Les Frères Sisters : quand Jacques Audiard s’essaye au western

CINÉMA – Réaliser un western quand on est un cinéaste français, en voilà un sacré défi. Mission largement accomplie pour Jacques Audiard qui s’attaque avec brio à ce genre par le biais des Frères Sisters, emmené par John C. Rilley et Joaquin Phoenix.

C’est le genre cinématographique américain par excellence, mais Jacques Audiard a su s’emparer du western avec élégance à travers son dernier film, Les Frères Sisters, en salles depuis le 19 septembre. Changement radical de décor pour le cinéaste français qui s’offrait la Palme d’or en 2015 avec Dheepan. Le metteur en scène a délaissé la banlieue parisienne aux profits des grands espaces de l’Ouest américain du milieu du XIXe siècle.

L’histoire des Frères Sisters est simple. Eli (John C. Rilley) et Charlie Sisters (Joaquin Phoenix), tueurs à gages réputés, sont engagés par le Commodore pour régler son compte à Hermann Kermit Warm (Riz Ahmed), chimiste qui a inventé une formule magique pour faire de la ruée vers l’or un jeu d’enfant et qui a pour objectif de construire une société égalitaire. Les deux frangins sont en liaison avec John Morris (Jake Gyllenhaal), détective chargé de se lier d’amitié avec le scientifique pour mieux renseigner les deux acolytes. Forcément, tout ne va pas se passer comme prévu…

Western d’un nouveau genre

Loin des codes du genre (même si les saloons, les chevaux et les coups de fusils sont au rendez-vous), Jacques Audiard réussit le pari de donner au western un nouveau visage, beaucoup plus intimiste. Plusieurs thèmes se dégagent de ce long métrage. La fraternité, d’abord, forcément. On aime voir Eli, le malfrat malgré lui, qui rêve d’une vie normale, et Charlie, le bourru en mal d’affection, évoluer ensemble au long du film, veiller l’un sur l’autre, se chamailler pour mieux se réconcilier. Avec en arrière-plan le fantôme d’un père violent qui leur a laissé pour seul héritage son goût du sang.

Vient ensuite le thème de l’amitié. Celle qui se créé petit à petit au fil du temps, des discussions, des confessions lâchées de-ci de-là. Et celle qui va peu à peu unir les quatre personnages du film malgré leurs caractères diamétralement opposés. À noter aussi en filigrane les prémisses de la société moderne, notamment par le biais de l’utilisation (très drôle) de la brosse à dents.

Casting quatre étoiles

Si Les Frères Sisters bénéficie d’une photo sublime et d’une jolie bande son (coucou Alexandre Desplat), il brille par-dessus tout grâce à son casting. Mention spéciale pour John C. Rilley, hyper attachant, qui tient là l’un de ses meilleurs rôles. Habitué aux personnages torturés, Joaquin Phoenix fait le job, comme toujours. Quant à Jake Gyllenhaal, il joue la carte de la sobriété et du mystère, ce qui lui va rudement bien. Enfin, gros coup de cœur pour Riz Ahmed qu’on suit depuis sa partition impeccable dans la série The Night Of et qui n’a pas fini de faire parler de lui.

Autant d’éléments qui font des Frères Sisters un « film d’époque » (comme Audiard l’a dit lui-même) singulier et touchant.

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