Voyou : « J’ai besoin de me barrer pour composer »

INTERVIEW – On a rencontré Voyou à l’occasion de son passage aux Francos de Montréal. Premier album, composition, chanson pour pécho, dessins et rapport à la scène.

Tu as forcément entendu parler de Voyou et de sa chanson addictive « Seul sur ton tandem » qui a bien tourné sur les Internet ces derniers mois. Le Nantais, ex-Pégase/Rhum For Pauline/Elephanz a sorti un lumineux premier EP pop au début de l’année et annonce déjà l’album pour l’année prochaine.

On a rencontré Thibaud Vanhooland dans le hall de son hôtel montréalais, le lendemain de son premier concert dans cette ville qui l’a accueilli plusieurs mois avant le lancement de son projet solo. Grand gaillard souriant et avenant, Voyou a répondu avec douceur et tendresse à nos questions.

Rocknfool – Alors ce premier concert à Montréal ?
Voyou – C’est chouette car les gens ne connaissaient pas encore donc ils étaient juste dans une position d’écoute. J’ai passé un super moment, c’était vraiment cool !

Tu avais d’autres projets musicaux avant Voyou, notamment Rhum For Pauline et Pégase qui étaient vachement plus rock. Quand est-ce que tu as eu le déclic où tu t’es dit, je vais faire mon projet à côté ?
Les groupes sonnaient plus rock car on répétait avec un batteur, un bassiste… J’ai toujours fait de la musique tout seul dans mon coin, sur des ordinateurs. Les batteries sont très vite devenues des batteries électroniques. J’ai utilisé les basses synthétiques car j’aimais beaucoup ça. Et vu que je passais ma journée à jouer de la basse, je préférais faire des synthés que de la basse pour enregistrer la basse (sourire). Il n’y a pas eu de moment déclic. Je composais, Elephanz était en pause entre deux albums, Rhum For Pauline s’est séparé et je ne jouais plus Pégase parce que le backing band était en partie Rhum For Pauline. Quelques semaines avant la séparation, je lançais « Les soirées », mon premier morceau sur internet. Il a bien plu. Je suis ensuite venu à Montréal pendant trois mois puis je suis rentré pour le festival de musique éléctronique Scopitone à Nantes qui m’avait programmé. Ça s’est juste fait comme ça !

Comment tu décrirais ta musique à quelqu’un qui n’entend pas ?
Je ferais des dessins très colorés, car il faut que ça soit visuel. Des paysages en fonction des morceaux, des paysages dans lesquels je m’imagine quand je les écris. Avec des couleurs qui correspondent à ces émotions… Je fais plein de dessins que je poste sur mon Instagram. Ça me détend. Ça me fait faire autre chose que de la musique. J’ai aussi une formule de mon concert qui existe avec des écrans où je balance des animations que j’ai faites. Donc je pense que ma musique n’est pas complètement inaccessible pour un malentendant.

J’ai l’impression qu’actuellement beaucoup d’artistes « émergents » prennent de temps de construire un projet béton, musicalement et graphiquement avant de se lancer. Ça a été ton cas ?
Carrément ! J’ai pu voir à quel point on a galéré avec mes précédents groupes. J’ai senti la différence entre chaque projet, dans la façon de se construire. Avec Rhum For Pauline, on était super jeunes quand on a commencé, et on ne s’est pas posé la question de l’image avant un certain temps. Là, j’avais envie que ça vienne naturellement et que ça corresponde vraiment au projet. Que ça ne soit pas qu’une valeur ajoutée à la musique. Que les deux cohabitent… limite qu’ils fassent l’amour (rires). C’est aussi plus simple de se lancer tout seul plutôt qu’en groupe, car toutes les idées peuvent venir de la même personne et rester cohérentes. Je fais attention à ce que ça soit personnel, mais je le fais aussi parce que ça m’amuse et que ça permet de partager. Par exemple, la pochette de mon EP a été faite à quatre mains avec Cyril Pedrosa, qui est un dessinateur de bande dessinée très talentueux que j’aime énormément. C’est aussi une manière de prendre du plaisir, si tu n’en prends plus, ça ne sert plus à rien.

« C’est se mettre une pression inutile que d’être trop timide sur scène. »

Tu sembles incroyablement dans ton élément sur scène.
Je me sens vraiment à l’aise sur scène, je n’ai aucune crainte à faire des shows face à un public. Hier un copain m’a dit : « c’est quand même une ville que tu ne connais pas, il y avait plein de gens ça devait être impressionnant… ». Mais je ne trouve pas ça plus impressionnant d’être sur une scène comme ça devant plein de personnes, que d’être dans un petit bar devant trois personnes. C’est même moins impressionnant. Et quand tu arrives dans un festival comme les Francos de Montréal, tu as envie de t’amuser. Si tu es à l’aise et que tu t’amuses, les gens vont plus facilement s’amuser ! C’est se mettre de la pression inutile que de se stresser et d’être trop timide. Du coup, j’ai essayé d’être moi-même…

Je ne savais pas du tout que tu faisais de la trompette sur scène. C’est une super valeur ajoutée.  Tu fais tout sur scène, c’est quelque chose qui te tient à cœur ?
Pour le moment j’aime beaucoup faire tous les instruments tout seul, j’y prends beaucoup de plaisir. Vu que c’est un projet qui est très jeune, ça me permet d’essayer plein de choses. C’est simplifié quand tu es tout seul car tu n’as personne à qui apprendre ce que tu veux faire. Je peux très bien composer un morceau et, le lendemain, le jouer sur scène. Ça me permet de tout bouger rapidement. Pour le moment je suis très content de cette formule-là, et je m’éclate vachement ! Après, je me dis qu’il y a peut-être un moment où j’aurais envie d’être avec des musicien mais, je crois que j’ai besoin que le projet soit beaucoup plus définitif, avec un album de sorti, une idée du plan de concert de tournée…

Tu étais récemment en « résidence » avec François & The Atlas Mountains, Fishbach, Lenparrot… As-tu besoin d’un cadre particulier pour composer ?
J’ai besoin de sortir de mon quotidien. Tout en ayant besoin de ce quotidien, de ce que je connais le mieux, pour écrire. Mais je ne peux pas tout le temps parler de la même chose, j’ai besoin d’avoir plein de choses différentes autour de moi. Et j’ai besoin de me barrer pour composer. Je vais souvent au Pays basque ou sur la côte atlantique pour écrire, car j’ai besoin de me projeter dans des paysages. On s’est retrouvé en Bretagne, on a fait un mélange des copains de Nantes et de Paris. Ça met dans une ambiance de travail, on avait chacun notre petit poste et on travaillait toute la journée sur nos trucs.

« Mon premier album sortira au début de l’année 2019. »

Hier à Montréal, tu as joué pendant quasiment une heure. Ce qui veut dire qu’en plus de ton EP, tu as plein de nouvelles chansons. Tu resors un EP ou tu vises directement l’album ?
Là, je suis en train d’enregistrer un album en studio. On a enregistré deux morceaux, dont « Papillon » qui passe déjà un peu à la radio. Je pars en Équateur dès demain faire des concerts, mais dès que je rentre en France, je vais tout de suite en studio. Je vais enchaîner tout l’été quand je ne serai pas en festival. Normalement, fin juillet j’aurai fini d’enregistrer mon album et on commencera le mixage. Il sortira en janvier ou en février.

Waoh ! Tout ça en un an !
Oui c’est cool ! J’ai sorti mon premier EP en janvier 2018, mais je faisais déjà des concerts depuis septembre d’avant. J’ai fait mon premier concert il y a bientôt deux ans, en rentrant de Montréal (réfléchit)… Tu as raison, ça ne fait un an et demi en fait !

Le jukebox de Voyou

• Chanson(s) pour pécho : Darondo – Didn’t I ou Minnie Riperton – Loving You

Je mettrai de la soul probablement, c’est un bon style pour pécho. Minnie Riperton est tellement un bon morceau d’amour, le règne de la beauté… mais c’est peut-être un peu trop engageant (rires) !

• Chanson de la douche : François Virot – Medicine

J’ai des albums que je mets quand je me douche le matin… Ce morceau-là est bien pour se doucher !

• Chanson(s) que tu chantes avec tes potes en voiture, en rentrant de soirée : Marquee Moon – Television ou Mac Demarco – 2

Ça dépend de quelle heure il est dans la voiture (sourire). J’écoute beaucoup de musique en voiture, car j’y ai passé beaucoup de temps avec les groupes notamment. On écoutait énormément de choses. J’aime beaucoup écouter dùme la musique en voiture quand je pars en vacances c’est ce qu’il y a de mieux, l’album 2 de Mac De Marco est parfait pour cette occasion.

• Chanson pour enflammer la piste de danse : Gina x – No G.D.M.

C’est un morceau qui doit dater des années 1980, ultra cool par une chanteuse londonienne avec un producteur allemand. Il y a une ambiance très queer dans ce morceau, il y a un truc très classe, joyeux et pas du tout glauque dans ce morceau. Ça me donne vachement envie de danser.

• Chanson du réveil : George Mukabi – Mtoto Si Nguo

En ce moment j’écoute cet album de George Mukabi qui est un guitariste-chanteur kenyan. Et j’adore !

• Chanson du coucher : Emahoy Tsegué-Maryam Guebré – Mother’s Love

C’est compliqué comme nom, mais c’est super ! C’est un des disques que je mets souvent quand je me couche. C’est même pas un album, c’est des morceaux qui ont été enregistré comme ça…

• Chanson de la déprime : Duke Ellington + John Coltrane – In a Sentimental Mood

C’est un morceau qui m’a toujours suivi dans les moments de down. Rien que le titre, tu sais de quoi ça parle.

► Voyou – On s’emmène avec toi EP (A+LSO). En concert le 10 avril 2019 à la Cigale.

Propos recueillis par Emma Shindo (16 juin 2018 à Montréal)
Photo : Emma Shindo

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