Denique : sans doute, vient-il du futur

NEWCOMER – Denique Leblanc risque de devenir ta véritable obsession. Artiste touche-à-tout, il est un véritable ovni musical à l’univers multi-dimensionnel. 

Il a le visage d’un ange. Les traits fins, les yeux très bleus, les cheveux très blonds. Le teint diaphane. Denique ne passe pas inaperçu quand on le croise dans la rue. Peut-être est-ce dû au fait que, parfois, il porte du rouge à lèvres noir. Et cela paraît tellement normal. Rien de choquant, bien au contraire. Ça lui va si bien que j’en suis presque jalouse. Denique est un personnage comme la musique en connaît quelques-uns, mais pas assez. Si le monde avait plus de personnalité comme la sienne, j’imagine qu’il irait beaucoup mieux. J’imagine aussi que si David Bowie avait croisé sa route, il l’aurait tout de suite adoré.

C’est en l’ayant rencontré à Montréal, deux fois, que je me suis fait la réflexion. En cherchant un peu sur internet, je tombe sur une déclaration qu’il avait faite à Trois Couleurs. Si son album, Shape 1 était un film, ce serait « un documentaire sur un jeune extra-terrestre qui quitte sa planète et atterrit sur Terre pour étudier et découvrir l’humanité. Se sentant mis au ban de la société et rejeté, il décide alors de s’ouvrir sur son passé et sa vie dans un autre univers. Tout au long du chemin, il découvrira le concept d’amitié et l’impact de la dynamique familiale sur le développement de l’être humain. Plus le temps s’écoulera, plus il réussira à trouver sa place, à s’adapter à ce nouveau monde mais restera tourmenté par la lutte intérieure, entre son désir d’intégration et son devoir de retourner sur sa propre planète ». Évidemment, dans ma tête, des images de « The Man Who Fell To Earth » me viennent. C’est quasiment le synopsis. D’ailleurs, avec ses costumes qu’il conçoit lui-même et cet univers à la croisée des styles musicaux, il aurait eu sa place dans le clip d' »Ashes to Ashes ». Oui. Je suis persuadée que Bowie l’aurait aimé.

Le nom de Denique ne te dit peut-être rien. Pour l’instant, en tout cas et c’est dommage. Tu devrais jeter une oreille et surtout bien ouvrir les yeux en t’intéressant à ce projet parce que c’est une expérience multi-sensorielle. Parce que la voix de ce jeune homme te colle des frissons, qu’il développe une pop très expérimentale sans doute influencée par ses années en Islande. Là-bas, on appréhende la musique différemment. Elle est un moyen de connexion entre les différents arts. Nouveaux et anciens. La technologie, le design, le dessin, le stylisme, tout se mélange, se croise et forme un tout. Björk, Jonsi ont ouvert cette voie-là, et c’est dans cette brèche que Denique s’engouffre. Et, cela, se retrouve dans l’univers très visuel du jeune homme. Ses vidéos – qu’il réalise lui-même – sont de véritables petits bijoux. Aussi étranges que fascinantes, folles que géniales. J’ai toujours pensé que la folie et le génie vont de pair. Cela ne m’étonne donc pas.

Sensible et engagement politique

Souvent, lorsqu’un artiste met l’accent à ce point sur le visuel, musicalement ça peut pêcher. Ça peut laisser de marbre, parce que trop froid, trop réfléchi, trop intellectualisé. Pas dans Shape 1. C’est un album sensible, authentique, parfaitement humaniste, engagé, ambitieux. Sensible et authentique, parce qu’il reflète toutes les facettes de sa personnalité et raconte l’histoire de Denique. Une profonde introspection sous forme de journal intime sonore emballé dans le plus beau des écrins à destination de tous. Humaniste parce que ce sont les relations et l’être humain qui sont les thèmes principaux traités par Denique, la défense des droits LGBTQ, notamment dans le titre « Political Trolls » (vive critique de la politique de Trump dans laquelle on entend des extraits des discours de la militante anti-LGBT Anita Bryant) ou de la nature et de l’environnement dans « Sensitive Plant ».

En ces temps troubles, ce sont les arts qui sauvent. Il n’y a pas si longtemps que ça, je me faisais la réflexion suivante : quand les sociétés et les droits reculent, ce sont souvent les musiciens qui ont fait de leur instrument, une arme. Je ne vois pas vraiment de rébellion actuellement, je ne vois pas non plus beaucoup d’artistes réellement. Sans postures ou par effet de mode.

Quand j’ai écouté Shape 1, la première fois, la première phrase qui m’était venue à l’esprit était un bout de chanson de Pierre Bachelet : « pour moi c’est sûr, elle est d’ailleurs ». Je crois qu’il n’y a pas de meilleure manière de décrire Denique, sa musique, sa pureté, sa sensibilité. Pour moi, c’est sûr, il est d’ailleurs. Et, il se trouve que la traduction française de « The Man Who Fell to Earth » est « l’homme qui venait d’ailleurs ». La boucle est bouclée.

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