La classe de maître de Feu! Chatterton à Montréal
COMPTE RENDU – Plus de 7 ans après leur dernier concert à Montréal, Feu! Chatterton était de retour au MTelus pour un concert absolument jubilatoire.
Fred la marmotte semble avoir eu raison, le printemps a l’air hâtif en cette belle journée du 4 mars à Montréal. Le soleil luit, la neige fond, de quoi exacerber notre excitation pour la soirée qui se prépare. Feu! Chatterton est enfin de retour à Montréal. Plus de 7 ans et demi après leur dernier passage, de nouveau au MTelus, mais seuls sur l’affiche cette fois-ci. L’occasion de présenter leur dernier album, Labyrinthe, paru l’année dernière, qui a reçu un accueil très favorable de la part du public et des médias (et de nous).
Le MTelus affiche complet et on entend des accents de France aux alentours et dans la salle. Le public va en moyenne de 25 à 55 ans (voire bien plus au balcon). Pas de première partie ce soir. Le spectacle commence donc à 20h30, soit 2h après l’ouverture des portes. Autant dire que les spectateurs trépignent d’impatience.
Un Labyrinthe épuré

Une double estrade et un grand rideau tendu remplacent le grand décor “monolithe” de leur tournée française. Ça fera la job, comme on dit icitte ! Même le matériel est différent, il a fallu louer à défaut de pouvoir tout apporter dans les valises. Peu importe l’écrin quand la pierre est spectaculaire (et polie par des professionnels). C’est avec “Sous la pyramide” que le groupe débarque sur scène. Cette longue chanson écrite lors de leur résidence au Louvre qui clôt leur album. Suivent “Côte Concorde” et “Allons voir” qui embrasent le public tout entier. (Encouragé par les ordres polis du souriant Arthur Teboul, qui va réclamer – et obtenir – que le balcon se lève aussi.)
Comme à leur habitude, les membres de Feu! Chatterton ne manquent pas d’énergie et de fougue. Entre la section rythmique au fond qui tabasse, les deux ailiers guitaristes-claviéristes qui se tortillent et tournoient, et Arthur Teboul le magnifique et séducteur, impossible de fixer son regard sur l’un des cinq plus de quelques secondes. “Nous qui sommes déjà essoufflés !” s’amuse Arthur après une performance de “Écran total” extraite de Palais d’argile. Cet album que les Québécois n’ont jamais eu la chance d’entendre live. Son désormais classique “voulez-vous faire l’amour ?” est lancé au public quelques secondes avant “La Mort dans la pinède” qui terrasse le MTelus. “J’oublie qu’il y a des familles ! L’amour allégorique !” précise le chanteur hilare.


Hommage et grand délire
Après l’amour, ses à-coups et ses palpitations, le concert prend une tournure plus apaisée. À commencer par la remarquable “Ce qu’on devient” et ses nappes de claviers 80’s, couronnée d’un doux solo de clarinette par Raphaël (à la batterie). Suivie de la nostalgique “À cause ou grâce” dont les paroles ciselées plongent le MTelus en transe existentielle. Enfin, la merveilleuse “Mille vagues” qui, comme une marée de l’Atlantique nous emporte au large, nous chahute dans notre contenance et nous redépose sur la plage, le cœur fracassé en mille morceaux, vidés. Une des plus belles chansons sur le deuil jamais écrites, qu’on se le dise. Rassemblés au milieu des marches, Feu! Chatterton rendent magnifiquement hommage à leur manager décédé pendant l’écriture de leur dernier album. Un moment hors du temps.

Les Français poursuivent leur masterclass avec “Libre” qui malgré sa grande qualité (et sa fin presque métal, qui donne envie de tout péter) laisse de nombreux spectateurs peu accoutumés aux titres moins pop, sur la touche. Heureusement, “L’Étranger” et “Un monde nouveau”, viennent vite les reconquérir. On pourrait vous raconter le concert minute par minute, mais notre délire ne sera jamais suffisant pour vous rendre compte de la prestance de ce groupe. À quel point Feu! Chatterton est le meilleur groupe de rock français depuis plus de 10 ans !
Des retrouvailles validées
“La Malinche” clôt la fin officielle du spectacle. Mais une malinche agrémentée d’un peu de “Pour que tu m’aimes encore”. Le clin d’œil discret du groupe au Québec. “Nous sommes le Feu! Chatterton pour vous servir !” lance alors Arthur avant que le groupe ne quitte la scène pour un instant, sous un tonnerre d’applaudissements.

“Ça, c’est des retrouvailles, vous nous aviez manqués !”. De nouveau, le MTelus se mure dans le silence pour ressentir toute l’ampleur du texte de “L’affiche rouge” de Louis Aragon. Une reprise de Léo Ferré revisitée par Feu! lors de l’entrée au Panthéon des cercueils de Missak et Mélinée Manouchian. Un simple synthé qui au fil des minutes est enjolivé de quelques notes de guitares, de nappes de synthé-basse et de clarinette. L’émotion est palpable, le propos est malheureusement toujours d’actualité.
Hauts les cœurs ! “À l’aube” et “Compagnons” viennent nous sécher les larmes et “Le Labyrinthe” clôturer définitivement le concert dans une ambiance latine, dansante à souhait. Eux qui se disaient “impatients” et “inquiets” doivent être rassurés face à cette salle debout, exctatique, pour les acclamer. On espère les revoir bientôt, fût-ce lors d’une escale en France cet été.
Feu! Chatterton en concert : toutes les dates sont à retrouver par ici.

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Crédit photos : Emma Shindo
