Dirty Deep : « On se fait souvent bouder par les festivals de blues en France. »

INTERVIEW – Ils sortent un 4e album le 30 novembre, et seront à la Boule Noire le 3 décembre pour le présenter. Dirty Deep fait sonner le blues comme personne en France. Voilà tout ce que tu dois savoir sur ce groupe.

On va la jouer honnête, cette interview date de fin 2017. On espérait la sortir avant, tout en attendant le moment idéal. Ce fût long, mais voilà, le moment idéal, il est là. À la veille de la sortie de leur nouvel album, il est grand temps pour toi de faire la connaissance de Dirty Deep.

Ce trio de potes, composé de Victor au chant, à l’harmonica et à la guitare, Geoffroy à la batterie et Adam à la basse, a d’abord existé en tant que one-man band (Victor), puis en tant que duo (Victor + Geo). C’est leur premier album entièrement conçu à trois, soutenu par un premier single « I Want To Miss You » dont le clip résume tout l’esprit de leur musique. Du blues, du rock, des kilomètres de route et pas mal de whisky. Place à une interview « premières fois ».

Rocknfool : Première rencontre…
Geoffroy : Ça s’est fait séparément.
Victor : Nous deux, la première fois qu’on s’est rencontré, c’était à Altkirch, ma ville natale, pour le Sound’Go Festival, conceptualisé autour de la carpe-frite.

Rocknfool : Okay, on ne juge pas !
Victor : C’est très bon la carpe-frite, fais attention à ce que tu dis ! Il me semble que Geo faisait un remplacement batterie.
Geoffroy : Je ne l’avais vu, il était en train de manger au catering… Il a joué sur une petite scène en palette, ça m’a vraiment impressionné. Ensuite on s’est revu sur un autre festival, on a sympathisé, il m’a ramené en voiture et je lui ai demandé si ça lui disait de jouer un peu ensemble. Et une semaine après, je l’ai rappelé pour dire qu’on avait un concert, donc on a joué sans jamais répéter, et l’aventure a commencé comme ceci !
Adam : Moi j’ai rencontré Geo au conservatoire, on était dans le même atelier et on ne se parlait pas.
Geoffroy : (rires) C’est vrai ! Et après la vie a fait qu’on s’est retrouvé à boire des coups au Mudd, un bar à Strasbourg, et on a commencé à jouer dans diverses formations. Et en fait Adam et moi, on a un groupe ensemble, un duo, qui s’appelle Chirac. Et Chirac a fait la première partie de Dirty Deep, on a jamé à la fin, c’était un 14 juillet. Adam s’est mis à la basse, Victor n’avait jamais joué avec un bassiste, ça lui a plu. Et voilà…

« Le premier album ? C’était bien cradoque ! »

Rocknfool : Premier album…
Victor
: 2011, premier EP, enregistré dans mon studio.
Adam : Ton studio, tu veux dire avec cuisine…
Victor : Oui, avec cuisine et chambre dans la même pièce hein, rien qui ne ressemblait à un studio studio ! L’EP s’appelait Wrong way – I’m Going Home. Après il y a eu le premier vrai album, Back To The Roots en 2012, un 11 titres avec bonus, enregistré dans la cave de chez mes parents en deux jours, sur un Tascam à bande qui ne marchait pas. Enfin il n’y avait que deux pistes qui marchaient. C’était bien cradoque !

Rocknfool : Premier disque acheté…
Adam
: Le single d’ »Un Indien Dans la Ville »… Tonton David frère !
Victor : Moi c’était L’École du micro d’argent (3e album studio d’IAM, ndlr), parce que je trouvais la pochette jolie et que ma maman avait un album gratuit à France Loisirs. (rires)
Geoffroy : Moi ce serait trop vaste de dire Johnny Hallyday… Alors je crois que c’était un groupe de métal qui s’appelait Dark Tranquillity.

Le blues, AC/DC et Johnny Hallyday

Rocknfool : Première claque musicale…
Geoffroy : Johnny Hallyday, 1992, quand je suis allé le voir à 6 ans, à Vesoul. C’est mon père qui m’a dit « Viens, je t’emmène voir Johnny », et c’était fou, parce que c’était très rock’n’roll, il avait de très bons musiciens. Quand t’as 6 ans, tu vois des flammes, des filles, du rock et des Harleys, ça fait quelque chose. Surtout qu’on avait visité sa loge en secret. C’est vraiment une soirée qui m’a marqué.
Adam : Quand je suis allé voir AC/DC à Bercy. J’ai failli mourir étouffé parce que j’essayais de me hisser au premier rang. Je suis tombé dans les pommes et il y a un mec de la sécu qui m’a tiré pour faire le tour et aller à l’infirmerie. Mais j’y suis retourné après !
Victor : Je pourrais dire aussi AC/DC à Bercy, parce que mes parents m’ont offert ça pour mes 17 ans…
Geoffroy : On parle du 1er, mec !
Victor : Ouais bah c’est ça, j’ai jamais rien vu avant.

Rocknfool : Ça peut être autre chose qu’un concert, une première claque…
Victor : Bah je crois que ma première grosse vraie claque, c’est quand j’ai vu James Leg à Binic. J’avais 19 ans, c’était ma première tournée. Le premier soir, il avait fait de la merde, il était saoul, il avait jeté son roads sur des gens. Le lendemain, on l’a privé d’alcool toute la journée et il a fait un très très bon concert, ça m’a vraiment marqué.

Rocknfool : Première influence…
Victor : Moi le blues…

Rocknfool : Un artiste en particulier ?
Adam : Il en a 47 !
Victor : Ouais, c’est clair… On va dire celui qui m’a fait commencer la musique quand même… Sonny Boy Williamson, deuxième du nom.
Adam : Moi c’est AC/DC !
Geoffroy : C’est Johnny, je suis désolé (rires)…

Les États-Unis, terres rêvées de blues

Rocknfool : Premier gros festival ensemble…
Geoffroy : Le Cabaret Vert, c’était le premier gros truc.
Adam : Les Jardins de Michel aussi…
Victor : Le Cabaret Vert, c’était bien. Enfin la première partie de soirée avec le concert, c’était bien. Après…
Geoffroy : T’as perdu le merch’ quand même…
Adam : Il y a eu des hauts et des bas quoi !
Victor : Je me sentais comme au ski un peu, c’était sympa ! (rires)

Rocknfool : Premier souvenir de tournée aux États-Unis…
Adam : J’ai adoré l’arrivée, on s’est mis direct en T-shirt tellement il faisait chaud, en mode « ça y est, on est dans le Mississipi ».
Geoffroy : Enfin Adam a dû passer une 2e douane, franchement on n’était plus sûr de l’avoir sur la tournée (rires) !
Victor : On s’est dit « si ça se trouve, il ne va pas revenir » !
Geoffroy : Et en fait, Victor, ça ne l’a même pas calmé, tellement il était heureux d’arriver sur le territoire américain !  C’était quand même un plaisir de voir ses premiers pas aux États-Unis dans l’aéroport de Charlotte. Parce que l’aéroport de Charlotte est quand même magnifique, il y avait des bars partout ! On est jet-laggué, je vois sa tête d’enfant trop heureux, on prend deux pintes…
Victor : On est bourré…
Geoffroy : Et on a commencé à oublier Adam ! (rires)
Victor : On a dû se dire « putain on est au États-Unis » environ 75 fois en dix minutes…
Geoffroy : Et après Adam est arrivé.
Victor : Là, on a dit « Ooooh, trop bien ».
Geoffroy : Et là c’est bon, on y était !

Rocknfool : Et les concerts là-bas ?
Victor : Ça s’est très bien passé. On a pu jouer dans des lieux très différents, tant dans l’équivalent de PMU que dans des cafés concert ou même pour le Deep Blues Fest à Clarksdale, Mississipi. C’était un de mes rêves de jouer un jour là-bas. Il y avait du monde, on a été bien accueilli, on nous a acheté du merch’, tout ça… On a pu ouvrir pour Cedric Burnside, qui est le fils d’un de mes bluesman préféré au monde. C’était un super bon accueil, meilleur que ce qu’on espérait.
Geoffroy : Il y a tellement de blues traditionnel dans le Sud, ils sont submergés par les groupes… Nous, on arrivait pas très confiants.
Victor : Et pas très traditionnels…
Geoffroy : Mais on a vraiment fait ce qu’on a pu, on n’a pas fait semblant. Ils ont été agréablement surpris, ils nous ont poussés à aller dans cette direction. Ils nous ont dit que ça changeait et que c’était une nouvelle ère pour le blues.

Câlin, scène, clope : les rituels

Rocknfool : Première chose faite en montant sur scène…
Geoffroy : C’est con à dire mais on se fait un câlin. J’ai l’impression que c’est idiot, que tout le monde dit tout le temps la même chose.

Rocknfool : Et du coup première chose faite en sortant de scène…
Adam : Ça dépend…
Geoffroy : Parfois on reste chacun dans notre coin…
Adam : Parfois faut qu’on remballe assez vite.
Geoffroy : Puis les deux vont assez vite au merch, parce qu’il faut quand même enchaîner avec la promo…
Victor : Le premier truc que j’aime faire, moi, c’est fumer une clope, cash, je l’adore, c’est mieux qu’après le sexe. J’ai jamais fumé après le sexe en même temps… Mais ouais, celle-là, elle me pénètre…
Geoffroy
: (rires) On va laisser résonner ce beau mot !

Rocknfool : Première critique…
Geoffroy : Que c’était mieux à deux. Mais ça venait de toi nan en plus ?

Rocknfool : Ahah oui, après est-ce que c’est une critique… Disons que c’est plutôt une opinion personnelle plus qu’une critique musicale !
Geoffroy : Après je sais pas… On est tellement en bisounours dans notre monde qu’on n’écoute rien. Mais sinon la première vraie critique, c’est qu’on n’est pas assez traditionnel. On se fait souvent bouder par tous les festivals de blues en France, soit on est trop violents, soit on ne colle pas…

« Fougère folk à tendance rock boudin créole »

Rocknfool : En gros vous êtes dans un entre-deux…
Geoffroy : C’est tout à fait ça.
Adam : Moi j’aime bien !
Geoffroy : Moi, je m’en fous un peu, mais c’est quand même la réalité, c’est une critique venant d’eux…
Adam : « Vous ne faites pas du blues pour les bluesman, et vous ne faites pas du rock pour les rockeurs »
Geoffroy : Pour les rockeurs, on fait du rock !
Victor : Je vais quand même ajouter un truc, on ne fait pas du blues pour les bluesmen français.
Geoffroy : C’est pas qu’en France… Aux États-Unis aussi…
Victor : En Allemagne, en Italie, en République Tchèque, tout le monde s’en fout en fait !
Geoffroy : En même temps, on dit qu’on fait du blues mais on est en guitare, basse, batterie, avec de la distorsion… on fait du rock en fait.

Moi : Le problème des cases, c’est un problème très français finalement…
Collectif : À fond !
Geoffroy : Du coup, on est parfois un peu victime de ça, alors qu’on s’en fout vraiment ! C’est de la branlette la question de la case, je déteste. Plus il y a de mots, moins ça veut dire de truc.
Victor : Faudrait inventer sa propre case en fait. Fougère folk à tendance rock boudin créole !

Rocknfool : Petite exception à la règle pour la dernière question. Quelle est votre dernière chanson écoutée ?
Victor : The Temperance Movement, je ne connaissais pas, j’ai découvert sur Oüi FM, j’ai réentendu dans un bar. Et le premier album est vraiment d’enfer !
Adam : Moi, c’est Talking Heads.
Geoffroy : Et moi un mec qui fait de la deep house qui s’appelle Fouk !

Un grand merci à Victor, Adam et Geoffroy de s’être prêtés au jeu, ainsi qu’au Noumatrouff pour l’accueil.

Tillandsia, nouvel album de Dirty Deep, sortie le 30 novembre 2018 chez Deaf Rock Records
En concert le 3 décembre à la Boule Noire

 

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