Leif Vollebekk, le concert qu’on aurait voulu voir s’éterniser

LIVE REPORT – Leif Vollebekk et son band à l’Alhambra de Paris ? On ne pouvait pas manquer une si jolie et prometteuse soirée.

On débarque à l’Alhambra assez tôt, parce qu’on se dit que quand même, Leif Vollebekk à Paris, ça va rameuter du monde. Est-ce parce que cela faisait un bail qu’on n’était pas venu à l’Alhambra ou est-ce parce qu’on a déjà oublié que le parisien snobe les premières parties ? 

Une partie de la réponse viendra peut-être du public : “Je crois qu’il n’attire que des étrangers…” Ca parle effectivement anglais devant, ça vient de Saint-Malo derrière, de Suisse à gauche… Un public qui sera séduit d’entrée par Lau Noah.

Délicatesse espagnole

Espagnole vivant à New York depuis 12 ans, elle est seule sur son haut tabouret, avec sa guitare. On aurait deviné ses origines juste à sa façon de faire courir ses doigts sur les cordes. Entre ses titres en anglais ou en espagnol, elle parle. Du monde d’aujourd’hui et de ce que ça représente d’aller voir des artistes live. Du fait que plus personne ne chante de berceuses pour endormir ses enfants. Du saut de 4 étages qu’a subi sa guitare pour une crise de jalousie. Des amours impossibles entre une rivière et un arbre, parce que “the most romantic love is the impossible one”. On finira sur l’amour toujours, avec un public en mode chorale pour entonner en boucle “love, love, love”.

Débarquent ensuite les trois musiciens de Leif et Lau elle-même pour les chœurs. Je reconnais les premières notes rapidement : “Rock’n’roll”. On ouvre donc le concert de la même manière qu’on ouvre le dernier album, Revelation, sorti en 2024. J’adore cette chanson. Les shoubidouwah, les lalalas, les captains (j’ai un faible pour toutes les chansons qui parlent de captains et de bateaux). Le concert commence donc très bien, jusqu’à ce que je me rende compte que la version à laquelle on a droit est raccourcie. Une impression de rush, d’enchaînement trop rapide à mon goût se fait sentir. Leif Vollebekk serait donc un être tout en tension ? Oui, mais il est fait de cette tension que les plus passionnés et timides ont. Ce mélange détonnant qui préfigure toujours de grands moments de musique.

Leif Vollebekk, humilité et génie musical

Yeux fermés lorsqu’il chante, corps qui bat la mesure, entre piano et guitare, on ne s’y trompe pas. Bassiste, batteur et clavier sont tout entiers tournés vers lui, qui dicte la mesure. Il décide très vite de changer la setlist, s’étonne toujours du calme respectueusement pendant les transitions, comme dans un musée dira-t-il. Il se rappelle pourquoi Jeff Buckley aimait tellement Paris, nous raconte ses impressions au lever dans la capitale. Parmi les 6 guitares derrière lui, il raconte celle de son grand-père. On sent toute l’attention du canadien lorsqu’il sort de sa poche des boule quiès pour une jeune fille au premier rang. Bref, Leif Vollebekk est la figure même de l’artiste humble et dévoré par sa musique, proche de son public par ses petites histoires, et qui retourne dans son monde dès qu’il fait sonner une note.

Un groupe incroyable

Musicalement, on assiste au genre de concert qu’on adore. Ceux qui nous collent un énorme sourire aux lèvres non stop. On bouge les yeux fermés, on sent les larmes poindre, on admire la scénographie depuis le balcon. Quelle solidité à “l’arrière-scène”. On se fait la réflexion qu’il n’y a vraiment que les artistes venus de hautes latitudes qui sont capables de si bien s’entourer. On se souvient d’un The Tallest Man On Earth, ou d’un Thomas Dybdahl, d’un Matt Corby ou d’un Marlon Williams. Des petits génies seuls avec une guitare, d’énormes déferlantes de vagues sonores en groupe. Leif Vollebekk en fait bien évidemment partie.

Il nous gratifiera tout de même d’un passage solo, sublime. Et en rappel, un cadeau, une surprise. Leif Vollebekk est rejoint sur scène par Maggie Rogers pour “Star”. Un moment suspendu, dans des couleurs chaudes, pour terminer en beauté un set qui aura filé à toute allure. Normalisons les concerts de 3h s’il-vous-plaît, on en a besoin. Surtout pour les artistes comme Leif Vollebekk.