Lou-Adriane Cassidy : « Je n’ai aucun complexe à être interprète »

INTERVIEW – On a voulu en savoir plus du projet de la talentueuse Lou-Adriane Cassidy sélectionnée aux Francouvertes 2018. Rencontre.

Lou-Adriane Cassidy est dans le radar de Rocknfool depuis quelques mois déjà. Après un passage à l’émission La Voix, la Québécoise a sorti fin 2017 un premier single de toute beauté. Interprète, auteure et compositrice à la voix de velours, Lou-Adriane Cassidy fait partie de la sélection 2018 des Francouvertes. Elle prépare aussi parallèlement son premier album dont la sortie est prévue pour l’automne 2018. On a retrouvé la jeune femme dans un joli café de Villeray en fin de matinée, entre fleurs fanées et lattés pour discuter de tous ses projets dans la joie et la bonne humeur.

Rocknfool – En préparant cette entrevue je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas grand chose sur toi en ligne à part deux chansons, une de ton passage à La Voix et ton tout premier single « Ça va, ça va ». Est-ce qu’on peut faire comme pour un article de presse avec les W questions ? Who, What, Where, Why ?
Lou-Adriane – Mon projet est super jeune ! J’ai sorti ma première toune en octobre, mais ça fait peut-être un an et demi que je monte mon répertoire. À la fois le projet va vite, à la fois ça ne fait pas si longtemps. Je viens de Québec mais j’habite à Montréal depuis six mois. Je passe la moitié de mon temps à Québec. J’ai tout le temps fait pas mal de musique : je suis née là-dedans, j’ai étudié la musique au Cégep, au Secondaire, au Primaire, ça a tout le temps été là.

Tu es venue à Montréal pour la musique ?
Techniquement j’avais fini ma technique de trois ans en chant pop-jazz au Cégep, et j’étais tannée d’étudier en musique. Je voulais continuer à en faire mais je trouvais que j’étais allée assez loin dans ces études-là. Je voulais développer plus le projet, faire de la scène, des shows, rencontrer des gens… tout en ayant une sorte de cadre dans ma vie. Donc je suis partie faire un certificat en philosophie à l’UQÀM. Mais finalement j’ai manqué de temps avec la musique, j’ai dû lâcher à mi-session. Là en ce moment je ne fais plus que de la musique. C’est trippant, je suis contente !

« Faire La Voix a été positif pour moi »

Est-ce facile de se détacher de l’étiquette La Voix ?
Je connais beaucoup du monde qui ont de la misère avec La Voix et je le comprends parfaitement. J’ai eu la chance de bien me positionner là-dedans, je me suis rendu en quart-de-finale, pas si loin que ça finalement. Donc certaines personnes personnes m’ont vue, ce qui m’a fait une petite base de gens qui me suivent sur Facebook, et j’ai aussi rencontré beaucoup de collaborateurs dans la musique grâce à ça. Ça m’a presque plus donné une reconnaissance du milieu de la musique que du public. J’en parle facilement, je pense que ça m’a surtout permis de dire « Allô ! Hey ! ». Ça a été positif pour moi.

Souvent ce n’est pas facile de sortir son projet personnel après cette expérience, sans être trop étiqueté. 
J’en parlais il y a pas longtemps avec Matt Holubowski. On disait que les projets qui avaient marché en dehors de La Voix étaient soit anglophones, soit vraiment dans le cadre de l’émission, un peu Énergie, Rouge FM. Je n’ai pas vu de projets francophones qui sortaient du lot, je ne sais pas pourquoi… j’espère qu’il n’y a pas de malédiction ! (rires). Après dans les projets anglophones Charlotte Cardin s’en est super bien tirée, Matt Holubowski aussi, Soran Dussaigne, Geoffroy… Mais bon, on a le temps, ça fait que six ans que La Voix a commencé !

Tu fais pas mal de reprises, quels sont les artistes que tu aimes reprendre en ce moment ?
J’accorde beaucoup d’importance au travail d’interprète. C’est un peu laissé de côté au Québec en ce moment, comme avec dédain. On a un peu tendance à survaloriser le « tout faire soi même ». Reconnaître ses faiblesse fait aussi partie du travail d’un artiste, comme accepter que certains écrivent moins bien que d’autres, que certains interprètent mieux que d’autres… Si on exploitait les forces de chacun, je pense que ça ferait des projets encore plus beaux. On m’a écrit trois chansons au complet dans mon répertoire. Mais j’aime beaucoup faire des reprises dans mes shows, notamment de gens qui sont pour moi de grands poètes, des emblèmes de la chanson parce que je pense qu’ils savent mieux dire que moi des sujets plus forts. Même si j’essayai je ne pourrai pas arriver à la cheville de Cohen, Desjardins ou Vigneault…

« Reconnaître ses faiblesse fait aussi partie du travail d’un artiste »

Ton premier single « Ça va ça va » a été écrit par Philémon Cimon, tu as en aussi une chanson des sœurs Boulay. Est-ce toi tu écris et composes également ?
Ma démarche artistique de création repose sur l’équilibre entre les chansons qu’on m’écrit, la co-écriture et les chansons que moi j’écris. La moitié des chansons que j’ai, je les ai écrites. On m’a écrit trois chansons au complet et le reste ce sont des co-écritures. Je trouve que les chansons qu’on m’a écrites sont souvent les plus intimes. J’ai l’impression qu’ils réussissent à avoir un œil plus clair sur ce que je vis. Il y a une chanson pour laquelle on m’a envoyée le texte et j’ai mis la musique dessus, mais mettre un texte sur une musique je ne pense pas que je serai capable. C’est comme si la musique était trop abstraite pour moi. Finalement c’est assez équilibré, j’aime vraiment ça ! Ça me permet de sortir d’un pattern d’écriture que j’aurais tendance à avoir.

Comment ça se passe tes collaborations justement ? Tu donnes des thèmes, des idées ?
Ça dépend des gens. Je ne veux vraiment pas qu’on me pitch une chanson et je la chante directement. C’est très important pour moi qu’il y ait un contact avec le compositeur. Moi je n’ai aucun complexe à être interprète, je trouve ça important et fun ! On devrait plus souvent travailler avec d’autres gens, c’est une des raisons pour lesquelles je fais de la musique en tout cas. Avec les sœurs Boulay on est allées bruncher une journée, j’ai raconté ma vie et ça a fait écho à quelque chose. Elles avaient une chanson qu’elles n’avaient jamais réussi à finir et mon histoire l’a comme finie. Une semaine après j’avais reçu la toune. Avec Philémon on s’est croisés à Petite-Vallée et on s’est dit qu’on allait essayer de faire quelque chose. On s’est vus plusieurs fois, on s’est beaucoup parlé, je me suis full ouverte là, un peu comme une psychanalyse (rires)… Tu veux donner du matériel de création, donc tu te confies à des gens que tu connais à peine ! À un moment donné on faisait de l’écriture automatique oralement, je lui ai donné un mot, et ça a fait la chanson.

Elle est très belle cette chanson !
Je l’aime beaucoup aussi. J’ai la goût de dire qu’elle me touche vraiment beaucoup, mais elle touche aussi beaucoup de monde parce qu’elle a quelque chose de vraiment universel. Je capote vraiment sur ce que fait Philémon. C’est un peu un génie.

Comment fais-tu pour appréhender tes textes ? Est-ce que pour les faire tiens tu peux les retravailler avec tes collaborateurs par exemple ?
Avec Philémon Cimon on n’a rien changé. Avec les sœurs Boulay on a changé des mini-affaires : une phrase dont j’aimais moins la tournure. C’était pas dans le fond, c’était juste une formulation de verbe. En tout cas je trouve ça plus facile de m’approprier les textes des autres que les miens. Car ce n’est pas parce que tu as écrit un texte que tu sais forcément comment le livrer. Ce n’est pas la même chose ! Une chanson, en dehors de toi, existe. Tu continues d’évoluer indépendamment de la chanson. Quand tu fais plusieurs spectacles tu n’auras plus la même vision de cette chanson, tu n’auras plus les mêmes points d’attaches. Les mots peuvent prendre différents sens au fil du temps.

« Je trouve ça plus facile de m’approprier les textes des autres que les miens »

On pense souvent que dès lors que tu écris une chanson, tu es la personne la plus à même de la chanter. Alors que pas forcément.
Parce qu’on a aussi du recul sur les textes des autres. Par exemple une reprise, tu l’as choisie, ça te parle, ça te dit quelque chose, même si tu n’as pas choisi les mots. C’est plus fort que ça, car cet agencement de mots vient t’interpeller. Un autre regard se pose sur la chanson. Alors que lorsque tu écris ton texte tu n’as pas ce second regard.

J’imagine toujours l’artiste qui travaille ses textes chez lui, en essayant de l’interpréter de différentes façons. Comment fais tu pour travailler ça ?
Certains le font je pense ! Ma mère a fait de la musique [Paule-Andrée Cassidy ndlr], et elle travaillait un peu comme ça, avec un côté plus théâtral. Mais pas moi (rires). Je pratique la toune à force de la faire en show. Une fois que je l’ai chantée 10 fois je me rends compte que je ne la chante plus pareil que la maquette. Je n’ai jamais été une grande « pratiqueuse » (sourire), même à l’école je n’étais pas très bonne pour ça ! Je travaille plus ma guitare, vu que ça fait pas longtemps que j’en fais. Je fais plus confiance à ma voix.

Tu t’es donc mise à la guitare, c’est cool !?
En secondaire j’étais dans un programme d’art-étude où on faisait des spectacles. On s’entre-accompagnait et c’était un running gag car j’étais la pire en guitare, j’étais pourrie. Il y a un an et demi je m’y suis mise à cause de la chanson des Boulay dont l’arrangement sonnait un peu trop folk pour moi. Il y avait quelque chose dans les accords que j’avais de la misère à assumer. Je voulais trouver une version à moi sans être dépendante de la première. C’est comme ça que j’ai commencé. Puis je l’ai faite en spectacle puis peu à peu je me suis mise à jouer toutes les tounes à la guitare. Ça s’est vraiment fait progressivement.

Tu passes lundi prochain aux Francouvertes. Est-ce que tu as des candidats préférés dans ce cru 2018 ?
Il y en a beaucoup que je ne connais pas. C’est drôle car souvent dans « la relève », on se connaît, dans les concours on se croise beaucoup. En plus j’étais malade les deux premières semaines donc j’ai manqué plein de shows. Sinon je connais Laura Babin depuis cet été, on a fait la Destination Chanson fleuve ensemble à Tadoussac, pendant 40 jours. C’était vraiment trippant. Je suis très attachée à elle et à ce qu’elle fait car j’ai plein de souvenirs en commun. Mathieu Bérubé aussi qui joue le même soir que moi : ce que j’ai entendu à chaque fois, ça m’a marquée. J’ai vraiment hâte de l’entendre.

Tu joues aussi bien seule qu’avec plusieurs musiciens. Tu as une formation préférée ?
Parfois je fais 20 minutes en solo, mais je suis souvent minimum en duo, notamment quand je suis en première partie. Les plus petits shows on fait ça en trio, et les plus gros shows en band à cinq ! Quand j’ai joué à 11h du matin je n’allais pas débarquer avec la batterie… (sourire) Mais c’est sûr qu’en band c’est trippant ! Je suis chanceuse car j’ai de très bons musiciens qui donnent vraiment leurs couleurs aux chansons et augmentent la qualité du projet ! Moi toute seule ça n’a pas le même impact du tout…

C’est quoi la suite de ton projet, de ta carrière ? Qu’est-ce qui s’en vient ?
Un album de 9-10 chansons arrive ! Je travaille dessus pour l’automne. Si tout va bien… On s’en va en studio début avril, cinq jours dans un chalet avec tout le band. Ça fait longtemps que c’est un projet, mais là ça commence à s’enclencher plus. J’ai aussi pas mal de spectacles de prévus, je suis vraiment contente. J’ai commencé à travailler avec mon agente il y a pas longtemps aussi, c’est vraiment le fun car je sens la différence dans les spectacles que je fais. Sinon je fais un peu partie du band d’Hubert Lenoir (The Seasons), je suis sa choriste-percussionniste ! Mon été va pas mal se diviser entre ses shows, mes shows et les festivals !

En concert lundi 5 mars au Cabaret du Lion d’or pour le soir 3 des préliminaires des Francouvertes aux côtés de Mathieu Bérubé et Valse Fréquence.

Propos recueillis par Emma Shindo

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