter des litres d’huile de palme, quel est l’intérêt ? Gael Faure rit jaune, j’imagine. Cette digression n’est pas sans raison. Parce que dans ce nouvel album, c’est l’environnement et l’humain qui sont au centre centre du sujet. Le corps de l’homme qui s’abîme, l’appel de la nature, la défense de cette planète qui va mal. Si ce n’est pas évident pour toi aux premiers abords, intéresse-toi au titre lui-même de l’album.

L’appel de la nature

Dans le langage commun, le regain, c’est la reprise d’un avantage perdu, mais en agriculture, c’est l’herbe qui repousse après la coupe qui est ainsi nommée. Et si tu ne vois toujours pas le thème de l’environnement ni en clair, ni en filigrane, il suffit d’écouter très attentivement « Colibri », référence plus qu’explicite au mouvement éco-citoyen du même nom. Une chanson écrite après la lecture du livre Vers la sobriété heureuse de Pierre Rabhi. Il te suffit aussi de relancer « La Saison », le premier single : hommage au peuple Tamang, dont le clip aborde la question écologique.

Quand ce n’est pas le collectif, c’est l’humain en lui-même que Gael Faure chante. L’humain et ses douleurs physiques, les fausses postures sociales (Éreinté, Siffler, Caractère). Et il y a aussi l’amour, toujours : « Le goût des choses », « Les Visages officiels » mais surtout « Traverser l’hiver », cette ballade douce et amère qu’on a entendue des dizaines de fois, que j’ai écoutée des centaines de fois et qui explique les problématiques amoureuses, les relations, la peur de l’engagement et les personnes qui n’ont pas les mêmes aspirations. Enfin, elle est immortalisée sur un album.

Musicalement, Gael Faure a aussi mûri. S’il ne dit pas adieu au folk des premiers temps, il l’agrémente, l’orne, le magnifie avec un blues hypnotique par moments, des nappes électroniques vaporeuses, une basse sensuelle, une guitare électrique et électrisante qui happe et fascine. Le dosage entre le brut et le mixé est harmonieux, il donne un album à la fois langoureux, élégant et hypnotique. Deux titres le sont d’ailleurs particulièrement : « Lonely Hours », délicieusement bluesy et le chamanique « Only Wolves ». Les paroles sont de Piers Faccini.

Authentique

Pour évoquer cette chanson, il dit : « le loup crie à la lune. Il appelle l’homme pour qu’il n’oublie pas d’où il vient et qui il est. Interpellé par la voix de l’animal, l’homme ayant perdu sa connexion à la nature, devient hypnotisé. Il suit le cours de la note et du cri et petit à petit, il retrouve son instinct. Cherchant sa racine, il découvre son chemin, par le biais de la voix ». Je crois que Piers Faccini est, finalement, celui qui résume le mieux l’album tout entier de Gael Faure : ce besoin de retrouver sa connexion à la nature, ses racines et son instinct. Je ne dirai pas que c’est l’album de la maturité, cette expression qui ne veut rien dire mais que les journalistes aiment tellement utiliser. C’est un album sincère et authentique, parce qu’il aborde des problématiques chères au cœur de Gael Faure. Ce ne sont peut-être pas toujours ses mots à lui, mais je suis certaine qu’il pense tout ce qu’il chante. Et c’est ce que doit être la musique, le moyen de partager ses sentiments et ses idéaux.

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