Laura Babin : « C’est pour la scène que je fais de la musique »

INTERVIEW – Rencontre avec la touchante et pétillante Laura Babin à l’occasion de sa sélection dans la 22e édition des Francouvertes.

Laura Babin c’était la seule artiste que je connaissais dans la sélection 2018 des Francouvertes avant de couvrir ce tremplin. C’est aussi celle que j’ai croisée par hasard dans un brunch de réseautage un dimanche matin. Je ne vous raconterai pas l’histoire, j’ai un peu honte. En tout cas, c’est logiquement que j’ai souhaité rencontrer cette jeune songwriter extra talentueuse à la voix éventée et à la guitare bien incisive qui prépare actuellement son premier album. C’est simple, j’adore ce qu’elle fait. Je retrouve Laura dans un ravissant café de Villeray où l’on s’installe sur un banc en vitrine, avec nos tasses de boissons chaudes et réconfortantes. Dehors, il fait extrêmement beau, la perspective d’une belle fin de semaine.

Rimouski ou Montréal ?
AAaahh (rires). Les deux ! Ça ne peut pas être l’un ou l’autre. C’est Montréal depuis vraiment longtemps mais il faut que je puisse revenir à Rimouski, ou en campagne, ou proche de l’eau de temps en temps. On a un chalet familial dans les terres de Rimouski, proche d’un lac. Rimouski c’est le fleuve, quand j’étais petite on voyait toujours le fleuve de notre maison. Ça ne peut pas être juste la ville, ou juste la campagne. Même si je pense de plus en plus à partir de Montréal.

Destination Chanson-Fleuve ou les Francouvertes ?
Les deux ! C’est tellement différent… Peut-être Destination Chanson-Fleuve car ça se déroulait à plusieurs endroits en même temps dont Tadoussac et Petite-Vallée. J’y repensais hier : cette aventure a tellement été intense, on était tout le temps en train de travailler, on se couchait tard car on faisait la fête et on s’aimait beaucoup, on se levait tôt pour travailler les lendemains… Le fait d’avoir été dans des endroits magnifiques ça nous a aidés à nous « énergiser ». Mais si je dis Chanson-Fleuve les Francouvertes vont être tristes… Et les Francouvertes c’est pas terminé donc… (rires) !

Folk ou rock ?
Rock ! Avant c’était très folk, maintenant je vais de plus en plus vers le rock et j’aime vraiment ça. Le côté croche, tripper et le laisser-aller qui viennent avec ça… J’imagine que tu peux te laisser aller dans le folk là (sourire) mais pour moi le rock ça veut dire ça. Je ne casse pas ma guitare quand je fais du rock mais il y a quelque chose de plus fun !

Acoustique ou électrique ?
Électrique ! Encore une fois c’est l’évolution : j’ai commencé à le guitare classique dans mon époque plus folk, et maintenant je suis à la guitare électrique. J’aime beaucoup m’amuser avec les pédales d’effets, c’est un monde immense que je commence à peine à découvrir ! Ça offre plus de possibilités pour les coloris, pour les ambiances… Mais je reviens souvent à l’acoustique pour les radios et pour d’autres occasions.

« J’aime avoir la liberté d’écrire en français et en anglais »

Anglais ou français ?
Très bonne question (sourire). Français de prime abord, c’est toujours plus naturel. J’adore la langue française. Mais il y a deux étés j’ai composé ma première chanson en anglais. Je ne « voulais » pas que ce soit en anglais, je ne me suis pas forcée à écrire en anglais, c’est venu tout seul. J’ai aimé travailler avec cette langue là. Je n’y suis pas habituée car ce sont d’autres sonorités. Depuis cette chanson, j’en ai écrit d’autres, parfois c’est aussi moitié anglais, moitié français. J’aime cette liberté. Il y a quelque chose de touchy entre le Québec et la langue française. Mais il ne faut pas avoir peur d’écrire en anglais ni se bloquer politiquement car c’est pour la création. Ce que j’aimerais c’est exporter le français. Souvent on se limite aux pays francophones, alors qu’il y a des groupes comme Sigur Ros qui chantent dans leur langue et dont tu apprécies la musique quand même.

Tranquillement ou Water Buffalo ?
Water Buffalo ne serait pas là s’il n’y avait pas eu TranquillementMais c’est sûr qu’aujourd’hui je me sens plus proche de Water Buffalo parce que c’est mon dernier EP. Il y a vraiment eu une grosse transition avec le passage d’acoustique à électrique, ça va avec le fait de plus m’assumer aussi.

Travailler seule ou à plusieurs ?
Je ne suis pas quelqu’un de tout noir ou tout blanc, je risque de répondre un peu des deux à chaque question… Il faut les deux : je compose toute seule la plupart du temps. La plupart du temps mes chansons naissent en guitare-voix. Après ça j’adore travailler les arrangements avec le band pour faire évoluer et peaufiner la chanson. Je ne pourrai pas tout faire moi-même. Je trouve ça plus nourrissant de travailler en équipe, les regards extérieurs aident beaucoup plus pour avancer que lorsque tu restes tout le temps dans ta bulle. Mais… parfois je compose à plusieurs ! J’ai une chanson avec Marie Claudel qu’on a composée à deux pendant Destination Chanson-Fleuve, on ne l’a même pas retravaillée après. Elle va être sur son album et sûrement sur le mien aussi, mais d’une autre façon.

Scène ou studio ?
Scène. Il y a quelque chose de très réconfortant et familier sur la scène. Mon père est éclairagiste au théâtre, et je l’ai souvent accompagné depuis que je suis toute petite quand il allait travailler. Quand j’entre dans une salle il y a quelque chose… C’est tellement particulier comme feeling… C’est drôle car je pensais à ça dernièrement : c’est pour la scène que je fais de la musique, c’est tellement fort. Tous les artistes doivent dire ça. Évidemment les deux sont importants mais une fois que le travail est fait, j’aime aller « donner » à de nouvelles oreilles.

Sur scène, en solo ou en groupe ?
En groupe, définitivement ! Pour l’échange, pour la communion qu’il y a entre les membres. J’ai de la misère à l’exprimer avec des mots. Il y a quelque chose de plein et de généreux qui fait du bien. C’est rassurant mais pas dans le sens où j’ai besoin de ne pas être seule pour me sentir bien sur scène, car je fais des shows solo et j’aime ça également. C’est mon projet, mes chansons, mon monde, et quand je suis en band il y a quelque chose de plus libre et relax. Et musicalement, la basse et la batterie me font triper. Quand lors d’un show Vincent ou Etienne font quelque chose de différent, je le remarque et j’aime ça. Ces chansons on les a travaillées avec ces arrangements, donc j’aime les entendre avec leurs couleurs, dans leur entièreté.

« Je n’ai pas changé de style pour le rock »

Perdre l’ouïe ou la voix ?
Perdre la voix. Ça revient de temps en temps dans les discussions entre amis… mais je pense que je préférerai entendre parce que je pourrai continuer à jouer de la musique. Je sais que tu ressens les vibrations quand tu n’entends plus, et je sais que ça me fait triper dans un show quand tu sens la basse résonner dans ton corps… Mais quand même, il me manquerait quelque chose !

Cheveux longs ou cheveux courts ?
Cheveux courts ! (rires) Libération encore une fois ! C’est le genre de coupe de cheveux dont les gens se disent qu’ils vont se faire ça au moins une fois dans leur vie. J’ai même pensé à les raser. Mais je n’ai pas changé de style pour le rock, ce n’est pas lié. Ça c’est fait naturellement, comme ça cet été à Chanson-Fleuve pendant une pause.

Louis-Jean Cormier ou Pierre Lapointe ?
Ouh ! Louis-Jean Cormier pour Karkwa. J’ai beaucoup de respect pour Pierre Lapointe et la façon dont il a bâti sa carrière, c’est fascinant. Mais musicalement ça me touche moins. Et j’ai beaucoup écouté Karkwa… ça m’a formé les oreilles.

Gilles Vigneault ou Richard Desjardins ?
Mon dieu c’est difficile… Desjardins. Les deux sont quand même différents et les deux ont tellement apporté au paysage québécois. Mes parents écoutaient beaucoup Desjardins et j’ai interprété une toune de Vigneault au Cégep. Les deux, c’est magnifique.

Isabelle Boulay ou Les sœurs Boulay ?
Les sœurs Boulay ! J’ai jamais vraiment écouté Isabelle Boulay, c’est moins mon genre. Je suis allée au Cégep avec Mélanie, elle était un an au dessus je crois. Et c’est magnifique ce qui leur est arrivé, toute leur carrière, elles sont belles à voir évoluer.

Laura Sauvage ou Laura Lefebvre ?
Encore une fois les deux sont très différentes ! Les Laura ! Même s’il y en a une qui ne s’appelle pas Laura pour vrai. Les deux ! J’étais très contente de découvrir Laura Lefebvre aux Francouvertes. Je ne suis venue à toutes les soirées, j’en ai profité vu que je ne connaissais pas tout le monde. Je venais souvent les années passées aussi. J’adore la formule, et il y a toujours plein d’amis, c’est comme le petit moment social de la semaine (sourire).

► Laura Babin sera en concert lundi 26 mars au Cabaret du Lion d’Or pour les Francouvertes, en compagnie de Billy Love Band et Anthony Roussel.

Laura Babin (c) Emma Shindo

Propos recueillis par Emma Shindo

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