The Saxophones au Nouveau Casino : du temps pour la poésie

LIVE REPORT – Les Californiens de The Saxophones étaient de passage à Paris pour la sortie de “No Time For Poetry”. Une bulle… de poésie.

On débarque à Paris avec une migraine de l’enfer qui dure depuis déjà quelques jours. Le contexte n’est pas idéal pour soumettre nos oreilles à l’ambiance des salles de concert. Mais hors de question de ne pas aller au Nouveau Casino ce soir. Ça fait près de 10 ans maintenant que, comme beaucoup (et comme l’essentiel des présents du soir je suppose), on a découvert The Saxophones au son du grand classique instantané qu’est “If You’re On The Water”. On avait été instantanément charmé par le son suranné, accompagné de cette image faussement vintage d’un couple enlacé, en pleine danse à son mariage.

Les saxophones de The Saxophones

Ce couple, c’était Alexi Erenkov et Alison Alderdice, marié à la ville comme sur scène. Originaires de Californie, leur musique ne sentait étrangement pas le soleil brûlant de l’Ouest des Etats-Unis. Trop mélancolique, trop de saxophone bien dosé, trop de grâce. Et pourtant. Un air de sixties dans le style, un amour immodéré pour la simplicité et les instruments à vent, et des albums depuis remplis de pépite à écouter les soirs d’hiver au coin d’un feu imaginaire. En bref, que de bonnes raisons pour enfin les voir en live.

Accompagnés du bassiste Richard Laws, ils arrivent sur scène entourés au milieu des instruments déjà installés : clarinette, flûte, saxophone, aérophone, batterie, basse, guitare. Tout y est, même s’il est difficile de croire que tout ce petit monde voyage en train et en Flixbus pour cette tournée ! Ils ouvrent avec la sublime “Lamplighter”. Et à partir de là, la bulle se crée, et le monde extérieur s’efface. À l’image de leurs albums, leur concert est un enchaînement de titres faussement simples, gracieusement interprétés et profondément délicats.

La poésie avant toute chose

C’est lent, apaisant, vaporeux. Et ça sonne paradoxalement très organique, même quand les ambiances sont électroniques et que l’aérophone est de sortie. Parfait pour retrouver des titres comme “Picture” et la donc attendue “If You’re On The Water”. Mais parfait aussi pour découvrir les nombreux nouveaux titres du dernier album No Time For Poetry. Un album un peu plus jazzy, un peu plus groovy (ou est-ce simplement cette basse incroyable de Richard Laws ?), et un peu plus politique que les instantanés de vie des albums précédents. Même si Alexi Erenkov tente d’aborder le sujet avec beaucoup de pudeur, et passera vite à autre chose, comme un peu embêté de risquer de faire éclater la bulle, on sent les sujets actuels sous-jacents comme dans “Too Big For California” et “No Time For Poetry”.

Mais ce n’est pas parce que les interludes sont majoritairement le signe que le trio est très très heureux d’être à Paris devant un public attentif, ce n’est pas parce que le public réunit beaucoup de parisiens au bar prêts à enchaîner un verre de vin en terrasse, qu’on ne saisira pas toute la portée d’un concert aussi joli. “There’s no time for poetry, There’s barely time for war”, chantent-ils. Mais on sait tous précisément que c’est l’inverse qu’il ne faut pas oublier. Et la musique de The Saxophones est toujours là pour nous le rappeler.