Strasbourg Music Week – jour 2 : le grand écart musical

FESTIVAL – Suite de la Strasbourg Music Week avec une soirée au Karmen Camina. Entre deux salles, six groupes inattendus.

Après une première soirée géniale à La Grenze, on délocalise au Karmen Camina. Une salle en bas, petite, sombre, faite pour le dancefloor transpirant. Une salle en haut, plus grande, plus chaude. Point commun entre les deux : pas de scène. Ce soir, on se met au même niveau que les groupes qu’on découvre.

Josy Basar et ses histoires de chien

On le connaît Josy Basar. On l’a croisé dans un projet précédent, le duo 2panheads, et déjà à l’époque, on était convaincu. L’ambiance est plus sombre (ici bleutée), mais il est seul désormais sur “scène” (comprendre au milieu de la pièce avec son synthé. Enfin presque, parce qu’on voit au loin quelqu’un caché derrière ses boutons à l’arrière. La musique est électronique, assez minimaliste, diablement accrocheuse, et surtout addictive. Josy Basar y parle beaucoup de chien, du nom de son dernier album Le Chien sorti en avril. Il tourne autour du synthé comme un lion en cage, regarde souvent au ciel, vit sa musique toujours aussi fort que dans nos souvenirs. Et comme dans nos souvenirs, on adhère instantanément.

Tendinites, la Suisse en jupons

La Suisse qui fait du reggaeton, on n’aurait pas parié dessus. Pourtant, c’est l’objectif que ce sont lancé les deux meufs de Tendinites, groupe au nom aussi wtf que leurs thématiques. L’ambiance est vite posée avec des perruques posées sur des casques, des boots étincelantes, des jupons qui se balancent et des lunettes de soleil vissées sur le nez. Les lumières chaudes de la salle et l’énergie incroyable du duo surprend et fait rire, en plus de faire danser sur des paroles françaises et espagnoles. Ca chante la fête, le “malalaise”, et les… tendinites ! Non clairement, on ne s’attendait pas à un jour entendre un groupe chanter tout cela, et ironiser qu’elles veulent être des popstars, danser sur scène et donc passer par la Star Academy ! On ne s’attentait pas non plus à les entendre rire plus tard en disant que tout ce qu’elles racontent est scripté et qu’on n’a donc absolument rien de spécial. Elles, clairement si. Laissez-vous surprendre.

La Belge Julie Rains

Retour dans la petite salle au centre de laquelle Julie Rains et son acolyte ont installé leurs synthés. Elle fait une électro tout en crescendo, beaucoup plus atmosphérique, moins dansante mais peut-être plus immersive. Tout se construit au fur et à mesure du set, à la fois structuré et destructuré. J’ai du mal à pleinement rentrer dedans, peut-être à cause de ce manque de lumière qui empêche d’assouvir ma curiosité en regardant les mains sur les synthés.

Hypnose industrielle avec Güner Künier

L’arrivée de Güner Künier a marqué un tournant dans cette soirée de la Strasbourg Music Week. Accompagnée d’une percussionniste, l’artiste berlinoise livre un set d’une efficacité brute. On reconnaît dans le duo un mélange de post-punk et de lo-fi industrielle, un peu de synthwave, le tout très cohérent avec l’ambiance de la salle. Entre les rythmes martelés et une voix habitée, le groupe s’impose et en impose. On est hypnotisé et on se dit que Güner Künier se rapproche fort de ce qu’on préfère écouter. Allez, hop, direction nos playlists !

Maïcee, la “star” hybride de la soirée

Dans un registre mêlant hyperpop et électro, Maïcee débarque ensuite avec une esthétique aussi kawaï que décalée. Entre tenues inspirées des mangas, attitude faussement candide et beats acidulés, l’artiste montpelliéraine et son DJ séduisent progressivement. Des morceaux doux et suspendus – Maïcee assise au sol dans un rai de lumière, presque hors du temps – perdus au milieu de passage bien plus frontaux comme avec “Not My Day” où Maicee chante “Today’s not my day, I’m just pissed off”. On pense fort à Todrick Hall et son “Nails, Hair, Hips, Heels” quand elle chante “Star”. Des beats simples et efficaces très trap, une énergie de performance totale qui donne envie de danser. De là à dire que Maïcee injecte de l’urbain dans une certaine idée de la ballroom américaine ? N’allons peut-être pas jusque là mais elle réussit en tout cas le défi de caractériser son époque et sa génération dans un style bien plus éclectique qu’elle n’y paraît. On finit étonnement convaincus.

Chaos social et sonore avec Nord//Noir

Dernier groupe, le duo calaisien Nord//Noir. Ici, c’est droit au but. Deux “statues” aux têtes de papier mâché et habillées de dentelle (de Calais, sûrement) et au milieu les deux musiciens qui lancent leurs beats et viennent plutôt passer leur temps devant le public. Ce groupe-là, c’est la définition même qu’on donnerait au concept de fête noire (un peu -beaucoup- éloignée de la version de Flavien Berger). Le style ? Du “gabber-punk”. On découvre le mot gabber avec eux, visiblement sous-genre de la techno hardcore (ne nous remerciez pas, c’est cadeau). Techno. Hardcore. Vous imaginez bien le tableau. Ajoutez à ça une volonté farouche de mettre en avant les problèmes de société, auxquels ils assistent au premier rang en tant qu’habitants de Calais, et vous obtenez pêle-mêle : des chansons sur Natacha Bouchart maire de Calais, sur le fascisme, sur l’empire Bolloré… Résultat : on lève le poing et on s’insurge avec eux. Et c’est déjà un bon début vers le changement.

Ce sera aussi une bonne fin de soirée pour nous. On zappe la fermeture avec Pablo Valentino malheureusement. Le lit (et la journée de travail du lendemain) nous attend. Intense, cette édition de la Strasbourg Music Week !