Gregory Alan Isakov à Wilfrid-Pelletier ou la magie des contrastes
COMPTE RENDU — Pour la dernière date de sa tournée en (presque) solo, Gregory Alan Isakov a ensorcelé la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des arts.
Cet homme ne s’arrête jamais. Après une tournée symphonique l’an passé, dont une étape à Red Rocks, Gregory Alan Isakov est de retour à Montréal. Son dernier concert en ville datait d’octobre 2023, à l’occasion de la sortie de son dernier album — un moment que nous vous avions raconté ici. Franchement, on ne pouvait pas passer à côté d’un concert en (presque) solo de l’Américain, dans la belle salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.
On croise beaucoup d’Anglophones dans les couloirs et soyons honnêtes, on est clairement dans le bas de la courbe des âges. Pas moins de 12 ballons lumineux sont déjà installés sur la scène, égayant joliment les trois ilôts, banjo-guitare électrique sur la gauche, piano ensuite, guitares acoustiques sur la droite. Vieille télé, tapis au sol et lampe planète en déco. C’est cosy malgré la froideur de la salle. Les lumières s’éteignent enfin et le concert commence un peu après 20h00. Gregory Alan Isakov entre sur scène. Son timbre de voix légèrement métallique, aux graves si vibrants, plonge rapidement la salle en pamoison.
De retour en presque solo
Ce n’est pas la première fois que nous voyons Gregory Alan Isakov. On était habitué à le voir entouré de musiciens. Mais on se souvient aussi de sa performance solo au Trianon, seul à la guitare, en première partie de Passenger. Ce soir, pour cette dernière date de son tour solo, il est quand même accompagné de l’infatigable Steve Varney et, surprise, d’Ilan Isakov, son frère. Compositeur de bandes originales de documentaires, il est venu de Philadelphie en soutien pour cette tournée nord-américaine. D’habitude un peu causant mais sans plus, l’artiste se dévoile ce soir comme jamais on ne l’a entendu auparavant. C’est là l’avantage d’une proposition épurée, qu’il n’avait plus eu le courage de refaire depuis ses jeunes années. (Sauf lorsqu’il assure les premières parties de Mumford & Sons ou de son ami Nathaniel Rateliff, rien que ça).
Gregory Alan Isakov se livre donc avec facilité entre deux morceaux, une pointe d’humour en plus. Lui qui confie avoir dû combattre son anxiété à l’idée de se relancer dans une tournée solo, en tête d’affiche. Pourtant il est bien là, derrière sa casquette et son support d’harmonica, sans jamais être exposé à une lumière trop directe. L’ombre il aime ça. Et ça fonctionne à merveille dans la chic salle Wilfrid-Pelletier à l’acoustique remarquable, du parterre à la corbeille. Les cœurs et les âmes se réchauffent peu à peu.
Les souvenirs de Gregory
Après avoir flatté Montréal de son amour pour elle, il raconte de nombreuses anecdotes. Ses mini-concerts échangés contre des spots de camping gratuits. Son premier festival, le Falcon Ridge Folk Festival où il jouait tôt le matin. Il avait traversé les États-Unis en voiture pour rejoindre la côte Est. Le décalage avec ses amis choisissant des carrières “sérieuses”. Son incapacité à prodiguer des conseils à des jeunes qui le questionnaient sur l’écriture de chansons. Il ne savait vraiment pas quoi leur répondre, avoue-t-il, gêné. Sa première tournée européenne avec Mike de Passenger, de la Lituanie à l’Espagne où il est revenu avec “Amsterdam”, jouée dans la foulée de son anecdote.
Combien il a aimé la pandémie et combien il a pu écrire et créer à ce moment-là, même s’il ne faut pas trop le dire fort. Et il nous parle des villes où il peut manger des falafels, toutes les bonnes villes en ont lance-t-il dans un élan qu’il regrette peu après. Sauf cette ville du Colorado, proche de Boulder, ou post-pandémie il s’est rendu avec des amis à son premier spectacle de rodéo, encore masqués, avant de devoir les retirer pour leur intégrité physique face aux regards désapprobateurs appuyés de la foule.
Clair-obscur de nos cœurs
Le set alterne entre performances solo, à la guitare acoustique, et orchestrations plus étoffées en duo (piano, banjo) ou trio. Tout est extrêmement mélodique, parfaitement en place et bien harmonisé au besoin. Pour certaines chansons, il propose des versions “aliens”. À l’image de “Big Black Car” métamorphosée pour moitié en balade paisible, slow tempo, soutenue par un faisceau de lumière tournoyant qui laisse sa silhouette se découper en contre-jour. Les jeux de lumière en clair-obscur sont d’ailleurs du plus bel effet. Tantôt intimistes (ambiance clair de lune sur “Words”), tantôt grandioses, fumée et impressions de flammes qui se consument derrière le rideau en transparence (“Sweet Heat Lightning”).
Gregory Alan Isakov joue ses “classiques»” (“San Luis”, “Before the Sun”), son non-“hit” “The Stable Song”, et également une belle nouvelle chanson qu’on a hâte de retrouver sur son prochain album (“Desdemone” ?) Le concert se conclut par la déchirante “Appaloosa Bones”, prolongé d’un rappel de trois chansons. Sans surprise, son grand ami de toujours, Leif Vollebekk fait une apparition et prête sa voix et son piano sur “If I Go, I’m Going”. On se quitte sur “Silver Bell”, histoire de ne pas partir trop déprimé nous assure l’artiste. Et de nouveau, Wilfrid-Pelletier se lève pour une standing ovation. Trop rapidement interrompue par le retour brutal des lumières de la salle.
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