La Forme de l’eau : la vie aquatique de Guillermo del Toro

CHRONIQUE – Conte de fées moderne et humaniste, qui oscille aussi entre comédie musicale et thriller, « La Forme de l’eau » de Guillermo del Toro est dans les salles depuis le 21 février. On vous dit ce qu’on en a pensé.

C’est LE film dont tout le monde parle en ce moment. La Forme de l’eau de Guillermo del Toro est sorti dans les salles depuis le 21 février. On a voulu juger par nous-mêmes si le long métrage du cinéaste mexicain, grand favori des Oscars déjà auréolé du Lion d’or à Venise, de plusieurs Golden Globes et BAFTA Awards, valait vraiment le coup.

On va être clair tout de suite, La Forme de l’eau n’est pas aussi époustouflant qu’on espérait. On laissera de côté les accusations de plagiat de Jean-Pierre Jeunet qui entourent le film (même si on pense parfois inévitablement à Amélie Poulain) tant Guillermo del Toro a su créer son propre univers, à la fois fantastique, poétique et onirique, depuis ses débuts. Avec La Forme de l’eau, il concrétise tout ce qu’il a fait jusqu’à maintenant en nous plongeant dans les États-Unis du début des années 1960, alors en pleine guerre froide. Derrière l’ambiance rétro du film, baignée de sublimes couleurs bleu-vert, se dessine en arrière-plan une Amérique raciste, misogyne et ultra consumériste (un peu comme celle de maintenant en fait…).

Une ode à la différence

Les freaks, c’est le crédo du réalisateur depuis toujours. Avec La Forme de l’eau, il signe une merveilleuse ode à la différence. Ici, tout comme dans Hellboy ou Le Labyrinthe de Pan auparavant, il porte en héros des rejetés, des persécutés de la société. Elisa (Sally Hawkins, dans son meilleur rôle) est muette et travaille comme femme de ménage dans un laboratoire gouvernemental secret. Elle a pour seuls amis son voisin Giles (Richard Jenkins), quinquagénaire homosexuel sur le point de se faire virer et sa collègue Zelda (Octavia Spencer), femme noire méprisée par son mari. La vie tranquille et routinière de la brunette bascule quand elle tombe amoureuse d’une créature aquatique, fruit d’une expérience ultra confidentielle sur son lieu de travail. Un amour qui sera mis à mal par le méchant colonel Strickland (Michael Shannon, impeccable comme toujours), symbole de brutalité, de froideur.

Jeu de formes

Dans le fond, La Forme de l’eau n’est qu’une romance au schéma narratif (trop ?) simple, mais dans la forme, le film tend autant vers le conte de fées moderne que la comédie musicale ou le thriller. C’est ce qui fait tout son charme. Guillermo del Toro se joue des codes pour donner naissance à une romance charnelle où le toucher et les corps-à-corps remplacent les mots. Ici, tout est une question de fluide. Même la moindre goutte d’eau est propice à une nouvelle idée visuelle. On aime aussi le design de son monstre amphibien aux grands yeux plein de tendresse et d’humanité , on aime son jeu sur les couleurs, son humanisme, son casting parfait, son lyrisme, sa mise en scène et sa photographie somptueuses, mais il nous a manqué le petit truc en plus pour plonger entièrement dans son histoire.

Si Guillermo del Toro ne nous a pas touchés en plein cœur avec son idylle aquatique, on reste convaincu par son imagination et sa créativité débordantes. C’est déjà pas mal.

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