Taylor Williams + Kendra Morris + Parlor Greens : leçon de soul à l’espace Django
CONCERT – Colemine Records voyage en Europe avec trois des artistes de son catalogue et comment vous dire, la soirée a été grande.
Ça faisait plusieurs semaines qu’on avait coché la date dans notre agenda. On avait marqué en dessous “Taylor Williams @Django”. Pourquoi ? On ne se souvient plus. Mais on a confiance en notre nous du passé, alors on y va. Même si on découvre qu’il ne joue qu’une demi-heure en ouverture de deux autres groupes. Et on passe la soirée à essayer de se souvenir comment diable on a pu découvrir sa voix et être suffisamment marqué pour se le noter impérativement.
Coup de foudre musical pour Taylor Williams
Le comment ne trouvera jamais de réponse. Mais le pourquoi ? Oh ça, on le comprend dès les premières secondes. Parce que Taylor Williams est MERVEILLEUX. Du miel pour les oreilles. Du velours. De la beauté qui groove avec l’air de ne pas y toucher. Il avoue que c’est la première fois qu’il joue seul avec son ordinateur et ses nouveaux joujoux électroniques. Même s’il se fait accompagner sur quelques titres par ses compères du soir, il gère effectivement le reste seul. On n’imagine pas la déflagration que ce serait avec un bassiste et un batteur jazz derrière. Parce que déjà là, on ondule, on a chaud, on se laisse caresser par la voix de Taylor Williams qui chante “Whatever Makes You Happy”. Ça précisément, Taylor. Ça, ça nous rend très très happy et tout le reste aussi.

C’est presque trop parfait pour être vrai. Le style est raccord avec la musique : d’une grande grande classe. Casquette kangol, chemise, cravate, pull, jean baggy et barbe taillée de près. Une attention portée aux détails qui transpire de tous côtés. Et le gars va jusqu’à reprendre Mac DeMarco et son “For The First Time”. C’est trop pour notre petit cœur. On continue d’avoir l’impression de flotter dans des réminiscences d’un bon vieux “How Can You Mend A Broken Heart” d’Al Green quand on écoute le “Dreaming” de Taylor Williams, en plus solaire. Et ça fait beaucoup trop de bien pour avoir envie d’en sortir. Mais à la fin de sa trentaine de minutes, il faut se faire une raison. Non sans filer acheter toute la musique dispo au merch (un unique 45 tours, bon, c’est un début). Faites de même, vous ne serez pas déçus.
La grande classe de l’écurie Colemine Records
Il faut redescendre ensuite et rester ouvert pour Kendra Morris et son groupe. On sait que Kendra Morris a son public. En non spécialistes du genre que nous sommes, on découvre seulement bien après qu’elle a commencé sa carrière par un télécrochet américain, a formé un groupe avec Scarlett Johansson et a sorti son dernier album l’an passé. On ne va pas se mentir, on a du mal à redescendre du concert précédent. Et bien qu’on reconnaisse absolument toutes les qualités de Kendra et de son groupe incroyable, son groove plus caribéen et sa voix de grande soulwoman, on préfère aller prendre une petite pause pour nous remettre.

En réalité, on a déjà “rentabilisé” notre soirée avec Taylor Williams mais on se dit que non, on ne peut tout de même pas partir si tôt. Le concert de Parlor Greens suit et même si les concerts instrumentaux ne sont pas notre zone de confort, on peut faire l’effort de rester écouter ces trois grands maîtres sur au moins quelques titres. Quelle blague. Évidemment qu’on restera jusqu’au bout du bout, jusqu’à la fin du dernier rappel. ÉVIDEMMENT. Tim Carman à la batterie, Jimmy James à la guitare, Adam Scone à l’orgue, c’est l’assurance d’en prendre plein les oreilles et de ne plus savoir où donner de la tête. Ces trois-là consolent les moins vieux de ne pas avoir eu la chance de vivre l’âge d’or de la soul. Parce que c’est sûrement à ça que ça devait ressembler.
Les maîtres Parlor Greens
Enfin, c’est à ça que ça devait ressembler, si on fait abstraction des aventures du trio en dehors du répertoire. Les riffs les plus classiques (Nirvana, The White Stripes…) pointent leur nez de-ci de-là, et on a droit à quelques reprises, notamment le “Jolene” de Dolly Parton transformée à la sauce Parlor Greens. Mais ça reste avec leurs propres morceaux qu’on les préfère. Parce qu’ils sont épiques et tellement eux. Ils se connaissent si bien qu’ils n’ont même plus forcément besoin de se regarder pour savoir où ils vont et c’est savoureux. Jimmy James nous embarque les yeux fermés, sa tête tournée vers la lumière qui le surplombe, et on reste scotché sur sa guitare, qu’il finira par jouer avec sa langue. Au centre un peu au fond, Tim Carman est un batteur qu’on n’attendait pas là. On l’aurait croisé dans la rue qu’on aurait plutôt misé sur un mec qui poussait de la fonte à la salle plutôt que sur un batteur de génie sortant d’une répèt. Toutes nos excuses. On n’aurait pas pu se tromper davantage. Ce mec est incroyable et sait tout faire.

On reste particulièrement impressionné par Adam Scone derrière son orgue, parce qu’on a une fascination toute particulière pour les gens aussi habités. Ses mains courent sur son clavier, ses yeux fermés, son corps tout entier tendu dans sa musique derrière son drap à paillettes. Il est impressionnant dans ses solos. Et très émouvant lorsqu’il nous parle de Sharon Jones, décédée en 2016, avec qui il a eu la chance de travailler et auprès de qui il dit avoir beaucoup appris. Un hommage plus tard, on repart sur les chapeaux de roues. Et au final avec les trois de Parlor Greens, on ne sait plus ce qui relève de l’impro, de titres construits, d’un concert ou d’un bœuf entre amis. Mais on adore ça et on a du mal à croire que ce groupe n’existe que depuis 2 ans. Quel grand moment de musique on a encore vécu là… Merci Django.
