Pourquoi bat notre cœur à l’écoute du nouvel album d’Alex Beaupain

CHRONIQUE – Avec Pas plus le jour que la nuit, son 6e album, Alex Beaupain décrit la noirceur du monde moderne sans oublier le désamour.


J’espère que la terre vous est douce
Qu’elle vous console, qu’elle vous tient tient chaud
J’espère qu’un peu de fleurs y poussent
À Orlando

Ce sont avec ces mots, que se conclut « Orlando », l’antépénultième titre de l’album d’Alex Beaupain. Relatant pudiquement l’attentat du 12 juin 2016, Alex Beaupain s’essaie avec justesse aux textes d’actualité, laissant – l’espace de quelques titres – sa plume autobiographique afin de nous faire verser une larme.

Habitué à décrire l’amour et les ruptures, Beaupain s’éloigne, lors de ce sixième album, de ses thématiques préférées, sans toutefois renier sa poésie. Le monde contemporain est en crise. Beaupain a besoin de manifester son pessimisme. « Cours, camarade. Le vieux monde t’a rattrapé. Il est malade. Tout prêt à agoniser. »

Involontairement, un air de Cyril Mokaiesh se dégage de cet album. Moins rouge, plus noir, mais aucunement déprimant. Ni gauche, ni bobo, Pas plus le jour que la nuit n’est pas un album donneur de leçon. Il reflète essentiellement le pétrole noir pleuvant sur nos routes inondées, les cendres des forêts recouvrant nos maisons, les craquèlements des lacs jonchés d’oiseaux au dépens de poissons. « Moi j’aimais les rivières, je jure je les aimais. Mais qu’en avons-nous fait ? Qu’avons-nous fait des arbres ? Des nobles animaux ? ». L’écologie sort souvent grandi des urnes, mais les discours de Greta Thunberg sont déconstruits par des politiciens touchés dans leur virilité par une jeunesse plus enclin au départ d’une nouvelle révolution que des hommes, écharpe rouge et chapeau noir, une rose à la main.

Malgré l’actualité, Beaupain n’oublie pas que l’amour peut aussi nous détruire. Et avec brio, il alterne entre textes passionnels et textes rationnels.

La plume érotique toujours aussi immuable à Beaupain

Sur France Inter, Alex Beaupain expliquait « Quand j’écris sur moi, je peux me permettre l’obscénité et l’impudeur. » Sans aller dans l’obscénité, ce sont sur les titres les plus rythmés, qu’Alex Beaupain clame ses textes les plus personnels et sensuels. Il nous rappelle que sa plume sait aisément manier les doubles sens, les métaphores et l’érotisme.

« Pourquoi ai-je glissé ma langue dans le passage étroit qui conduit à la gangue ? De ta bouche pourquoi ai-je glissé ma langue ? Je m’en mords les doigts. » nous susurre-t-il dans « Pas plus le jour que la nuit ». Ou encore, dans « Diastème » : « Je mords. Sais-tu que je veux seulement, sur tout ton corps, laisser l’empreinte de mes dents. Et n’aie pas peur, si ça ne part pas vraiment. Les dents du bonheur, ça laisse des traces longtemps ».

L’amour, le sexe, se font sur des rythmes dansants. Il nous faut chanter, nous dandiner tant que le monde est encore vivant et qu’il n’a pas implosé. Car, comme l’énonce l’épilogue de l’album : « Tout le monde sait qu’au fond, il est déjà trop tard ».

Alex Beaupain sera en concert à l’Olympia Bruno Coquatrix le 20 novembre 2019.

Alex Beaupain
Alex Beaupain – Pas plus le jour que la nuit
TITRESDURÉE
1Tout le contraire de toi4:48
2Cours camarade3:12
3Les sirènes4:02
4Ektachrome3:43
5Un peu de ça3:49
6Pas plus le jour que la nuit3:15
7Sitôt (feat. Clara Luciani)2:55
8Orlando3:24
9Diastème3:24
10Pourssière lente5:56
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